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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Tous les articles de blog du site]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Mon, 27 Dec 2021 22:14:00 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/819/%C2%AB-il-y-a-un-choc-de-depolitisation-%C2%BB</link>
	<title><![CDATA[« Il y a un choc de dépolitisation »]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Déjà l’auteur de Bloc contre bloc. La dynamique du macronisme en 2019, Jérôme Sainte-Marie publie un nouvel ouvrage aux éditions du Cerf : Bloc populaire. Une subversion électorale inachevée. Là où son premier livre filait la métaphore entre notre époque et les événements décrits par Karl Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, le second prend Gramsci pour guide afin de mieux comprendre la cartographie exacte d’un bloc populaire qui peine à advenir. Dans cet entretien, nous revenons avec lui sur la polarisation de la société française en deux blocs antagonistes, sur le concept de vote de classe, sur l’anesthésie du corps social provoquée par la pandémie ou encore sur les implications de la crise d’hégémonie actuelle. Entretien réalisé par Antoine Cargoet et Léo Rosell.</p><p>LVSL – Votre précédent livre était consacré à l’analyse du bloc élitaire. En miroir de la description de cette première force sociale, vous proposez l’idée d’un « bloc populaire ». Pouvez-vous revenir sur sa cartographie exacte ?</p><p>Jérôme Sainte-Marie – J’ai eu envie d’écrire ce livre pour deux raisons. Tout d’abord, Bloc contre bloc s’intéressait, malgré son titre, essentiellement à ce bloc élitaire dont le pouvoir actuel est l’émanation. Il me semblait donc important de travailler cette fois-ci sur l’autre bloc déjà évoqué : le bloc populaire. Une autre motivation tenait davantage au fait de redresser les interprétations sauvages de la notion de bloc, souvent confondu avec une alliance électorale ou avec les classes sociales elles-mêmes. Beaucoup utilisaient le terme de « bloc populaire » comme un simple synonyme des classes populaires. Or, le bloc est une construction essentiellement politique, qui reproduit le cadre du « bloc historique » théorisé par Antonio Gramsci.</p><p>Tout bloc historique comporte trois strates : une strate sociologique, une strate idéologique, une strate politique. Il comporte donc bien une fondation sociologique, étant donné qu’il s’agit d’un groupe de classes sociales dirigé par une fraction de l’une de ces classes. Pour le bloc élitaire, c’est l’élite financière appuyée sur la classe managériale et sur une partie des retraités, ce qui fait à peu près 25 % de la population et constitue ainsi une base sociale suffisante pour accéder au second tour, pour prendre le pouvoir et l’exercer efficacement dans un cadre relativement démocratique.</p><p>S’agissant du bloc populaire, la strate sociologique est très simple à définir. Il s’agit des ouvriers et employés. À elles deux, ces catégories forment 47 % de la population active. On peut leur ajouter une large partie des petits artisans et commerçants, souvent largement précarisés, qui sont formellement indépendants mais qui sont en vérité externalisés par rapport au système d’exploitation capitaliste. Karl Marx lui-même ne réduisait pas l’exploitation au seul prolétariat salarié, en témoigne l’exemple des canuts lyonnais dans les années 1830, lesquels avaient un statut indépendant mais étaient prisonniers d’une chaîne de production et de rapports d’exploitation effroyables. Les situations professionnelles actuelles créées par l’uberisation ne sont, au demeurant, pas très différentes.</p><p>« Tout bloc historique comporte trois strates : une strate sociologique, une strate idéologique, une strate politique. »</p><p>Deuxièmement, la construction idéologique de ces classes se fait essentiellement en opposition au progressisme – dont on peut considérer le macronisme comme une émanation – parce qu’elles sont les premières à subir les effets de la mondialisation, qui se traduisent essentiellement par une augmentation des délocalisations et des flux migratoires. Ceux-ci engendrent une exacerbation de la concurrence, notamment sur le marché du travail et du logement.</p><p>Au niveau politique, à l’heure actuelle, c’est sans doute le Rassemblement national (RN) qui est le mieux parvenu à se placer comme débouché électoral des catégories populaires. C’est un constat qui se déduit de l’observation des sondages et de la géographie électorale. Ce bloc populaire demeure cependant inachevé, dans la mesure où il lui manque certainement une volonté consciente pour poursuivre sa construction. Le Parti communiste, à l’époque de Gramsci, avait la claire ambition de construire ce qu’il appelait un bloc ouvrier et paysan. Il n’y est pas complètement parvenu même s’il s’en est largement approché.</p><p>Le paradoxe de la situation actuelle tient au fait que, face à la très grande cohérence idéologique du bloc constitué autour d’Emmanuel Macron, se trouve un bloc qui a une sociologie populaire mais dont l’idéologie est avant tout nationaliste, laquelle nie ontologiquement l’existence des classes sociales. C’est l’un des vices cachés, pourrait-on dire, de ce bloc populaire.</p><p>LVSL – Quelle est, aujourd’hui, la réalité du concept de vote de classe ?</p><p>J. S.-M. – Après des décennies passées à nier l’existence des classes sociales et, partant, celle du vote de classe, on en vient à réutiliser ces termes. Mais, après une telle éclipse de la pensée marxiste, on les emploie souvent en dépit du bon sens. De la même manière qu’un conflit, qu’un mouvement, qu’une grève n’est pas nécessairement une lutte de classes, un simple alignement électoral ne peut pas se confondre avec un vote de classe. L’alignement électoral n’est pas une notion marxiste, c’est une évidence que connaissent bien les praticiens de la science politique : le vote est en grande partie déterminé par les intérêts matériels, et on ne procède pas aux mêmes choix électoraux à Aubervilliers et dans le 16e arrondissement. Pierre Martin a par exemple beaucoup écrit sur la propension régulière de certains groupes socio-professionnels à voter pour des formations politiques données. Par exemple, le vote des professions libérales pour la droite et celui des professeurs de l’Éducation nationale pour la gauche sont des alignements électoraux.</p><p>On parle de vote de classe quand s’exprime un vote clairement déterminé par la situation sociale au sens non pas seulement du niveau des revenus mais aussi de leur origine, ce qui constitue un déterminant majeur de la définition d’une classe sociale. Marx différencie par exemple le salaire, la rente et le profit. Le manque de solidarité des travailleurs pauvres du public pour les gilets jaunes a ainsi eu pour équivalent le manque de solidarité des travailleurs pauvres du privé pour ceux du public lors du mouvement contre la réforme des retraites. À niveau de revenu égal, l’origine de celui-ci pèse donc largement.</p><p>Qui plus est, pour qu’il y ait vote de classe, celui-ci doit être construit politiquement. Les gens vont voter pour une formation politique parce qu’ils appartiennent à un milieu social donné, mais il faudrait encore qu’ils votent en ayant conscience de le faire parce qu’ils appartiennent au milieu en question. On trouve ainsi une expression chimiquement pure du vote de classe au sein de la classe managériale. Lorsque les cadres votent pour La République en Marche, la plupart sont conscients de le faire parce qu’ils sont cadres et parce qu’ils veulent que les valeurs portées par leur monde social soient les valeurs dominantes. C’était l’objectif des partis communiste et socialiste autrefois : ils voulaient que les ouvriers votent pour eux en sachant que les formations politiques en question visaient à établir leurs valeurs comme valeurs dominantes et comme justification ultime de la société.</p><p>« Le vote de classe exprime des intérêts matériels et une vision du monde. »</p><p>Or, et c’est le paradoxe, il y a aujourd’hui un alignement électoral du vote d’une grande partie des ouvriers, des employés et des petits indépendants sur le courant nationaliste, qui ne prend pas pour autant le tour d’un vote de classe en ceci qu’il n’est pas voulu comme tel. L’autre vote de classe qui perdure, c’est celui de la fonction publique pour la gauche. Cette famille politique est certes divisée mais elle n’est pas à un niveau cumulé tellement inférieur à celui de 2017, en réalité. Elle est réduite à un gros quart de l’électorat français, lequel comprend de larges pans des fonctionnaires, essentiellement des catégories A et B. C’est l’illustration que le vote de classe exprime des intérêts matériels et une vision du monde.</p><p>LVSL – Vous disiez du Parti communiste qu’il avait durant des décennies assumé une fonction de représentation et de formation des classes populaires. Comment expliquez-vous qu’il ne joue plus ce rôle aujourd’hui ?</p><p>J. S.-M. – En parallèle des circonstances historiques, de l’évolution du mouvement communiste international et d’un déclin idéologique dont on peut dater l’origine à 1956, il y a eu une volonté interne du Parti communiste français – comme du Parti communiste italien, avec les mêmes effets – de mettre en œuvre une normalisation de son fonctionnement. Tout ceci a été décrit de manière chirurgicale par <a href="https://lvsl.fr/le-pcf-a-permis-a-des-categories-dominees-de-saffirmer-dans-lespace-public-entretien-avec-julian-mischi/">Julian Mischi</a> : une série d’abandons conceptuels est allée de pair avec une désouvriérisation progressive du Parti communiste. Il faut bien sûr ajouter l’expérience de l’exercice du pouvoir aux côtés du Parti socialiste. L’accompagnement des restructurations industrielles, du libre-marché européen et des privatisations ont fait que le Parti communiste n’est plus du tout apparu comme un bouclier pour les catégories populaires.</p><p>Il faut encore considérer la montée des classes moyennes éduquées au sein du Parti. Par leur formation et leur vision du monde, elles se sont senties très proches du reste de la gauche, ce qui s’est traduit par une montée de la prise en charge des questions sociétales qui parlaient relativement peu aux catégories populaires. Tant les changements économiques que la modification de la structure sociale et les évolutions idéologiques ont provoqué une désaffiliation croissante des ouvriers et des employés vis-à-vis du vote communiste, renforçant ainsi une dynamique d’autodestruction du parti des travailleurs.</p><p>LVSL – Vous écrivez que « la dialectique du conflit a été plutôt bénéfique au pouvoir d’Emmanuel Macron ». La mise en œuvre d’une politique de classe assumée a-t-elle été mise en sommeil par la pandémie ? Sera-t-elle, à votre avis, réactivée ?</p><p>J. S.-M. – Emmanuel Macron a profité de certaines crises lors desquelles il a pu consolider un bloc élitaire somme toute assez fragile parce que très récent, dans la mesure où sa construction véritable remonte à 2016-2017. Lors de la crise des gilets jaunes, Emmanuel Macron a pu s’affirmer, d’une certaine manière, comme le chef du parti de l’ordre. La proximité avec ce qu’écrit Karl Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte est à cet égard absolument fascinante. Cette logique conflictuelle est apparue au début du quinquennat de Macron, qui est marqué par une tension sociale inédite depuis au moins les années 1970. Une telle conflictualité ne se réduit d’ailleurs pas au seul mouvement des gilets jaunes.</p><p>Cette politique de la tension, qui résulte d’un ambitieux projet de transformation sociale, a tout de même un gros inconvénient : certes, elle renforçait conjoncturellement le bloc élitaire, mais en retour, elle renforçait aussi puissamment le bloc populaire. Nous avons ainsi assisté à une certaine prise de conscience d’elles-mêmes par les catégories populaires. C’est apparu clairement au moment du mouvement des gilets jaunes, avec une sorte de prise en charge des classes populaires par elles-mêmes, contre les vieux appareils politiques ou syndicaux. Cette dialectique rendait de plus en plus intenable la position des forces intermédiaires porteuses du projet social des classes moyennes, c’est-à-dire la gauche et la droite qui n’arrivaient pas à se situer par rapport au macronisme et qui, après s’être abstenues lors du vote de confiance au gouvernement en juillet 2017, prenaient un grand soin à ne pas se mêler aux divers mouvements sociaux, exception faite de l’opposition à la réforme des retraites. En effet, dans ce cas précis, la fonction publique était directement touchée, raison pour laquelle la gauche s’en est emparée.