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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Tous les articles de blog du site]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sun, 14 Mar 2021 13:31:20 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[En France, terre de liberté de communication, la foi est une opinion comme une autre.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Ce type, Héran, soit est un con fini, soit un agent étranger. Dans un très récent entretien, il dit que la Déclaration de 1789 évoque bien, d'une part la liberté d'expression, d'autre part la liberté de conscience. Sous-entendu : la liberté dite de conscience, donc religieuse, serait un concept distinct de la liberté d'expression.</p>

<p>On ne doit pas avoir le même texte pour la Déclaration de 1789, très clair : la foi y est une opinion comme une autre (et encore, les Constituants le concèdent du bout de la plume, vu la tournure négative de l'article 10, en ce sens que si elle ne se soumet pas aux règles de droit commun, la liberté religieuse hors les lieux cultuels n'est pas garantie puisqu'elle n'existe nulle part ailleurs dans les textes français).</p>

<p>Pour le reste, ce n'est pas l'expression d'une opinion ou d'une pensée qui est libre mais la communication sous toutes ses formes, à savoir quelque chose inconnu du modèle US qui semble désormais avoir vérolé partout, et pas seulement sous la plume d'imbéciles comme Héran : la confrontation, la discussion, la dispute, la réfutation, la falsifiabilité (pour causer encore une fois comme Popper) et, en bout de course mais accessoirement, la caricature. </p>

<p>Autrement dit la France est dans un processus de dialogue permanent là où - mais tous ceux qui ont vécu aux Etats-Unis ou qui observent les touristes américains le savent - l'Amérique ne connait que des monologues sourds à l'Autre. Nous sommes, depuis trois siècles, sur deux civilisations totalement antagonistes et incompatibles (et ça fait vingt ans que je l'écris et le publie).</p>

<p>Or c'est sur cette hérésie philosophique d'importation que surfent aujourd'hui les islamistes : j'ai le droit de dire une connerie et quiconque vient en discuter est islamophobe, de toute manière la Sourate 4 Verset 140 m'interdit de débattre avec quiconque n'accepte pas le Coran comme la parole de Dieu.</p>

<p><a href="https://frontpopulaire.fr/o/Author/au284006/jean-philippe-immarigeon"><br />Jean-Philippe IMMARIGEON<br /></a></p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/206/un-bon-noir-est-un-noir-blanc</guid>
	<pubDate>Mon, 08 Mar 2021 19:32:47 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/206/un-bon-noir-est-un-noir-blanc</link>
	<title><![CDATA[Un bon noir est un noir blanc....]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Valérie Dest  Oui vous l’aimiez bien quand il restait bien sagement silencieux face au racisme institutionnel de la France, oui un noir qui accepte le mythe de la supériorité de la race blanche et de leur droit imaginaire de pouvoir commettre tous les crimes et bavures sur les autres races sans jamais craindre de révolution, de riposte des races qu’ils considèrent inférieures à eux. Oui Omar S’y dans le rôle du noir docile et qui sait souffrir en silence tout continuant à vénérer son bourreau c’est cette image du noir que vous aimez voir et non Omar S’y, preuve en est dès qu’il pointé du doigt le racisme institutionnel de la France, soudain vous vous rappelez que finalement il était un acteur nul</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/205/le-veritable-oppresseur-de-la-femme-nest-pas-lhomme-ni-la-societe-mais-la-nature</guid>
	<pubDate>Mon, 08 Mar 2021 19:07:56 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/205/le-veritable-oppresseur-de-la-femme-nest-pas-lhomme-ni-la-societe-mais-la-nature</link>
	<title><![CDATA[Le véritable oppresseur de la femme n&#039;est pas l&#039;homme ni la société, mais la nature !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>La rhétorique du féminisme de deuxième vague fit porter l'entière responsabilité de la condition de la femme aux hommes, et plus spécifiquement au "patriarcat", un terme rebattu et nébuleux qui peut bien s'appliquer à la Rome républicaine ou à l'Angleterre victorienne, mais qui est historiquement spécieux et qu'il faudrait abandonner. Le féminisme se concentrait exclusivement sur un mécanisme social externe à démolir ou à réformer. Il échoua ainsi à tenir compte du lien complexe des femmes à la nature, c'est à dire la procréation.</p>