</p><p>« La dynamique vitale du bloc élitaire le pousse à renforcer en permanence son antithèse. »</p><p>Cette conflictualité sociale était produite de manière inéluctable par un bloc élitaire seulement capable de se perpétuer en poursuivant un projet de réforme. La dynamique vitale du bloc élitaire le pousse à renforcer en permanence son antithèse. Nous avons ainsi assisté à la construction par elle-même d’une force antagoniste à la puissance d’un bloc élitaire à l’idéologie europhile, libérale, de transformation de la société et qui assumait totalement le pouvoir révolutionnaire de la bourgeoisie décrit par Karl Marx. En face, un mouvement de défense se construit à travers la valorisation de l’exact inverse, soit le cadre national, la stabilité, la conservation et la préférence pour l’utilité sociale par rapport à la réussite individuelle. Un dualisme s’installe.</p><p>« Plutôt qu’à une crise des élites, on a assisté à une forme d’anesthésie des tensions sociales. »</p><p>Tout cela valait essentiellement pour les trois premières années du quinquennat, et était particulièrement apparent au moment où j’écrivais Bloc contre bloc. La crise du Covid-19 a produit un effet assez inattendu que je n’avais pas anticipé : plutôt qu’à une crise des élites, on a assisté à une forme d’anesthésie des tensions sociales.</p><p>LVSL – À ce sujet justement, l’hebdomadaire Marianne consacrait récemment un dossier à « La France qui s’en cogne ». Comment analysez-vous la situation politique à l’aune du « choc de dépolitisation » que vous décrivez engendré par le Covid-19 ?</p><p>J. S.-M. – Il y a un choc de dépolitisation parce qu’il y a eu une période d’ultra-politisation au début du quinquennat. Ces tensions sociales ont engendré une ouverture du débat politique comme jamais auparavant. Ce n’est pas parce que les gens vont moins voter, par ailleurs, qu’ils sont moins politisés, surtout s’agissant des élections intermédiaires. La société était en ébullition avant l’arrivée du Covid. La pandémie a provoqué un isolement des individus par rapport au collectif. Chacun a été ramené à sa peau, à sa santé, à lui-même et à son plus proche entourage. Or, l’individualisation et la transformation des enjeux ont été accompagnées par un arrêt des réformes. Ce bloc populaire n’étant pas construit par une volonté politique très claire, y compris – voire surtout – par la force politique qui en bénéficie le plus, il est très dépendant de la dynamique du bloc élitaire pour se construire. Les réformes étant suspendues, il n’y a plus d’urgence à se mobiliser. Il y a une forme de dévitalisation de la contestation.</p><p>« Un keynésianisme sanitaire a été mis en place. »</p><p>Enfin, on pourrait dire qu’un keynésianisme sanitaire a été mis en place, avec des dépenses invraisemblables qui, loin d’être à mon sens le retour de Keynes, sont au contraire le préambule à la destruction définitive du système social qui adviendra au cours des prochaines années, avec l’argument suprême de la dette publique à l’appui. C’est une victoire à la Pyrrhus pour les défenseurs du keynésianisme et ceux qui croient que le Covid est l’amorce d’un retour à la nation : ce sera exactement l’inverse.</p><p>Tout ceci a anesthésié la contestation du noyau dur des gilets jaunes qui ont, de fait, reçu beaucoup d’argent. Plus exactement, la plupart des salariés ont en tout cas eu l’impression que l’État faisait le nécessaire pour qu’ils n’en perdent pas. Les retraités, qui ne sont pas tous prospères et qui ne sont pas tous de fervents soutiens du bloc élitaire, n’ont pas perdu un seul euro. Tout ça a été permis par l’emprunt et donc, en dernière analyse, par l’exécutif, aux décisions duquel tout un pays paraît suspendu.</p><p>LVSL – Vous dites que ce bloc populaire se construit en réaction, en quelque sorte en négatif du bloc élitaire. En quoi est-ce une limite à la constitution d’un bloc populaire capable de remporter des victoires politiques ? Comment permettre à ce bloc populaire de se définir de façon positive ?</p><p>Recevez nos derniers articles</p><p>Newsletter Sendinblue</p><p>J. S.-M. – Cela me fait penser à l’ouvrage d’un auteur que j’admire, à savoir l’ouvrage de Christophe Guilluy, Le temps des gens ordinaires. Il est vrai que dans l’agenda politique et médiatique, les classes populaires et leurs valeurs ont retrouvé, enfin, droit de cité, alors qu’on s’était acharné durant des décennies à nous faire oublier que la société reposait sur un travail essentiellement salarié très mal rémunéré. Le Président de la République lui-même a dû reconnaître l’importance de ces gens et le fait que la société ne pourrait pas tenir sans eux. Il y a, si j’ose dire, un succès d’estime des classes populaires, en même temps qu’il y a un manque de direction autonome desdites classes.</p><p>LVSL – Justement, la distinction qu’opère Gramsci entre victoire culturelle et victoire politique permet bien de saisir cette situation, étant donné qu’il manque selon vous une articulation entre cette victoire culturelle constatée et une victoire politique qui ne semble pas advenir…</p><p>J. S.-M. – Si je m’inspire de la grille d’analyse gramscienne, cela ne signifie pas pour autant que je reproduis la lecture fréquemment faite de ces théories. On a ainsi souvent réduit Gramsci – et pas seulement à droite – à cette notion un peu simple selon laquelle la victoire culturelle précède la victoire politique, ou encore que le pouvoir se prend par les idées. Si Gramsci n’avait raconté que cela, j’espère qu’on l’aurait oublié depuis longtemps. D’autant que nous avons sous les yeux la démonstration d’un phénomène inverse : Emmanuel Macron a pris le pouvoir sans avoir remporté la lutte hégémonique. Il est à 24 % au premier tour et c’est au sein de son électorat que la proportion de gens le choisissant par défaut est la plus importante.</p><p>« Nous sommes face à une crise d’hégémonie depuis 2017. »</p><p>Toutes les crises qui ont suivi l’élection présidentielle tiennent au fait que, dans le cas de Macron, la victoire politique a précédé la victoire culturelle. Il se heurte à un pays qui n’adhère pas à ses valeurs et à sa vision du monde. Nous sommes face à une crise d’hégémonie depuis 2017. Rien n’est plus faux que de croire que la victoire culturelle aurait précédé la victoire politique. Le jeu des institutions, qu’aucun auteur marxiste – à commencer par Marx lui-même – n’a jamais négligé, a pesé de tout son poids. En raison du fonctionnement institutionnel, les Français se sont retrouvés face à deux options politiques qui leur paraissaient toutes les deux insatisfaisantes, l’une l’étant davantage que l’autre.</p><p>Retenons qu’on ne comprend rien à la crise politique française si l’on oublie que Macron a pris le pouvoir sans avoir remporté la victoire idéologique. Il a proposé une solution alternative efficace aux catégories dominantes sans convaincre les autres. C’est pour cette raison qu’il a fait l’objet d’un rejet allant beaucoup plus loin que la simple impopularité : la mise en place d’un projet « progressiste » a été vécue comme une violence insupportable, pas seulement économique et financière mais aussi culturelle. Nous sommes dans une situation où l’on note une série de victoires culturelles pour les classes populaires, dans la mesure où leur rôle économique est enfin reconnu. On a bien vu qui faisait réellement tenir le pays lors de la pandémie, cependant que la crise des gilets jaunes avait déjà rappelé à tous l’importance des questions d’inégalités de revenus.</p><p>« Sans prise de contrôle de l’appareil d’État, rien d’important ne peut arriver. »</p><p>La situation actuelle paraît inversée par rapport à celle de 2017 en ceci qu’il y a une prise de conscience du caractère profondément inégalitaire de la société française, du rôle crucial des catégories populaires et de la légitimité de leurs attentes, du fait qu’on ne peut plus les stigmatiser en « beaufs » comme auparavant. Mais malheureusement, il n’y a pas de formule politique qui s’impose et il n’est pas exclu que cette victoire culturelle relative soit suivie d’une défaite politique massive. Si l’on considère les sondages au moment où nous parlons – sachant qu’ils ont changé et qu’ils changeront encore –, ils donnent la plupart du temps au second tour Valérie Pécresse et Emmanuel Macron. Comment mieux illustrer le fait qu’une victoire culturelle relative n’aboutit pas nécessairement à une victoire politique réelle ? Or, sans prise de contrôle de l’appareil d’État, rien d’important ne peut arriver.  </p><p>Jérôme Sainte-Marie</p><p><a href="https://livre.fnac.com/a16089618/Jerome-Sainte-Marie-Bloc-populaire-Une-subversion-electorale-inachevee">Bloc populaire. Une subversion électorale inachevée.</a></p><p>Les éditions du Cerf, 2021</p><p>208 pages</p><p>20 €</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/817/biden-ouvre-la-voie-a-une-ideologie-dangereuse</guid>
	<pubDate>Sun, 26 Dec 2021 09:51:59 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Biden ouvre la voie à une idéologie dangereuse]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Si l’on se penche sur les organisations qui ont contribué à la préparation et à la présentation de personnalités politiques américaines telles qu’Ilhan Omar ou Rashida Tlaib, dans leMichigan, ainsi qu’un nombre important d’islamistes qui se sont portés candidats aux élections américaines, on se rend compte qu’elles proviennent toutes d’une même source, ce qui explique ce récit unifié et l’utilisation d’un vocabulaire commun.</p><p>Le Conseil des relations américano-islamiques, qui se définit comme la plus grande organisation musulmane des libertés civiles – et dont le directeur exécutif, Nihad Awad, ne cache pas son admiration pour le régime turc ni ses liens étroits avec Erdogan –, est l’unique source de cette vague politique islamiste qui déferle depuis peu aux États-Unis.</p><p>Awad a appelé la direction du Congrès et l’administration Biden-Harris à soutenir ce projet de loi et à rendre concret ce poste d’envoyé spécial. «Alors que l’islamophobie mondiale, les politiques étatiques antimusulmanes et les incidents motivés par la haine augmentent au cours des deux dernières décennies, la communauté musulmane américaine a toujours appelé à la création d’un poste d’envoyé spécial pour surveiller et combattre ce flot croissant de haine», écrit-il.</p><p>Au cours du présent mois, le Conseil des relations américano-islamiques a décerné à Ilhan Omar le prix du fonctionnaire américano-musulman de l’année pour «son militantisme au sein de la Chambre des représentants des États-Unis, à la lumière de sa récente querelle avec la représentante Lauren Boebert [la représentante du Colorado], qui a tenu des propos islamophobes à l’encontre de sa collègue membre du Congrès».</p><p>C’est exactement ainsi que fonctionnent les islamistes: en se victimisant, puis en glorifiant leurs actions au nom de «l’islamophobie», profitant du fait que le président Joe Biden ouvre la voie à l’idéologie la plus dangereuse de notre histoire moderne.</p><p>«L’administration est impatiente de travailler avec le Congrès afin de garantir que le secrétaire d’État dispose de la flexibilité et de l’autorité permissive nécessaires pour désigner un bureau ainsi qu’un envoyé spécial et pour fournir un rapport annuel de surveillance des actes d’islamophobie dans les pays étrangers», déclare la Maison Blanche.</p><p>Les Américains doivent comprendre que les islamistes sont des oppresseurs dans leur propre patrie. Ils sont prêts à tout pour manipuler la bonne volonté de l’Américain moyen qui respecte la liberté de religion et s’attend à ce que les autres le fassent aussi.</p><p>Les deux cent douze députés républicains qui ont voté contre cette loi ne sont pas des «islamophobes». Au contraire, ils ont pris cette mesure courageuse afin de défendre des musulmans qui, comme moi, croient en la Constitution américaine et sont la cible des islamistes américains – justement parce qu’ils y croient. Ils l’ont fait pour protéger la première modification apportée à la Constitution, qui garantit la liberté d’expression en interdisant au Congrès de restreindre la presse ou les droits des individus à s’exprimer librement.</p><p>Cependant, le combat est loin d’être fini. L’année prochaine, le projet de loi sera présenté au Sénat américain, où il devrait stagner – comme il se doit – tandis que des sénateurs tels queTed Cruz devraient se concentrer sur la désignation des Frères musulmans comme groupe terroriste avant qu’il ne soit trop tard.</p><p>Dalia al-Aqidi est chercheuse principale au Center for Security Policy. Twitter: @DaliaAlAqidi</p><p>NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.</p><p>Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/816/laurent-bouvet-decede-au-moment-ou-la-realite-donne-raison-a-ses-idees-et-a-son-combat-republicain</guid>
	<pubDate>Tue, 21 Dec 2021 21:22:36 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/816/laurent-bouvet-decede-au-moment-ou-la-realite-donne-raison-a-ses-idees-et-a-son-combat-republicain</link>
	<title><![CDATA[Laurent Bouvet décède au moment où la réalité donne raison à ses idées et à son combat républicain]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Laurent Bouvet, politologue et essayiste, cofondateur du Printemps Républicain est décédé samedi. Son ami, Stéphane Rozès lui rend hommage.</p><p>Le propre des personnalités à vies riches est que leur rendre un premier hommage a quelque chose de partiel. S’agissant d’un ami dans la peine, on risque même la partialité.</p><p>Pour se prémunir de ce dernier écueil, il est bon de restituer la vie de Laurent Bouvet, en jugeant de ses idées et engagements, au regard d’une analyse globale de la période historique que nous traversons, de ce qui fait et agit les peuples, en particulier le nôtre, et du réel.</p><p>Ce recul est d’autant plus nécessaire s’agissant de Laurent Bouvet. Il fut universitaire, chercheur et dans le même temps socialiste, cofondateur du Printemps Républicain.</p><p>Dans le pays des jardins à la française, aimant ranger les personnes dans des cases, sa situation d’intellectuel engagé dans un nouvel espace public réticulaire où le choc des idées et émotions se substitue à la pensée et à la raison le parcours de Laurent Bouvet ne fut pas un long fleuve tranquille.</p><p>« J’ai choisi de descendre dans l’arène et de mener un combat de gladiateurs, parce que je me suis aperçu que le combat universitaire n’était pas efficace. J’ai aussi compris, après 20 ans au PS à faire des campagnes et rédiger des discours pour François Hollande, que la politique traditionnelle n’y pourrait rien. Essayer d’être un intello en politique, c’est inutile … J’ai joué le jeu, parfois de manière un peu limite sur les réseaux sociaux … Pour être entendu, il faut y aller fort ; j’y suis allé parfois un peu fort » confiait-il ces derniers mois avec son humour et autodérision habituels.<a href="https://www.revuepolitique.fr/laurent-bouvet-decede-au-moment-ou-la-realite-donne-raison-a-ses-idees-et-a-son-combat-republicain/#fn-19955-1" id="fnref-19955-1">1</a></p><p>Il en aura payé le prix professionnellement. Ainsi du fait de son parcours, titre et qualités universitaires, il devait logiquement devenir le nouveau directeur du CEVIPOF, le processus était quasiment abouti, jusqu’à ce qu’une cabale idéologique l’en empêche au tout dernière moment.</p><p>Laurent Bouvet commença à s’exposer publiquement en première ligne en cofondant le Printemps Républicain de sorte de cranter la Gauche dans ses fondamentaux que sont la République et la nation, quand, délestée des classes populaires, elle dérivait corps et biens avec la petite bourgeoisie intellectuelle, dans le néolibéralisme et le communautarisme.</p><p>La note du think tank Terra Nova du 10 mai 2011 signait la conceptualisation politique de cette adaptation au cours des choses, par l’abandon du social pour le sociétal, le passage de la citoyenneté républicaine à la constitution et à l’assemblage de minorités censées converger électoralement vers la Gauche.</p><p>« Si l’on désire résister à la pression de ce monde individualiste devenu identitaire, il faut avoir des principes solides auxquels on ne déroge pas. En France ça s’appelle la République. On n’y déroge pas. Le républicanisme à la française constitue une proposition politique capable de limiter les effets délétères de l’individualisme libéral et les inégalités sociales ».<a href="https://www.revuepolitique.fr/laurent-bouvet-decede-au-moment-ou-la-realite-donne-raison-a-ses-idees-et-a-son-combat-republicain/#fn-19955-2" id="fnref-19955-2">2</a></p><p>On le sait, c’est sur le terrain de la laïcité, de la lutte contre l’islamisme et de l’islamo-gauchisme que Laurent Bouvet, avec ses amis du Printemps Républicain dont Gilles Clavreul, Denis Maillard et Amine El Khatmi, devait le plus s’exposer pour construire un espace républicain sous les amalgames, diffamations et opprobres de beaucoup à Gauche.</p><p>Il devait restituer précisément la laïcité comme pilier de la République au défi des temps présents.<a href="https://www.revuepolitique.fr/laurent-bouvet-decede-au-moment-ou-la-realite-donne-raison-a-ses-idees-et-a-son-combat-republicain/#fn-19955-3" id="fnref-19955-3">3</a></p><p>Cette facette politique de la vie de Laurent Bouvet est la plus connue mais elle vampirise l’essentiel, son fondement intellectuel.</p><p>Il faut bien rendre compte des raisons qui expliquent la singularité, justesse et précocité de ses analyses et engagements quand sa famille politique dérivait à l’inverse.</p><p>Ruse de l’Histoire : le néolibéralisme, communautarisme et wokisme qui ont hégémonisé le sommet de l’État, les classes dirigeantes, une bonne partie des médias et la Gauche politique sont rejetés par la nation ; en témoigne l’effacement électoral de cette Gauche lors de cette présidentielle.</p><p>Cela donne raison à cette nouvelle génération de la Gauche républicaine, dans le sillage du chevènementisme, et à Laurent Bouvet au moment où il nous quitte.</p><p>Pourquoi cette prescience ? Pourquoi Laurent Bouvet a décelé, analysé et alerté que les identitarismes n’étaient pas solubles dans la démocratie en France ; que la Gauche actuelle, si elle y succombait, disparaitrait et que le combat républicain était une exigence vitale et possible ? C’est qu’il aura pu accéder aux questions fondamentales qui encadrent le cours des choses.</p><p>Dans ses écrits Laurent Bouvet fait de la question du peuple la question séminale de sa réflexion.<a href="https://www.revuepolitique.fr/laurent-bouvet-decede-au-moment-ou-la-realite-donne-raison-a-ses-idees-et-a-son-combat-republicain/#fn-19955-4" id="fnref-19955-4">4</a>.</p><p>Encore faut-il s’accorder sur sa définition et sa singularité.</p><p>Observer et analyser l’autre permet de mieux se comprendre. Il en est ainsi pour les personnes comme pour les peuples. C’est une nécessité et gageure dans des pays universalistes comme la France et les États-Unis, qui mésestiment les différences entre les nations et se voient comme des centres du grand tout que serait le monde.</p><p>A la suite de Tocqueville visitant l’Amérique, ou d’autres intellectuels comme Aron l’Allemagne, Laurent Bouvet, dans le prolongement de ses séjours et travaux dans le monde anglo-saxon, a été parmi les premiers intellectuels français, en ce long tournant de siècle, a être sensibilisé et intellectuellement mobilisé par les questions culturelles pour rendre raison du cours des choses.</p><p>Cela l’a amené à repérer et à repenser, de ce côté de l’Atlantique, la question du peuple et de pouvoir aborder la notion « d’insécurité culturelle », ce sentiment devenu, ces quatre dernières années, majoritaire pour deux tiers des Français, de n’être plus « en France comme chez soi », à côté des insécurités sociales et physiques<a href="https://www.revuepolitique.fr/laurent-bouvet-decede-au-moment-ou-la-realite-donne-raison-a-ses-idees-et-a-son-combat-republicain/#fn-19955-5" id="fnref-19955-5">5</a>.</p><p>Ces questions étaient esquivées par une petite bourgeoisie intellectuelle et par la Gauche politique qui s’était éloignée des classes et quartiers populaires.</p><p>Ainsi la question de « l’insécurité culturelle » avait été repérée par les travaux empiriques de Christophe Guilly, Alain Mergier et Philippe Guibert.</p><p>Comme dans tout processus de pensée, Laurent Bouvet aura été alerté par ces signaux faibles au départ, car ils auront été précédés d’un paysage mental, d’un cadre théorique, pouvant les accueillir et qui sera enrichi en retour par cette remontée de la réalité.</p><p>La dépossession de la maîtrise de son destin et le sentiment de privation de ses us et coutumes par les Français ont entraîné replis et enfermement identitaristes.</p><p>En France, le seul fait d’aborder les questions politiques sous un angle culturel est suspect. On parle alors de culturalisme, d’essentialisme, de nationalisme ou pire.</p><p>C’est que  Laurent Bouvet est, du fait de son parcours universitaire, instruit des différences entre les peuples. C’est pourquoi il fait partie de la mince cohorte de penseurs qui, par temps de crise, perçoivent et peuvent penser le cours des choses en tenant ensemble questions culturelles, religieuses, institutionnelles, économiques et rapports sociaux.</p><p>Cette façon de procéder est une nécessité pour rendre raison d’un cours des choses déstabilisant.</p><p>Ainsi, si aujourd’hui des catégories populaires semblent voter contre leurs intérêts sociaux, c’est une exigence intellectuelle et citoyenne que d’en rendre raison sérieusement. Car il faut bien partir d’abord du réel et l’analyser si on veut penser, émanciper ou éviter le pire.</p><p>Les alertes intellectuelles de Laurent Bouvet sur les dangers du communautarisme et des identitarismes en France ne sont pas seulement instruites des dérives, outre Atlantique, de la démocratie et du libéralisme politique.</p><p>Elles relèvent de la pleine conscience du principe suivant : ce qui fonde ce que nous sommes comme peuple français, ce n’est en rien la somme de minorités ou de communautés et ne résulte pas du bon équilibre entre elles, mais procède de la politique qui assemble des individus devenus citoyens autour du pouvoir étatique.</p><p>Si Français et Américains sont universalistes, le jeune universitaire a pu observer et comprendre qu’ils ne vivent pas cette expérience de la même façon. La plupart des observateurs étrangers attentifs à ce que nous sommes ne s’y trompent pas. Ils ont de tout temps mis en avant nos querelles et tumultes intellectuels ou sociaux dont notre passion politique est le moteur.</p><p>On le sait, Tocqueville, instruit de la France d’abord et de l’Amérique en miroir puis de la Russie, voyait la démocratie au sens de l’égalité des conditions, comme un fait providentiel irréversible, pouvant générer au plan politique soit le libéralisme, soit le despotisme dont la fatigue des passions politiques seraient les signes précurseurs. L’individualisme qui détourne de la politique et de sa passion était pour lui, comme pour Aron, un danger.</p><p>Or, justement, ce qui explique la disparition lors de cette présidentielle de la Gauche devenue néolibérale, communautariste et wokiste est que ces réalités et idéologies sont absolument contraires à ce que la République, comme régime démocratique, est chez nous et à la façon dont la France dans son Imaginaire s’assemble au travers de disputes politiques communes depuis la constitution de notre Nation précédée de l’État monarchique.</p><p>Ce n’est pas seulement la mort qui explique la diversité et intensité des hommages à Laurent Bouvet, c’est la conscience, qu’avec certains, et avant les autres, il avait raison.</p><p>Mais Laurent Bouvet devait être convaincu de la profondeur de ses idées pour batailler ainsi et voir ses analyses et combats validés par le déroulement de cette présidentielle.</p><p>« Le courage c’est de comprendre sa propre vie… Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un point de vue tranquille… Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel » disait Jaurès.</p><p>Entouré de son épouse Astrid Panoysan-Bouvet, de ses filles, de sa famille, de ses amis proches et en pensées de ses camarades, collègues, étudiants et lecteurs ; Laurent aura été courageux jusqu’au bout face à la terrible maladie de Charcot.</p><p>Stoïque, Laurent Bouvet était confiant dans la pérennité des idées et combats qu’il aura puissamment contribué à étayer.</p><p>Stéphane Rozès<br />Politologue</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Mon, 20 Dec 2021 23:34:40 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Laurent Bouvet : « J’espère qu’il restera mes livres et une certaine cohérence intellectuelle »]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>ENTRETIEN. Le fondateur du Printemps républicain est décédé à l’âge de 53 ans. En février 2020, il nous livrait l'une de ses dernières interviews.</p>

<p>Laurent Bouvet est décédé à l'âge de 53 ans. © BALTEL/SIPA / SIPA<br /> Propos recueillis par <a rel="author" href="https://www.lepoint.fr/journalistes-du-point/thomas-mahler">Thomas Mahler</a> et <a rel="author" href="https://www.lepoint.fr/journalistes-du-point/clement-petreault">Clément Pétreault</a><br />Publié le 11/02/2020 à 14h00 - Modifié le 18/12/2021 à 18h24</p>
<p> Lien copié Copier le lien</p><p>En 2020, nous avions interrogé Laurent Bouvet à l’occasion de la sortie de son dernier livre L’Âge identitaire. <a href="https://www.lepoint.fr/politique/laurent-bouvet-le-soldat-de-la-gauche-republicaine-est-mort-18-12-2021-2457432_20.php" title="">Ce soldat de la gauche républicaine est décédé ce samedi 18 décembre</a> à l’âge de 53 ans de la maladie de Charcot, <a href="https://www.facebook.com/lbouvet/posts/10226791433074174" target="_blank" title="">a annoncé son épouse sur Facebook.</a> Nous republions son entretien, véritable testament politique.</p><p>En dépit de ses vingt ans au <a href="https://www.lepoint.fr/tags/ps">Parti socialiste</a>, il est devenu la tête de Turc d’une partie de la gauche. Professeur en sciences politiques à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, fondateur du Printemps républicain et chantre d’une laïcité stricte, Laurent Bouvet est celui que les militants décoloniaux – à commencer par <a href="https://www.lepoint.fr/societe/macron-hue-au-theatre-qui-est-taha-bouhafs-18-01-2020-2358436_23.php" title="">Taha Bouhafs</a> – aiment lyncher dans les manifestations comme sur les réseaux sociaux. À tel point qu’on l’associe désormais à <a href="https://www.lepoint.fr/tags/eric-zemmour">Éric Zemmour</a>, u...</p><p>Cet article est réservé aux abonnés</p>