<p>L'idéologie féministe n'a jamais traité honnêtement du rôle de la mère dans la vie humaine. Le portrait qu'elle dresse de l'histoire comme n'étant qu'oppression masculine et victimation féminine est une grosse déformation des faits. Il y eut une répartition rationnelle du travail, depuis l'époque des chasseurs-cueilleurs, qui ne vint pas du désir masculin de subjuguer et d'emprisonner la femme, mais du fardeau procréateur dont la nature a chargé celle-ci.</p>

<p>Notre véritable oppresseur n'est pas l'homme ni la société, mais la nature: l'impératif biologique que le féminisme de deuxième vague et les études de genre à l'université refusent toujours de reconnaître. </p>

<p>La théorie féministe s'est montrée grotesquement injuste envers les hommes en refusant de reconnaître l'importance des soins que la plupart d'entre eux ont consacrés aux femmes et aux enfants. Il a fait preuve de simplisme en alléguant que les archétypes féminins n'étaient que des mensonges créés par les hommes et motivés par leurs propres intérêts. <br />-----<br />Le féminisme considère toute hiérarchie comme répressive, une fiction sociale: chaque trait négatif de la femme serait un mensonge masculin conçu pour la garder à sa place. Le féminisme a dépassé sa juste mission de rechercher l'égalité politique pour les femmes et en est venu à rejeter la contingence, c'est à dire les limites humaines assorties à la nature ou au destin. Liberté sexuelle, émancipation sexuelle... Une illusion moderne. Nous sommes des animaux hiérarchiques. Chassez une hiérarchie et une autre prendra sa place, peut-être moins acceptable que la première...  </p>

<p>Ni le sexe récréatif ni l'expansion des droits civiques des femmes ne risquent  de résoudre le problème profond de l'intégration du corps et de l'esprit de l'homme. L'incarnation, c'est à dire la limitation de l'esprit par la matière, fait outrage à l'imagination. Tout aussi outrageant est le genre sexuel  (gender), que n'avons pas choisi, mais que la nature nous a imposé. Notre matérialité est tourment; notre corps, l'arbre de la nature sur lequel William Blake nous voit crucifiés.<br />-----<br />Le féminisme orthodoxe a méprisé avec arrogance les mères au foyer. <br />La maternité est devenue secondaire en comparaison des ambitions professionnelles de la classe moyenne américaine. Or, au sein des sociétés plus traditionnelles ou religieuses, qui valorisent encore la maternité et la famille, et où la femme de carrière indépendante est moins typique ou admirée, le féminisme pourrait avoir une tout autre allure. </p>

<p>Le modèle d'affaires inventé en Europe du Nord après la révolution industrielle est efficace mais il est également vampirique. Trop nombreux sont ceux, hommes et femmes, qui ont naïvement confondu leur identité personnelle avec leur emploi. C'est un piège bourgeois et une déformation du sens ultime de la vie.<br />-----<br />A compter des années 1970, il y eut dans le féminisme des pressions irrationnelles invitant à nier que les différences sexuelles aient un quelconque fondement hormonal, un fantasme dénué de tout savoir scientifique qui continue de s’épanouir aujourd'hui dans le champ des études postmodernes de la culture.</p>

<p>Mais quelle sorte d'enseignement sur le sexe l'université peut-elle bien dispenser sans assise scientifique? - ce dont est entièrement dépourvue la majorité qui enseigne actuellement dans le champ des études féministes. </p>

<p>Après un quart de siècle dominé par l'idéologie du constructivisme social, qui prétend que nous naissons comme des pages blanches et que nous devenons hommes et femmes non pas sous l'autorité de la biologie, mais par l'action du conditionnement social ou des influences environnementales, j'ai essayé de remettre au programme féministe la nature qui en est la pièce manquante. </p>

<p>Dans "Sexual Personae", j'ai soutenu que la sexualité est l'intersection compliquée de la nature et de la culture et qu'il nous faut les comprendre toutes les deux afin de nous comprendre nous-mêmes. </p>

<p>De mon point de vue, des cours de biologie et d'endocrinologie auraient dû figurer obligatoirement au cursus de tous les programmes d'études féministes au pays. Les théories sur le sexe et le genre doivent s'amorcer sur cette base, même si l'on choisit plus tard de minimiser la biologie ou de la rejeter entièrement. </p>