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<p>De Gaulle - Penser, résister, gouverner</p><p>Son nom est devenu synonyme d’une France libre et puissante. De Gaulle, l’homme de l’appel du 18 juin s’est imposé dans l’histoire d’abord comme un rebelle, un résistant puis comme un leader politique charismatique, en France comme à l’étranger. Adoré, haï du temps de sa présidence, il est devenu après sa mort un mythe, un idéal d’homme politique qu’à droite comme à gauche on se prend à regretter.</p>
<p>43 Commentaires <a href="https://www.lepoint.fr/debats/laurent-bouvet-on-peut-difficilement-m-assimiler-a-zemmour-11-02-2020-2362128_2.php#depot_commentaire">Commenter</a></p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Mon, 20 Dec 2021 23:32:06 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/814/laurent-bouvet-le-soldat-de-la-gauche-republicaine-est-mort</link>
	<title><![CDATA[Laurent Bouvet, le soldat de la gauche républicaine, est mort]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Avec la disparition de Laurent Bouvet, annoncée par sa femme sur <a href="https://www.lepoint.fr/tags/facebook">Facebook</a>, c’est une partie de la mauvaise conscience de la gauche qui s’évapore. Politologue, fondateur du Printemps républicain et auteur de nombreux ouvrages sur <a href="https://www.lepoint.fr/societe/guilluy-la-societe-multiculturelle-est-profondement-paranoiaque-02-05-2019-2310635_23.php" title="">l’identité et l’insécurité culturelle</a>, Laurent Bouvet s’est éteint à <a href="https://www.lepoint.fr/tags/paris">Paris</a> ce samedi à l’âge de 53 ans. Bien qu’atteint par une maladie dégénérative, il trouvait encore les forces de publier en juillet 2020 Le Péril identitaire (Éditions de l’Observatoire), un essai testament, dans lequel il tentait, une dernière fois, de mettre la gauche en garde contre la lente dérive identitaire dont elle fait l’objet depuis plusieurs années. « Si l’on désire résister à la pression de ce monde individualiste devenu identitaire, il faut avoir des principes solides auxquels on ne déroge pas. En <a href="https://www.lepoint.fr/tags/france">France</a>, ça s’appelle la République. Le républicanisme à la française constitue une proposition politique capable de limiter les effets délétères de l’individualisme libéral et les inégalités sociales », répétait-il pour expliquer l’ancrage à gauche de son engagement républicain.</p><p>Il était aussi l’une des rares voix de gauche ouvertement engagée dans le combat pour la laïcité et contre l’islam politique, le relativisme culturel ou la pensée décoloniale qui irriguent le monde universitaire. Souvent accusé de souffler sur les braises d’un « identitarisme républicain », l’essayiste réfutait cette analyse : « Je ne suis en rien un identitaire, bien au contraire, je suis un humaniste universaliste qui croit profondément en l’indétermination, aux bienfaits du métissage et de l’émancipation », nous confiait-il à l’occasion d’un ultime entretien.</p>
<p>Dérive identitaire de la gauche</p>
<p>Lassé du monde universitaire et du militantisme traditionnel, ce professeur à la faculté de droit et de science politique de l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines rompt avec le <a href="https://www.lepoint.fr/tags/ps">Parti socialiste</a> et le think tank Terra Nova sur fond de différends stratégiques. Il ne pardonnera jamais au PS de s’être engagé dans ce qu’il estimait être une dérive identitaire de la gauche, notamment au travers de <a href="https://www.lepoint.fr/editos-du-point/sebastien-le-fol/l-histoire-d-une-note-qui-a-mis-le-feu-a-la-gauche-10-10-2016-2074774_1913.php" title="">la fameuse note Terra Nova</a>, qui a encouragé le Parti socialiste à satisfaire les revendications d’une juxtaposition de minorités, plutôt que de tenir un discours républicain, seul moyen aux yeux de Laurent Bouvet de dessiner un récit collectif valable.</p><p>Relire la dernière grande interview de Laurent Bouvet au Point : <a href="https://www.lepoint.fr/debats/laurent-bouvet-on-peut-difficilement-m-assimiler-a-zemmour-11-02-2020-2362128_2.php" title="">« On peut difficilement m’assimiler à Zemmour… »</a></p><p>Rompant avec le modèle de militantisme classique, il n’a pas hésité à faire un usage intensif des réseaux sociaux pour attaquer ses adversaires politiques. Avec sa disparition, les mouvements décoloniaux perdent leur cible obsessionnelle. « J’ai joué le jeu, parfois de manière un peu limite sur les réseaux sociaux […] Pour être entendu, il faut y aller fort. J’y suis allé quelques fois un peu fort », confessait-il quelques mois avant sa mort. « J’ai choisi de descendre dans l’arène et de mener un combat de gladiateurs, parce que je me suis aperçu que le combat universitaire n’était pas efficace. J’ai aussi compris après 20 ans au PS à faire des campagnes et rédiger des discours pour François Hollande que la politique traditionnelle n’y pourrait rien. Essayer d’être un intello en politique, c’est inutile », nous expliquait-il, résigné.</p>
<p>Relève politique</p>
<p>Intellectuel hors des clous, universitaire déçu et essayiste inspiré, Laurent Bouvet espérait encore il y a quelques mois « qu’au-delà du portrait caricatural que l’on fait de [lui], il restera les livres et une certaine cohérence intellectuelle, une construction politique bâtie autour de toutes ces idées, qui n’en est qu’à ses débuts ». La relève politique et intellectuelle sera assurée par ses compagnons de route, cofondateurs ou membres du Printemps républicain qui l’ont accompagné ces derniers mois, tels que <a href="https://www.lepoint.fr/editos-du-point/sebastien-le-fol/gilles-clavreul-hugo-micheron-le-djihadisme-les-yeux-dans-les-yeux-19-01-2020-2358500_1913.php" title="">Gilles Clavreul</a>, <a href="https://www.lepoint.fr/politique/amine-el-khatmi-la-mauvaise-conscience-de-la-gauche-06-02-2020-2361541_20.php" title="">Amine El Khatmi</a> ou encore <a href="https://www.lepoint.fr/politique/comment-les-classes-populaires-ont-retrouve-leur-honneur-et-pourquoi-ca-ne-devrait-pas-durer-21-04-2020-2372372_20.php" title="">Denis Maillard</a>.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/813/legalite-une-promesse-republicaine-a-honorer</guid>
	<pubDate>Mon, 20 Dec 2021 19:47:21 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/813/legalite-une-promesse-republicaine-a-honorer</link>
	<title><![CDATA[L&#039;égalité, une promesse républicaine à honorer]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Fatiha Agag-Boudjahlat*, enseignante et essayiste, féministe laïque et universaliste</p><p>Il y a quatre ans, dans le cadre d’un projet mené avec une classe de 3e, nous avions assisté à la diffusion de films contre les discriminations, suivie d’un débat avec le Défenseur des droits d’alors, Jacques Toubon. Dans la salle, des élèves de différents collèges, dont des élèves sourds-muets d’un établissement spécialisé aidés d’un interprète. Une jeune fille sourde-muette expliqua qu’elle ne pouvait choisir son orientation en toute liberté, parce qu’il n’y avait pas de professeurs des disciplines concernées maîtrisant la langue des signes. Alors que les élèves sourds et muets étaient aussi capables que les autres de réussir et devraient avoir accès à toutes les formations. Jacques Toubon s’associa aux déclarations de cette jeune fille, et expliqua qu’il s’agissait de discrimination sur la base du handicap et que c’était intolérable.</p><p>Une de mes élèves, Shérazade, à qui j’ai dédié mon dernier livre, qui vient d’avoir son bac, et pour qui j’ai une affection particulière, osa prendre la parole. Elle demanda à la jeune fille s’il n’y avait pas des métiers et donc des formations contre-indiquées en raison d’un handicap, donnant l’exemple d’un aveugle qui ne pourrait accéder à la formation de pilote d’avion. Provoquant l’effroi de mon élève, Jacques Toubon tempêta que c’était discriminatoire, que l’on devait avoir accès à tous les métiers quel que soit le handicap, que c’était à la société de compenser. Je trouvai, et je trouve toujours, la question de Shérazade pertinente. C’est un fait empirique, nous ne sommes pas tous égaux en termes de capacités physiques ou intellectuelles. N’y a-t-il pas un principe de réalité, ou celle-ci n’est-elle qu’une variable à ajuster au nom de l’égalité absolue ?</p>
<p>De l’inégalité à l’injustice</p>
<p>Quand commence la discrimination, c’est-à-dire la différence de traitement sur des conditions extérieures à notre volonté et à notre pouvoir d’agir comme la couleur de peau, la sexualité, le handicap ? Cela me fait penser à ce sujet régulièrement donné dans l’épreuve de philosophie du bac : à partir de quand une inégalité devient-elle une injustice ? Donnez-moi trente mille euros, un bon juriste et quelques années, et je suis sûre d’obtenir devant la CEDH le droit pour des personnes atteintes de nanisme d’être recrutées dans le GIGN. Après tout, une petite taille n’empêche pas de tirer aussi bien qu’un individu ordinaire et pourra être un atout dans certaines configurations spatiales. Les conditions de taille, de poids sont iniques. Les personnes en situation d’obésité n’ont que peu de prise sur leur poids, déterminé par des facteurs épigénétiques autant que par des facteurs sociaux. Dans cette logique, la religion étant un choix, et le choix du degré de religiosité (orthodoxie et orthopraxie) en étant un autre, je reste très dubitative sur la discrimination sur une base religieuse : quand c’est mon choix d’orthodoxie qui restreint mes opportunités économiques ou sociales, je ne devrais pas le reprocher à la société. Un sikh qui refuse de porter un casque sur un chantier parce qu’il estime devoir garder son turban fait peser un risque financier et pénal sur ma société, j’aurais comme patron de bonnes raisons de ne pas l’embaucher. De même si je dirige une pizzeria, que mon jour le plus rentable est le samedi et que la personne que je reçois en entretien m’indique qu’étant juive, elle ne veut pas travailler le samedi, je refuserai de l’engager. Je ne la traite pas différemment à cause de sa religion, son choix d’orthodoxie ne la rend pas employable.</p>
<p>Handicap social et méritocratie</p>
<p>Mais que dire des conditions de diplôme ? Voire du principe même du concours d’entrée ? Sont-elles discriminatoires puisque discriminantes ? Les inégalités sociales étant tellement criantes, manifestant ses effets handicapants dans le milieu familial, l’environnement, la qualité de l’habitat ou encore la maîtrise et la variété du langage, ne pourrions pas imaginer que refuser l’accès à des formations d’excellence sur la base d’un concours conçu et évalué à partir d’un modèle-type d’étudiant CSP++ est discriminatoire ? Le handicap social obère l’accès aux opportunités d’études et de carrières bien plus désormais que le handicap physique, souvent compensé. C’est la logique de la discrimination dite positive : ce que nous sommes, en fait notre milieu social et culturel, handicape. Plutôt que corriger ces inégalités par un système d’écluses coûteux, ce que l’Éducation nationale se refuse à faire, la société est tentée, et Sciences-Po Paris a sauté le pas, de renoncer aux concours d’entrée et d’établir une bonification selon le territoire d’origine.</p><p>Et le sujet de la discrimination compensée rencontre alors la dernière offensive du courant indigéniste et postcolonial, celle menée contre le mérite et la méritocratie républicaine, présentés comme un paravent à la reproduction sociale élitiste. C’est un objet de réflexion qui doit tous nous concerner. Égalité des droits, des chances, des destins, mérite, discrimination positive, c’est bien la solidarité nationale et la promesse républicaine qui sont mises en cause, sinon en accusation.</p>
<p>* Fatiha Agag-Boudjahlat vient de faire paraître <a href="https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/19214/les-nostalgeriades" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les Nostalgériades (Éditions du Cerf, 2021)</a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/811/%C2%ABma-strategie-pour-sortir-de-la-crise-sanitaire%C2%BB-la-tribune-deric-zemmour</guid>
	<pubDate>Mon, 20 Dec 2021 17:28:49 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/811/%C2%ABma-strategie-pour-sortir-de-la-crise-sanitaire%C2%BB-la-tribune-deric-zemmour</link>
	<title><![CDATA[«Ma stratégie pour sortir de la crise sanitaire». La tribune d&#039;Eric Zemmour]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Ce qui caractérise, depuis le début, la gestion de la crise sanitaire du Covid-19 dans notre pays, c’est le défaut de stratégie. Bien entendu, tout le monde a en mémoire le fiasco et les mensonges sur les masques, l’impréparation totale de notre système hospitalier qui manquait de blouses, de gants, de lits ou de respirateurs, ou encore les mesures aberrantes de fermeture des commerces ou des rayons dits « non essentiels » dont le seul effet aura été de faire la fortune d’Amazon.</p><p>On oublie également de rappeler avec quel mépris Emmanuel Macron avait jugé, au nom d’une prétendue rationalité, l’ambition de Donald Trump de doter le monde d’un vaccin efficace d’ici la fin de l’année 2020. Cette posture n’est peut-être pas pour rien dans l’échec de la filière pharmaceutique française à développer un vaccin, contrairement à nos voisins <a href="https://www.lopinion.fr/economie/longtemps-boudees-par-les-investisseurs-les-biotechs-allemandes-profitent-du-succes-de-biontech-avec-son-vaccin-contre-la-covid">allemand</a> et <a href="https://www.lopinion.fr/economie/covid-la-recette-dastrazeneca-pour-vacciner-le-monde-entier">britannique</a>. Pendant qu’Emmanuel Macron faisait la leçon, d’autres se sont retroussé les manches.</p><p>Mais ne passons pas trop de temps à critiquer ce qui a été (mal) fait, les Français en sont déjà convaincus. Prenons de la hauteur pour dessiner une véritable stratégie pour sortir de façon crédible de cette crise sanitaire qui mine le moral des Français, attaque certaines de leurs libertés individuelles fondamentales et enfonce notre économie dans la dette.</p><p>Mon message est sans ambiguïté : j’invite toutes ces personnes âgées et fragiles qui ne le seraient pas déjà à se faire vacciner, y compris avec une troisième dose, afin qu’elles réduisent les chances de faire des formes graves de la maladie et d’engorger notre système hospitalier</p><p>Vivre avec. Quand la Covid-19 est apparue, il ne s’agissait évidemment pas d’une grippette, comme en atteste la surmortalité observée en France en 2020 et l’engorgement de notre système hospitalier. La raison est assez simple : une nouvelle maladie respiratoire est apparue contre laquelle personne au monde n’était immunisé. Notre système immunitaire a besoin de s’entraîner pour être efficace, la première fois qu’il rencontre l’adversaire (le virus), il est en grande difficulté.</p><p>Depuis les premières vagues meurtrières, la situation a heureusement fondamentalement changé : l’écrasante majorité des Français est désormais immunisée, soit par la vaccination soit en ayant été contaminés. Certes, le virus continue à muter mais les études semblent montrer que l’immunité acquise demeure efficace contre les nouveaux variants. D’ailleurs, dès l’année 2021, malgré trois nouvelles vagues de Covid, nous n’observons presque plus d’excès de mortalité dans notre pays. Bien entendu, ce virus continue à faire des dégâts, mais la situation n’a plus rien à voir avec celle de l’an passé.</p><p>Petit à petit, cette maladie est en train de devenir endémique, c’est-à-dire que le virus ne va pas disparaître et que nous allons donc devoir vivre avec, comme nous le faisons depuis des siècles avec d’autres maladies respiratoires telle que la grippe. Cela signifie que les mesures que nous prenons maintenant contre le virus doivent être des mesures que nous sommes prêts à voir devenir pérennes.</p><p>Dans ce contexte, entretenir un climat de peur est une faute politique majeure. C’est même pire que cela : j’accuse Emmanuel Macron et son gouvernement d’instrumentaliser la crise sanitaire, en mettant par exemple sur la table des mesures aujourd’hui inutiles comme le passe sanitaire ou vaccinal, pour de seules fins politiciennes. Coûte que coûte il cherche à imposer ces sujets qu’il sait clivants (sauf pour son propre électorat) dans la campagne. Rarement un tel niveau de cynisme n’aura été atteint par un Président de la République.</p><p>J’accuse Emmanuel Macron et son gouvernement d’instrumentaliser la crise sanitaire, en mettant par exemple sur la table des mesures aujourd’hui inutiles comme le passe sanitaire ou vaccinal, pour de seules fins politiciennes</p><p>Réindustrialiser. Non, nous n’avons pas besoin d’entretenir un climat de lutte des classes vaccinale dans notre pays ! En effet, à quoi bon multiplier les atteintes aux libertés de toute la population alors que les Français sont déjà l’un des peuples les plus vaccinés au monde ? Plutôt que d’entraver la vie des Français voire d’envisager la vaccination des enfants dont on sait qu’ils ne font pas de forme grave, le gouvernement devrait concentrer ses efforts sur les personnes âgées et fragiles qui ne sont pas vaccinées. De mon côté, mon message est sans ambiguïté : j’invite toutes ces personnes âgées et fragiles qui ne le seraient pas déjà à se faire vacciner, y compris avec une troisième dose, afin qu’elles réduisent les chances de faire des formes graves de la maladie et d’engorger notre système hospitalier.</p><p>La deuxième priorité doit être d’administrer largement les traitements efficaces qui commencent à arriver, dont cinq sont déjà autorisés dans l’Union européenne. C’est une nouvelle formidable qui doit permettre de réduire encore drastiquement le nombre de cas graves et de morts liés à cette maladie, et qui contribuera donc à la banaliser.</p><p>La troisième priorité est évidemment de <a href="https://www.lopinion.fr/economie/segur-de-la-sante-a-lhopital-un-agent-sur-trois-ne-soigne-personne">redresser notre système hospitalier</a> qui a été malmené depuis des décennies, au nom d’économies budgétaires de court terme. De ce point de vue, toute la classe politique est coupable : gauche, droite et centre confondus. Nous manquons de lits de réanimation, de médecins, d’infirmières… Si le Ségur de la Santé est un premier pas dans la bonne direction, il ne suffit pas à compenser les terribles atteintes portées contre l’hôpital par le pouvoir en place et ses prédécesseurs.</p><p>La quatrième priorité, de plus long terme, consiste à restaurer notre filière de <a href="https://www.lopinion.fr/economie/recherche-en-sante-le-decrochage-francais-a-la-loupe">recherche médicale</a>. Il n’est pas normal que la France ait été absente de la course sur les vaccins et les traitements contre la Covid-19, alors que nous sommes le pays de Pasteur. Cet échec est le symptôme de notre déclassement auquel j’entends mettre fin en réindustrialisant le pays et en renouant avec l’excellence de notre recherche, publique et privée.</p><p>Avec cette stratégie, c’est un retour à la vie normale que je propose aux Français. Plutôt que d’agiter les peurs à des fins électoralistes, il faut leur montrer, de façon crédible, la lumière au bout du tunnel. Avec moi, il n’y aura plus de confinement ni de restriction des libertés individuelles comme le pass sanitaire ou vaccinal. Je propose une stratégie qui combat avec force l’épidémie mais ne cède pas à la panique et aux folies des docteurs Knock en tous genres qui voudraient nous imposer de vivre éternellement masqués, distants et confinés.</p><p>Plutôt que la peur, choisissons la raison, la responsabilité et la science, afin de retrouver, le plus rapidement possible, notre vie d’avant.</p><p>Eric Zemmour est président de Reconquête et candidat à l'élection présidentielle de 2022.<br /></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 21:47:10 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/810/pretendre-que-la-loi-de-1905-est-liberale-cest-une-fable</link>
	<title><![CDATA[&quot;Prétendre que la loi de 1905 est libérale, c&#039;est une fable&quot;]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Si le dernier livre de Laurent Bouvet ne devrait pas faire changer d'avis ses ennemis, il fournira en revanche de précieuses cartouches aux défenseurs d'une laïcité républicaine. Le professeur de science politique fait paraître <a href="https://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/la-nouvelle-question-laique" target="_blank">La nouvelle question laïque aux éditions Flammarion</a>. En 300 pages, le co-fondateur du Printemps républicain et membre du Conseil des sages de la laïcité balaie les problématiques ayant trait à la loi de 1905 : place de l'islam dans la société française, critiques de la laïcité venues de la gauche (décoloniaux, indigénistes) et de la droite (identitaires chrétiens)... Surtout, et c'est là son principal mérite, l'ouvrage revient en détail sur une conception de la <a href="https://www.marianne.net/tags/laicite">laïcité</a> qui, d'après Laurent Bouvet, détourne l'esprit de la loi de 1905 et travestit la vision de ses pères fondateurs, tout en s'en réclamant bruyamment : c'est cette laïcité libérale, portée par <a href="https://www.marianne.net/societe/observatoire-ou-abattoir-de-la-laicite">l'Observatoire de la laïcité</a> et profondément influencée par le multiculturalisme anglo-saxon, qui s'est peu à peu imposée jusqu'à devenir majoritaire parmi les élites médiatiques et politiques. Entretien avec un républicain acharné.<br /></p><p>Marianne : Quelle est cette "nouvelle question laïque" qui donne son titre à votre livre ?</p><p>Laurent Bouvet : Pendant très longtemps, la laïcité était comme l'air que l'on respire : après l'affrontement autour de la loi de 1905, et excepté quelques emballements autour de la "querelle scolaire" comme en 1984, la question laïque ne débordait plus dans le débat public et politique. Or depuis les années 1980, de nouvelles conditions sont venues transformer cette forme d'apaisement, la principale étant l'émergence de l'islam comme religion importante et visible dans l'espace public.</p><p>Quand l'islam a pris son essor en France, il a connu au même moment une profonde évolution au niveau mondial : ce que Mohammed Cherkaoui appelle « l’islamisation » de l'islam (Essai sur l’islamisation, Presses universitaires de la Sorbonne, 2018), c'est-à-dire une réappropriation à la fois théologique et culturelle de la religion dans les pays musulmans, et au-delà, qui a conduit à revendiquer l'appartenance à l'islam comme une identité à défendre et à promouvoir. Cela se traduit en particulier par une visibilité de différentes pratiques : le vêtement et au premier chef le voile, la consommation de nourriture halal, la piété démontrée aux autres par le biais d’une pratique rigoureuse du ramadan notamment.</p><p>L'entrée de l'islam dans l'âge identitaire a donc été concomitante de l’installation de l'islam en France. Et c'est la conjonction de ces deux phénomènes qui a transformé fondamentalement la question laïque. A ces éléments s’ajoutent des facteurs sociaux : la crise économique et sociale, « l'invention » des banlieues et la formation de ghettos urbains qui ont concerné d’abord les populations issues de l’immigration. Le dernier élément est plus politique. Les années 1980 sont aussi le moment où la gauche accède au pouvoir et où elle opère son « tournant » (abandon de la lutte des classes et de l'anticapitalisme) pour devenir le camp de la défense de minorités discriminées, constituées sur une base identitaire : nouveau féminisme, régionalismes, mouvement de libération gay, défense des immigrés venus de l'ancien empire colonial. Ces derniers sont très vite réduits à leur religion : en quelques années, on est ainsi passé du « travailleur immigré » au « Beur » puis finalement au « musulman ».</p><p>Le basculement vers une nouvelle question laïque est symbolisé par l'affaire dite des « foulards », lorsque trois élèves musulmanes refusent d’enlever leur voile dans un collège de Creil à l’automne 1989. C'est la première confrontation avec cette nouvelle aspiration à la visibilité de l'islam qui va venir sur le devant de l’actualité, le premier moment où la religion musulmane devient un objet de débat public en France. C'est ce qui fonde cette nouvelle question laïque : la laïcité telle qu'on la conçoit en France, dans le droit et politiquement, peut-elle répondre au <a href="https://www.marianne.net/societe/reforme-de-la-loi-de-1905-les-laiques-face-au-casse-tete-de-la-regulation-de-l-islam">défi posé par l'islam</a> ?</p><p>Pour les plus fondamentalistes des musulmans, la politique ne peut qu’être l’application de la parole de Dieu.</p><p>L'islam pose-t-il une question spécifique à la société française et à la laïcité ?</p><p>La spécificité de l'islam peut s’apprécier à différents niveaux. C'est tout d'abord un nouveau venu dans le paysage français des cultes, notamment en termes institutionnels : la loi de 1905 ne s'applique pas à l'islam puisque le culte musulman n’a pas été pris en compte à l’époque. Il n'existait alors pas sur le territoire métropolitain, même s’il était très présent dans l’empire colonial. Le deuxième problème, c'est l’émergence très rapide de l'islam en France, qui vient d’une immigration issue de l'ancien empire colonial, ce qui le différencie fondamentalement du catholicisme, du protestantisme et du judaïsme, cultes installés de longue date et qui ont connu une croissance « interne » – même si une immigration catholique a eu lieu au XXe siècle (italienne, polonaise, espagnole, portugaise). Troisième élément, « l'islamisation » de l'islam dont nous avons parlé plus haut : partout dans le monde, l’islam est travaillé par des courants radicaux qui poussent à une visibilité plus grande de la religion et de ses pratiques. Ce qui joue un rôle important en France aussi. De tels courants radicaux existent aussi dans les autres religions sur le sol national mais ils sont bien moins forts et surtout bien moins visibles que dans l’islam.</p><p>Enfin, se pose la question de la nature même de l'islam et du rapport du théologique au politique dans l'islam. C'est un sujet qu’abordent aujourd’hui de nombreux intellectuels, par exemple Pierre Manent ou Alain Finkielkraut. À leurs yeux, il y a une incompatibilité fondamentale entre l’islam avec la civilisation française, avec notre manière de résoudre d’une certaine façon la question théologico-politique. Dans l'islam, le théologique et le politique ne peuvent séparés, c'est une différence fondamentale avec le christianisme. D’une part parce que le Coran est un texte « incréé », il ne s’agit pas d’une interprétation de la parole de Dieu mais de la parole de Dieu elle-même. Dans cette optique, le prophète Mahomet est celui qui comprend, enfin, par rapport à tous les faux ou mauvais prophètes qui l’ont précédé, la parole de Dieu et qui la retranscrit exactement. Donc il n'y a pas d'interprétation, d'amélioration ou de changement possible du texte divin. Pour les plus fondamentalistes des musulmans, la politique ne peut dès lors, comme toute chose, qu’être l'application de la parole de Dieu.</p><p>D’autre part, si l'on aborde la question sous l’angle historico-politique et non plus théologique, l'islam est né et s'est imposé dès sa naissance les armes à la main et non par la soumission à une autorité politique extérieure. Sans se battre, Mahomet n'aurait pas pu diffuser l'islam. Pour les fondamentalistes, l'islam est une religion de combat dont l’objet même est d’apporter dans un monde de ténèbres et d’incroyance, la parole de Dieu et donc d’imposer les pratiques qu’elle prescrit. Cela pose, au fond, la question de l'incompatibilité de l'islam avec toute règle politique, sociale, culturelle... qui n’en procède pas. Ce problème se pose de manière particulièrement aiguë lorsque l'islam est minoritaire dans une société : comment vivre pleinement sa foi et surtout cette conception absolue de la foi dans une société où cela n’a pas de sens pour la majorité de la population ? Ce sont tous ces aspects mis bout à bout qui constituent la spécificité de ce que l’on pourrait appeler le « problème » musulman aujourd’hui, dans une société comme la nôtre.</p><p>Vous décrivez dans votre ouvrage la dissociation progressive entre la carte et le territoire de la laïcité. Aujourd'hui la laïcité a des ennemis à gauche comme à droite, mais cette opposition est plus ou moins assumée et prend des formes très différentes.</p><p>La carte de la laïcité ne permet plus de lire le territoire laïque. Traditionnellement, pour schématiser, à gauche on défendait la laïcité, par rejet des religions ou par souci d’émancipation de l’Homme, et à droite on essayait sinon de l’abattre du moins d’en minimiser les effets. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout comme ça que les choses se présentent.</p><p>La gauche traditionnellement peu intéressée par la laïcité a beaucoup évolué. Elle émanait à l'origine de la gauche marxiste, qui assimile, logiquement, la laïcité à tout ce qui relève de la « superstructure » au sens de Marx : elle n’est dans ce cas qu'un élément mobilisé par la bourgeoisie pour tenir le prolétariat sous sa domination. Cette vision n'existe quasiment plus aujourd'hui. La vraie gauche anti-laïque aujourd'hui vient plutôt des différentes formes de gauchisme des années 1960 et 1970, d’après la décolonisation et du moment 68 – c’est d’ailleurs la matrice fondamentale de la deuxième gauche notamment. Du marxisme, il ne reste finalement que l'assimilation de la laïcité à la bourgeoisie mais la grille de lecture appliquée est différente, elle est identitaire : c'est l'identité propre des individus et non plus la classe sociale qui importe, et dans ce cadre les « dominés » ultimes si l’on peut dire ne sont plus les prolétaires ou la classe ouvrière mais les musulmans. Ceci s'explique par le fait qu'à partir des années 1960, la gauche s'est refait une santé morale sur l'anti-colonialisme, qui lui a servi d’instrument de renouveau idéologique.</p><p>La fin de l’idéologie communiste et l’abandon du prolétariat a conduit toute cette gauche à se concentrer sur les minorités au sens culturel et sur les critères identitaires qui les déterminent (race, genre, orientation sexuelle, origine culturelle, religion...). Dans ce cadre, la défense des immigrés venus de l'ancien empire colonial est devenue un nouvel horizon de sens puisqu’ils présentaient tous les stigmates de la domination. Aujourd’hui, pour cette gauche très largement convertie aux <a href="https://www.marianne.net/politique/indigenes-de-la-republique-thomas-guenole-demontre-le-racisme-la-misogynie-et-lhomophobie">thèses dites « indigénistes »</a>, toute l'histoire doit être relue sous ce prisme de la domination coloniale qui se poursuit après la décolonisation à travers l’immigration, et donc tout spécialement des populations de culture et de religion musulmanes. La laïcité ne pouvant apparaître dans cette perspective que comme un instrument de domination des occidentaux blancs colonialistes etc. Et à chaque fois que l’un de ces hommes blancs, « non racisés » comme on le dit désormais, défend la laïcité ou tout simplement <a href="https://www.marianne.net/debattons/tribunes/cessons-de-caricaturer-l-universalisme-republicain">l’universalisme républicain</a> face à des revendications identitaires, communautaristes, essentialistes ou différentialistes, il est mécaniquement coupable de vouloir perpétuer la domination coloniale.</p><p>À droite, le problème est très différent mais tout aussi lié à un regain de vigueur des inquiétudes identitaires et des revendications qui en découlent. C’est, schématiquement, en France, le problème du catholicisme au sens culturel du terme, bien au-delà de la religion elle-même. Deux orientations déchirent cette droite autour d'une question : comment faire pour lutter contre un islam qui n’est pas compatible avec une « identité française" définie comme occidentale, chrétienne, catholique...? Faut-il le faire au nom de la laïcité ou des « valeurs » (famille, mœurs, sens de la vie...) ? Faut-il s'allier d'abord avec les laïques pour combattre l’islam ou bien se débarrasser d’abord des laïques qui sont responsables de l’affaissement de cette civilisation, à cause de la sécularisation, du défaut de spiritualité, de l’écart par rapport aux mœurs inspirées par la religion, etc. en s'alliant provisoirement aux croyants que sont les musulmans avec lesquels on partage ces fameuses « valeurs », quitte à se retourner contre eux ensuite en assumant un « choc des civilisations » frontal inspiré des croisades ? La première option est proposée, par exemple, par <a href="https://www.marianne.net/tags/marine-le-pen">Marine Le Pen</a> : elle consiste à se réclamer explicitement de la laïcité en en détournant le sens et l’esprit, en l’instrumentalisant. C'est ce qu'elle disait dans le journal Présent dès 2010 : « Il n'y a pas cinquante moyens de lutter contre l'islamisation dans notre pays. Il y a soit la laïcité, soit la croisade. Comme je ne crois pas beaucoup à la croisade, je pense qu'il faut user de la laïcité ». La deuxième orientation convient mieux à une <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjU6Yruh4ngAhUOgM4BHdOnCZUQFjAAegQIChAB&amp;url=https%3A%2F%2Fwww.marianne.net%2Ftags%2Fmarion-marechal-le-pen&amp;usg=AOvVaw3YbKtfb_SALiNBPlytUAfd">Marion Maréchal</a> par exemple mais on la trouve aussi, au fond, de manière certes infiniment plus subtile et argumentée, chez un philosophe comme Pierre Manent. On en retrouve aussi des traces dans le discours de <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjdofT3h4ngAhVNrxoKHQQJDZAQFjAAegQIAxAB&amp;url=https%3A%2F%2Fwww.marianne.net%2Ftags%2Fnicolas-sarkozy&amp;usg=AOvVaw3Q-PxIyvwbdFjVAHtMnNAv">Nicolas Sarkozy</a> au Latran en 2007, lorsqu'il déclarait que « l'instituteur ne pourrait jamais remplacer le curé ou le pasteur ». Il s'agit ici de mener un combat contre une société matérialiste, présumée sans « valeurs », contre un Occident perdu qui s'est débarrassé de toute spiritualité... Dans cette optique, l'adversaire prioritaire est la laïcité et les musulmans conservateurs des alliés de circonstance, avec lesquels on manifeste par exemple contre le mariage pour tous.</p><p>L’interprétation dominante de la laïcité aujourd’hui est biaisée, tordue.</p><p>Vous consacrez une large partie de votre livre à la « normalisation libérale » : là où des parties de la gauche et de la droite s'opposent explicitement à la laïcité, une large fraction de l'échiquier politique s'en réclame... mais cherche à la détourner de son sens originel.</p><p>Nous venons d’évoquer des positions très marquées, surtout présentes sur les bords de l’échiquier politique mais plus on se rapproche de son centre, plus la laïcité est acceptée et reconnue comme une forme de consensus qui ne pose pas de problème. Il y a là toutefois un problème : la vision « centrale » aujourd’hui dans notre société, celle qui est véhiculée très majoritairement par les médias et par les élites au sens large, est une vision très particulière de celle-ci, une vision fortement imprégnée par un libéralisme d’époque, d’origine anglo-saxonne, qui n’est pas celui que contient et implique la tradition républicaine française. L’interprétation dominante de la laïcité aujourd’hui est biaisée, tordue d’une certaine manière. Et ce biais peut être repéré dans un certain nombre de propositions théoriques ou d’évolutions juridiques ces dernières décennies. On peut résumer cette vision particulière, très largement idéologique, de la laïcité ainsi : sortir celle-ci du récit républicain français pour en faire un simple élément témoignant de la progression mondiale de la pensée libérale d’origine anglo-saxonne. On cherche ainsi à normaliser la laïcité française en la faisant rentrer au chausse-pied dans le cadre d’une simple tolérance religieuse et des droits de l’Homme – il suffit ainsi d’observer l’évolution de la jurisprudence du Conseil d’Etat ou du Conseil constitutionnel ces dernières décennies sous l’influence notamment du droit européen. Par exemple, pour la Cour européenne des droits de l’Homme, la « liberté de conscience » de la loi de 1905 s<a href="https://www.marianne.net/societe/nouveau-coup-d-epee-de-la-cedh-l-encontre-de-la-libre-critique-des-religions">e réduit à la « liberté religieuse »</a> de l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH). Le « grand penseur » français de cette laïcité-là – institué ainsi par Le Monde <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjdtob-hongAhVigM4BHVk_DGoQFjAAegQIDBAB&amp;url=https%3A%2F%2Fwww.lemonde.fr%2Fidees%2Farticle%2F2017%2F12%2F08%2Fjean-bauberot-grand-penseur-de-la-laicite_5226435_3232.html&amp;usg=AOvVaw0qQi6MVPmCsWboR-3ErA4t" target="_blank">dans un article hagiographique</a> – c’est l’historien Jean Baubérot qui a fait de sa lecture très particulière de l’Histoire, résolument ancrée du côté des religions minoritaires, hier le protestantisme, aujourd’hui l’islam, la matrice de la compréhension de la laïcité, contre le gallicanisme, le jacobinisme, le bonapartisme et le radicalisme républicain entre lesquels il trace une ligne continue. Cette lecture anti-étatique se trouve très à l’aise avec la conception individualiste et ancrée dans la « résistance » de la société civile contre l’Etat du libéralisme d’origine anglo-saxonne. Celui qui domine précisément aujourd’hui nos représentations culturelles et influence très fortement notre droit.</p><p>Au cœur de ce récit libéral, un argument est répété en boucle : l'idée que la loi de 1905 serait un triomphe de la vision libérale d'Aristide Briand contre les "laïcards" les plus enragés comme Emile Combes...</p><p>C'est une fable que racontent à qui veut l’entendre les disciples de la pensée de Jean Baubérot ! Une fable selon laquelle Aristide Briand se serait allié en 1905 à Jean Jaurès pour apaiser les tensions et réconcilier les « deux France » (la catholique et la républicaine) face à l'intransigeance d’un Emile Combes, d’un Maurice Allard ou d’un Georges Clemenceau. Ce qui s’est passé en 1905, et d’ailleurs avant et après, est très loin d'être le long fleuve tranquille de la concorde française. L'Eglise catholique a été défaite par la République et n’a admis qu’avec difficulté cette défaite. Tout ceci a d’ailleurs été d'une violence extraordinaire, et il y avait bien deux France à ce moment-là qui ne sont réconciliées que bien plus tard, dans les tranchées de la Première Guerre mondiale.</p><p>La laïcité ne se réduit ni à la liberté religieuse ni à la neutralité de l’Etat.</p><p>Pourtant, Aristide Briand a bien déclaré que <a href="https://www.marianne.net/societe/loi-de-1905-ne-pas-jouer-avec-le-feu">la loi de 1905</a> était "dans son ensemble une loi libérale"...</p><p>Quand Briand dit que la loi de 1905 et une loi « libérale », il n’a absolument pas en tête le libéralisme individualiste, atomistique et multiculturaliste anglo-saxon qui domine aujourd’hui et qu’on plaque sur ses mots. C’est un contresens historique total. Il a en tête ce que l’on appelle le républicanisme modéré, contre le radicalisme, qui commande de ne pas insulter l’avenir et d’offrir la possibilité à chacun, croyant ou non, de trouver sa place dans la République. D’ailleurs, comme comprendre sinon que Jaurès s’allie à Briand pour faire voter la loi ? L’urgence de Jaurès à ce moment-là est de résoudre enfin la querelle politico-religieuse qui empoisonne la vie politique afin de s'attaquer aux questions sociales et fiscales (les retraites ouvrières, l’impôt sur le revenu...). Bref, il faut se déprendre à la fois de toute visée idéologique et de toute illusion rétrospective lorsqu’on veut comprendre ce qui fut à l’œuvre au moment du vote de la loi de 1905. Ce qui permet de ne pas tordre la laïcité dans la direction que l’on voudrait à tout prix lui faire prendre. La laïcité ne se réduit ni à la liberté religieuse ni à la neutralité de l’Etat et de ses agents. C’est là une interprétation totalement biaisée des deux articles fondamentaux de la loi de 1905 : le premier parle de « liberté de conscience » et le second induit une « séparation de l’Etat et des cultes » – la notion de séparation est double : l'Etat ne force personne à croire ou à ne pas croire, mais aucun culte ne doit dicter à l'Etat ou à n'importe quel citoyen sa manière de penser et de croire. Le choix des mots des législateurs de l’époque est précis. Vouloir leur faire dire autre chose que ce qu’ils ont écrit est une trahison.</p><p>Selon vous, ceux qui se réclament de la citation d'Aristide Briand sur la loi de 1905 défendent un tout autre type de libéralisme : le libéralisme anglo-saxon.</p><p>Il faut s’attacher à comprendre les complexités de l'adjectif « libéral » qui a profondément changé de sens en un siècle. Si l'on se replonge dans le contexte historique de 1905, Briand signifie ainsi que la loi qu’il propose garantisse à chacun la liberté de pratiquer son culte en détachant l’Etat de toute influence religieuse. Le libéralisme de Briand, c’est celui des républicains : la liberté de croire, de pratiquer son culte... est une part mais une part seulement de la liberté de conscience, et non synonyme de liberté religieuse ou d’une simple tolérance en la matière. Cette liberté de conscience étant elle-même définie et protégée par la communauté des citoyens et l’Etat qui en est le bras armé, et non par le droit naturel des individus et les groupes auxquels il peut appartenir dans la société civile afin de se protéger contre l’Etat. Nous sommes là dans deux univers totalement différents. On est ici en face de deux modèles philosophiques et politiques : en France, où la Nation s'est constituée par et autour de l'Etat, c'est ce dernier, garant de la volonté générale et de la souveraineté populaire, qui assure au citoyen les moyens de sa liberté. Dans le cadre anglo-saxon (avec des variations aux Etats-Unis et en Angleterre), l'individu est protégé par un droit naturel, traduits dans une constitution, contre toute intervention extérieure, en particulier celle de l’Etat dont les moyens et la portée doivent être réduits ou étroitement contrôlés.</p><p>Le Conseil d’Etat est aujourd’hui bien plus influencé par la liberté libérale que par la liberté républicaine</p><p>Ce libéralisme ne relevant pas de la pensée française, comment s'est-il diffusé dans notre pays ?</p><p>Ce que l’on appelle depuis une trentaine d’années la mondialisation a surtout consisté en une diffusion de cette manière, anglo-saxonne, de comprendre le monde, l’économie, la société, le droit... La construction européenne a joué un rôle-clef en la matière. Si l’on s’en tient, au-delà des multiples représentations culturelles qui favorisent la diffusion de cette manière anglo-saxonne, américaine désormais avant tout, de comprendre le monde, au droit par exemple, cela a commencé dès la CEDH, signée en 1950, qui consacre cette conception particulière du droit et de la liberté, notamment dans son article 9 à travers la notion de « liberté religieuse », reconnue et souhaitée d’ailleurs par les différents cultes. Rappelons que dans ce même article 9, la CEDH établit explicitement que le droit au prosélytisme fait partie intégrante dans la liberté religieuse – ce que rappelle régulièrement la Cour de Strasbourg chargée de faire respecter cette convention –, ce qui est contraire à l’idée même de laïcité. L'imprégnation d’un tel libéralisme est tout aussi frappante lorsque l'on se penche sur l'évolution de la jurisprudence du Conseil d’Etat en matière de laïcité, plus précisément de séparation de l’Etat et des cultes ces dernières années. En fait, le Conseil a suivi l’évolution générale de l’idée libérale, et il est aujourd’hui bien plus influencé, notamment en raison du droit international et européen, par la liberté libérale que par la liberté républicaine. Il a notamment intégré dans sa jurisprudence le droit européen (CEDH, Charte des droits de l’Union européenne) et le droit international (le pacte de 1966 sur la protection des droits de l’Homme), autant de textes qui sont <a href="https://www.marianne.net/societe/port-de-la-burqa-aux-origines-de-l-inacceptable-lecon-des-experts-de-l-onu-la-france">le reflet direct du libéralisme d’origine anglo-saxonne</a>. Ainsi le Conseil d'Etat qui est le garant par excellence du droit public français est-il largement devenu, en matière de laïcité, depuis une trentaine d’années – on se souvient de son fameux avis dans l’affaire des foulards de Creil en 1989 –, un opérateur plus ou moins conscient de la diffusion d'un droit libéral au sens anglo-saxon.<br /></p><p>Venons-en à la laïcité républicaine, que vous défendez. Elle est régulièrement accusée d'être inadaptée aux enjeux contemporains. Comment la défendre sans passer pour un « laïcard » passéiste ?</p><p>L'idée que je défends dans ce livre, et que nous sommes nombreux à défendre dans le débat public, est d’abord que la laïcité, dans sa conception républicaine, est conforme à l'esprit comme à la lettre de la laïcité telle qu’elle a été voulue et inscrite dans le droit par ses fondateurs. Ce qui implique que le récit libéral, dans le sens que l’on a indiqué plus haut, qui en est fait, soit déconstruit, pas à pas – c’est un des objectifs principaux de mon livre. Mais il faut ajouter que ce n’est pas là qu’un enjeu d’histoire des idées ou du droit. C’est une question essentielle pour nous, hic et nunc. Et ce n’est certainement pas une lubie française, un particularisme un peu désuet dans l’océan contemporain du libéralisme qui nous vient d’Amérique. La liberté au sens républicain est une conception à la fois pleinement moderne et universelle de la liberté : elle peut s’appliquer partout. Elle induit que dans notre modernité, il y a une autre voie que celle proposée par le libéralisme d’origine anglo-saxonne. La voie républicaine n'est en effet pas qu'un régime politique, c'est une conception générale du rôle du citoyen par rapport à l'individu, de l'Etat par rapport à la société civile, de la manière de construire le droit à partir d’une communauté de citoyens, souverains et égaux, qui s'oppose à une société des individus.</p><p>On peut d’ailleurs constater qu’il existe une aspiration générale, au sein des sociétés de culture musulmane comme dans les autres, à ce type de liberté, protégée par une communauté de citoyenneté constituée, qui dépasse l’individualité de chacun. Une liberté qui nous protège contre toutes les oppressions : celles bien sûr qui viennent de tel ou tel pouvoir politique mais aussi celles qui viennent de tel ou tel groupe, religieux notamment, dans la société elle-même, et mieux encore à l’intérieur de ces groupes, une liberté qui protège le croyant de l’Etat comme de ses coreligionnaires lorsqu’ils voudraient lui imposer telle manière de croire ou de se comporter. La liberté ne peut se résumer à « c’est mon choix » tout comme la communauté ne peut se résumer à « c’est notre identité ». Il faut pouvoir opposer l’une à l’autre mais surtout permettre à la liberté d’exister au sein de la communauté elle-même. L’idée laïque protège ainsi chacun d’entre nous à l'intérieur d'un espace de citoyenneté commun parce qu’on y a adhéré volontairement et non parce qu’il nous est assigné en raison de tel ou tel aspect de notre identité. Elle permet de choisir un modèle de société en même temps qu’une manière de se gouverner, et pas seulement une manière de se comporter en raison de ses droits individuels. C’est bien un message universel dont il s’agit, mais d’un universalisme réitératif et non de surplomb, c’est-à-dire qui ne s’impose pas mais qui se répète dans chaque société, par delà les différences culturelles.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 21:36:50 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Sortir du piège libéral – Le blog de Bertrand Renouvin]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Le livre que Laurent Bouvet consacre à la nouvelle question laïque (1) ne s’inscrit pas dans les polémiques violentes qui brouillent maints débats. Professeur de sciences politiques, l’auteur analyse le déplacement du conflit sur la laïcité depuis les années quatre-vingt et procède à une critique de l’interprétation libérale de la doctrine laïque et des militantismes identitaires qui en tirent parti. Alors que les fractures s’aggravent dans notre pays, Laurent Bouvet milite pour le retour à la raison politique – pour l’universalisme républicain.</p><p>L’histoire du tournant identitaire qui s’est produit dans de très nombreux pays au cours des quarante dernières années est retracée avec précision par Laurent Bouvet. Elle éclaire la nouvelle question laïque car le vieux conflit entre la droite cléricale et la gauche laïque qui avait rebondi une dernière fois en 1984 sur la question de l’école a été rapidement effacé et de nouvelles lignes de front sont apparues.</p><p>Avec le Front national, la droite nationaliste a prétendu défendre l’identité nationale face à l’immigration maghrébine dans les quinze dernières années du XXème siècle puis elle s’est posée en rempart de la laïcité quand l’islam sunnite, religion populaire discrète, a été affecté par son propre courant identitaire, fondamentaliste et revendicatif. Les débats sur le « foulard » ont marqué ce tournant et le nouveau positionnement d’une partie de la gauche. Toujours hostiles aux catholiques, de nombreux militants socialistes, communistes et d’extrême gauche affirment depuis le début de notre siècle leur sympathie pour des groupes et des personnalités islamistes considérés représentatifs des opprimés naguère colonisés, des victimes de l’histoire occidentale qui revendiquent leur droit à la différence.</p><p>Dans ce combat entre les identitaires de droite et les identitaires de l’islam alliés à la gauche « islamo-gauchiste », les symboles religieux – les crèches, le foulard – et les références culturelles deviennent des marqueurs idéologiques et les appartenances religieuses sont ethnicisées : les « blancs » sont catholiques, les musulmans sont « arabes ». La laïcité subit les effets de ces polémiques : instrumentalisée par les identitaires de droite, elle est abandonnée par une grande partie de la gauche qui dénonce dans la simple affirmation laïque une dérive islamophobe, voire une nouvelle forme de racisme. Le Nouveau Parti Anticapitaliste et les Indigènes de la République sont les moteurs de ces campagnes résolument diffamatoires. Hors de ces milieux extrémistes, un courant modéré fort intelligemment représenté par Pierre Manent plaide pour des « accommodements raisonnables » avec « l’islam » en ignorant notre laïcité : comment un contrat spécifique pourrait-il lier l’Etat à une « communauté » religieuse ?</p><p>Les attaques frontales et les récupérations politiciennes sont moins dangereuses pour la laïcité républicaine que son interprétation libérale, aujourd’hui dominante dans notre pays. Après l’effondrement de l’Union soviétique, le libéralisme est devenu, comme l’écrit Claude Lefort, « l’idéologie de la fin des idéologies ». C’est une idéologie globale, politique, économique et culturelle, produite aux Etats-Unis, qui exerce une influence déterminante sur les conceptions sociales dans notre pays. Ce modèle libéral à l’américaine se caractérise par l’imbrication de la liberté individuelle et de la religion, la liberté n’ayant pas la même signification dans le droit français et dans le droit anglo-saxon. Alors que nous définissons des libertés publiques, les Etatsuniens énoncent des civil liberties et considèrent la liberté des individus et leur pratique religieuse comme un droit naturel qui doit être protégé de l’Etat. Thomas Jefferson évoque un « mur de séparation » qui protège les religions du risque de l’ingérence étatique au nom du principe de tolérance et du droit naturel de chaque individu (2). Comme le souligne Laurent Bouvet, « le citoyen n’a donc pas à se détacher à un quelconque moment de l’individu, dont il n’est que la simple projection dans l’ordre politique, la figure de l’expression politique ».</p><p>La laïcité à la française est fondée sur d’autres principes. La liberté n’est pas un droit naturel mais un droit institué par l’Etat fondateur d’une collectivité politique souveraine. Dans la Déclaration de 1789, la liberté est bornée par la nécessité de l’ordre public qui procède de l’intérêt général – du principe même de la République. Notre Déclaration porte sur les droits de l’homme et du citoyen et non sur les human rights en ce sens que le souci politique de l’intérêt général implique une mise à distance des appartenances privées, qu’il s’agisse de la religion ou des intérêts de classe.</p><p>Selon cette conception républicaine, le principe de laïcité est une des conditions du service de l’intérêt général. Il permet de protéger l’Etat de l’influence des religions et garantit cette protection à tous les citoyens. C’est pourquoi l’article premier de la loi de 1905 proclame que « La République assure la liberté de conscience » – sans évoquer la liberté religieuse – et « garantit le libre exercice des cultes » : la liberté de conscience va au-delà de la liberté religieuse et c’est l’Etat qui protège la forme établie de la pratique religieuse alors qu’aux Etats-Unis c’est la religion qui est protégée de l’Etat.</p><p>Ces distinctions et ces oppositions sont essentielles pour comprendre en quels termes se pose la nouvelle question laïque. La doctrine française de la laïcité (3) est en effet récusée par des intellectuels et des groupes qui s’acharnent à faire prévaloir, depuis quelques décennies, la conception anglo-saxonne et le multiculturalisme en « déconstruisant » la France, l’Etat, la République, l’universalisme et la laïcité.  Traduite en français, Joan Scott dénonce une laïcité intégriste inspirée par le christianisme dans « La Religion de la laïcité », Jean Baubérot récuse « l’intégrisme républicain » et Cécile Laborde recherche une laïcité qui ne soit pas « catho-laïque ». Pour ces auteurs, qui exercent une influence majeure dans notre pays, il s’agit de rabattre la liberté de conscience sur la liberté religieuse et d’obtenir une absolue neutralité de l’Etat – au sens où l’Etat renoncerait à défendre les principes de liberté et d’égalité face à des courants religieux qui imposeraient, par exemple, une conception inégalitaire du statut de la femme. L’Etat républicain laïque est neutre mais de manière relative : il respecte toutes les croyances mais la Déclaration de 1789 lui commande de protéger la liberté de conscience des citoyens contre une liberté religieuse qui empêcherait de participer pleinement à la vie publique.</p><p>C’est sous l’influence du libéralisme américain et de ses diffuseurs français que le Conseil d’Etat et le Conseil Constitutionnel en sont venus à adopter la conception d’une liberté religieuse définie comme liberté de l’individu. Cette liberté religieuse est conçue dans le cadre d’une tolérance active qui conduit à atténuer progressivement l’interdiction du financement public des cultes. C’est ainsi que l’on passe peu à peu d’une laïcité de séparation à une laïcité de dialogue et de reconnaissance sympathique, séduisante pour les croyants mais contraire à l’intérêt général puisqu’elle favorise les religiosités identitaires, les incite à demander de plus en plus de droits et conduit la collectivité nationale à devenir un ensemble disjoint de communautés culturelles, cultuelles et ethnoculturelles.</p><p>Cette évolution vers le communautarisme est favorisée par les normes juridiques établies par la Cour européenne des droits de l’homme et par la Cour de justice de l’Union européenne. Or, comme l’écrit Laurent Bouvet, « le droit européen ignore la laïcité, ne connaissant que la liberté religieuse et, en particulier, la liberté de manifester sa religion publiquement. Il en fait même un principe fondamental. L’essentiel de la jurisprudence administrative et constitutionnelle sur les questions liées à la laïcité va donc conduire le juge français à adapter la spécificité nationale aux normes européennes, elles-mêmes inspirées par la vision libérale du droit que l’on trouve dans le cadre globalisé du libéralisme d’origine anglo-saxonne ».  C’est ainsi que la liberté de conscience notamment religieuse devient une liberté principalement religieuse – dont les activistes vont réclamer une application « positive » au mépris du principe qui assigne la religion à la sphère privée.</p><p>Face à ces dévoiements idéologiques et juridiques, Laurent Bouvet défend la voie républicaine – celle de l’intérêt général tel qu’il est défini dans la nation française, selon son histoire singulière. Trois domaines ou espaces doivent être distingués : l’espace privé – le domicile, le lieu de culte – dans lequel la personne est libre de vivre éventuellement sa foi ; l’espace public, celui des administrations et des services publics, qui obéit au principe de neutralité ; l’espace civil, autrement dit la société qui est un lieu de confrontation des convictions politiques et des croyances religieuses, qu’il s’agisse du port du voile islamique ou des processions catholiques.</p><p>C’est dans cet espace civil qu’il faut concevoir une politique de la laïcité, à mi-chemin entre les « accommodements » passés avec les groupes religieux et le « laïcisme identitaire », quasi-religieux, qui porterait atteinte à la neutralité de l’Etat, telle que la doctrine française la conçoit. Cette politique d’équilibre est difficile à tenir mais l’objectif peut être atteint à deux conditions : il faut que les serviteurs de l’Etat maintiennent fermement ou retrouvent les principes de la laïcité à la française face aux prescriptions « européennes » ; il faut que les citoyens ne perdent pas de vue, dans leurs engagements politiques et religieux, les exigences de l’intérêt général et de l’unité nationale. Il n’y a rien à concéder aux entrepreneurs identitaires, religieux ou non, de droite ou de gauche ; quel que soit leur langage, ce sont des agents de dislocation.</p><p>***</p><p>(1) Laurent Bouvet, La nouvelle question laïque, Choisir la République, Flammarion, 2019.</p><p>(2) Cf. Denis Lacorne, De la religion en Amérique, Essai d’histoire politique, Gallimard, 2007, chapitre 8 : « Le mur de séparation entre l’Eglise et l’Etat ». Ouvrage chroniqué dans le numéro 921 de « Royaliste » et repris sur mon blog.</p><p>(3)  Voir les travaux d’Emile Poulat, présentés dans « Royaliste » et sur mon blog.</p><p>Article publié dans le numéro 1168 de « Royaliste » – mai 2019</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 21:35:06 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Des intellectuels adressent une lettre ouverte à l’Institut du Monde Arabe de Paris]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://www.investigaction.net/wp-content/uploads/2021/12/85621795_3e8db0c4c5_c.jpg"></a><br /><a href="denied:javascript:window.print()"></a>   </p>

<p>Lettre ouverte à l’Institut du Monde Arabe de Paris : La culture est le sel de la terre et nous ne permettrons pas qu’elle soit utilisée pour normaliser l’oppression.</p>
<p>Nous, soussignés, intellectuels et artistes du monde arabe, demandons à l’Institut du Monde Arabe de Paris de revenir sur les prises de position de son festival « Arabofolies » et de son exposition « Juifs d’Orient » qui donnent des signes explicites de normalisation, cette tentative de présenter Israël et son régime de colonialisme de peuplement et d’apartheid comme un État normal. Pour rappel, un rapport de Human Rights Watch publié en avril dernier condamne Israël qu’il décrit comme un État d’apartheid, ainsi que l’avait fait auparavant B’Tselem, la plus importante organisation de défense des droits de l’homme israélienne.</p><p>L’Institut du Monde Arabe a montré les premiers signes de sa politique de normalisation au début de cette année, quand le président de l’Institut a déclaré saluer les dits « Accords d’Abraham ». Ces accords conclus par des régimes arabes non élus ou autoritaires d’un côté et le régime colonial israélien de l’autre ont été imposés par l’administration raciste de l’ex-président des États-Unis, Donald Trump, au mépris des droits du peuple palestinien.</p><p>Puis sont venues les dangereuses déclarations de Denis Charbit, un des membres du comité scientifique de l’exposition « Juifs d’Orient » qui se tient à l’Institut. Il a dévoilé que l’Institut du Monde Arabe coopère avec des institutions israéliennes impliquées dans l’appropriation de la culture arabo-palestinienne et de la culture juive-arabe. Il a déclaré son intention sans équivoque d’imposer Israël comme un fait accompli et comme une présence « normale » dans les programmes de l’Institut. Charbit s’est ainsi réjoui : « Cette exposition est le premier fruit des « Accords d’Abraham » et cela commence par la normalisation…Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête…. si nous établissons une coopération avec Israël ».</p><p>L’Institut du Monde Arabe, qui a joué un rôle majeur en accueillant la culture arabe et en la présentant au public français, trahirait sa mission intellectuelle en adoptant cette approche normalisatrice – une des pires formes d’utilisation coercitive et immorale de l’art comme outil politique pour légitimer le colonialisme et l’oppression. Il s’agit aussi d’un manque d’honnêteté intellectuelle et morale, car il amalgame délibérément les Juifs arabes et les Juifs d’ »Orient » avec le régime colonial et d’apartheid israélien. Israël, avec l’aide du mouvement sioniste mondial, s’est non seulement rendu coupable du nettoyage ethnique de la majorité de la population palestinienne indigène, en colonisant sa terre et en pillant une partie de sa culture et de son patrimoine arabes. Il s’est aussi approprié la composante juive de la culture arabe, en la présentant comme sioniste, puis israélienne, avant de l’arracher à ses véritables racines pour l’employer au service de son projet colonial dans la région. Pourtant la culture des Juifs arabes fait partie intégrante de la culture arabe et la couper de ses racines est la négation d’une partie de la mémoire et de l’histoire arabes.</p><p>Persister dans cette approche de normalisation ferait perdre à l’Institut non seulement les intellectuels et les artistes dont il accueille la production culturelle créative depuis des décennies, mais aussi le public arabe en général.</p><p>Grâce à certains régimes arabes autoritaires qui ont soutenu et financé cette déplorable tendance à la normalisation dans l’Institut, le ciel n’est pas tombé sur nos têtes en effet. Mais la culture est le sel de la terre et nous ne permettrons à personne d’utiliser notre apport culturel au service d’un programme de normalisation qui sape la lutte du peuple palestinien pour la justice, la liberté et l’autodétermination, une lutte soutenue par tous les peuples de la région arabe et les gens de conscience de par le monde. Ce chemin d’émancipation, profondément ancré dans le sol, est l’horizon de la culture.<br />Cet appel peut être signé ici par d’autres artistes arabes: Lettre ouverte à l’Institut du Monde Arabe de Paris : La culture est le sel de la terre et nous ne permettrons pas qu’elle soit utilisée pour normaliser l’oppression.</p><p>Lundi 06 décembre 2021</p><p>Premiers Signataires</p><p>Elias Khoury, romancier, Liban<br />Rima Khalaf, ancienne Sous-Secrétaire générale de l’ONU, Jordanie<br />Marcel Khalife, musicien, Liban<br />Ahdaf Soueif, écrivaine, Égypte<br />Farida Benlyazid, réalisatrice, Maroc<br />Samia Halaby, peintre et écrivaine, Palestine<br />Mohammed Bennis, poète, Maroc<br />Anouar Brahem, musicien et compositeur, Tunisie<br />Rashid Khalidi, historien, Palestine/États-Unis<br />Natasha Atlas, chanteuse et compositrice, Égypte/France/Royaume-Uni<br />Elia Suleiman, réalisateur, Palestine<br />Robin Yassin-Kassab, écrivain, Syrie/Écosse<br />Anis Balafrej, écrivain, Maroc<br />Hanan Ashrawi, écrivaine, Palestine<br />Emel Mathlouthi, chanteuse et auteure-compositrice, Tunisie<br />Sulayman Al-Bassam, dramaturge, Koweït<br />Vera Tamari, artiste plasticienne, Palestine<br />Kamilya Jubran, musicienne, Palestine/France<br />Sinan Antoon, poète et romancier, Irak/États-Unis<br />Abdulrahim Al Shaikh, poète, Palestine<br />Annemarie Jacir, réalisatrice, Palestine<br />Massoud Hayoun, écrivain et journaliste, Égypte/États-Unis<br />Suleiman Mansour, artiste plasticienne, Palestine<br />…</p><p>Photo: <a href="https://www.flickr.com/photos/riggott/85621795" target="_blank" rel="noopener">Flickr</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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