<p>Plutôt que d'encourager le questionnement scientifique et la libre pensée, les programmes d'études féministes ont commencé de manière a priori, à partir d'une pensée politique préalablement cristallisée. Il n'était pas permis de dévier de la ligne de parti, selon laquelle toutes les differences sexuelles sont dues au patriarcat, avec son exclavage monolithique et ses abus des femmes par les hommes.<br />----<br />Les universités nord-américaines sont devenues, décennie par décennie, des camps de rectitude politique. On se débarrassa de la moitié des classiques ainsi que des cours de panorama (désormais qualifié de "faux récit" par les béjaunes amateurs de la théorie). Le déclin continuel des programmes d'études en humanités est un signe incontestable que ce domaine autrefois noble n'est plus désormais qu'un champ de ruines.</p>

<p>Je m'inquiète beaucoup pour l’état des relations sexuelles en Amérique, et je tiens à avertir le monde qu'à l'heure où le féminisme prend une dimension internationale, il devrait éviter les erreurs du féminisme américain. Les universités ont vu sur leurs campus la désastreuse institutionnalisation du féminisme, où il est devenu insulaire et autocratique, pratiquement une religion d'Etat, déformant le contenu des cours et le processus d'embauche des professeurs, et agissant de connivence avec une classe cajolante de gestionnaires surpayés à la mentalité aumoniere... </p>

<p>Actuellement, aux États-Unis, une police de la pensée bien intentionnée mais impitoyable  et dont les opinions n'ont rien à envier au dogmatisme des agents de l'Inquisition espagnole, patrouille les universités de même que les médias généralistes. Nous voilà plongés dans un chaos ethique, où l'intolérance passe pour son contraire et où la tyrannie du groupe écrase la liberté individuelle.<br />-----</p>

<p>Nous ne pouvons accepter un féminisme qui soit hostile aux grandes oeuvres d'art et nous ne pouvons accepter un féminisme qui soit hostile à la science.</p>

<p>Le féminisme doit mettre fin à sa guerre des sexes, qui retarde le mûrissement  des garçons comme celui des filles. Les femmes ne gagnent rien à affaiblir les hommes. </p>

<p>Le féminisme doit renoncer à cette rhétorique empoisonnée: il est désastreux pour les jeunes femmes de les endoctriner à penser aux hommes de cette manière négative. </p>

<p>Le féminisme éclairé ne peut s'ériger que si font alliance, avec circonspection, des femmes fortes et des hommes forts.</p>

<p><a href="https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Camille_Paglia"><br />Camille Paglia</a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/204/je-ten-foutrais-moi-des-ghettos</guid>
	<pubDate>Sun, 28 Feb 2021 20:50:08 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/204/je-ten-foutrais-moi-des-ghettos</link>
	<title><![CDATA[Je t&#039;en foutrais, moi, des &quot;ghettos&quot;...]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>EXCELLENT PETIT TEXTE !<br />« L'insupportable argument du "ghetto". Un ghetto était un quartier misérable, insalubre et exiguë où étaient obligées de vivre les communautés juives dans l'Europe du Moyen-Âge. Ses habitants y étaient cloîtrés derrière de lourdes portes fermées à clés dès la tombée de la nuit et gardées par des soldats en armes. Les Juifs ne pouvaient en sortir que quelques heures par jour, revêtus d'une tenue distinctive qui les signalait au reste de la population et devaient y rentrer le soir sous peine de mort. </p>

<p>Je t'en foutrais, moi, des "ghettos" à un quart d'heure de métro des Champs Élysées ou des plages du Prado. </p>

<p>Je t'en foutrais, moi, des "ghettos" desservis par trois lignes de métro, une ligne de RER, quatre lignes de bus, deux lignes de tramway, dix stations de vélibs et une gare centrale. </p>

<p>Je t'en foutrais, moi, des "ghettos" avec un stade municipal, une piscine de quatre bassins, un cinéma, deux terrains de foot, un gymnase, une médiathèque, une bibliothèque municipale, un conservatoire de musique, deux centres commerciaux, un club de théâtre, dix clubs sportifs, deux salles de fitness, une salle de boxe, deux écoles, une crèche, un collège, deux lycées, un hôpital... </p>

<p>Je t'en foutrais, moi, des "ghettos" où les enfants "ghettoïsés" partent chaque été trois semaines à la mer ou à la montagne sans que leurs parents "ghettoïsés" aient à débourser une thune. </p>

<p>Je t'en foutrais, moi, des "ghettos" dans lesquels "l'État raciste" déverse chaque année des dizaines de milliards d'euros pour l'amélioration des conditions de vie des "ghettoïsés". </p>

<p>Je t'en foutrais, moi, des "ghettos" dans lesquels les "ghettoïsés" bénéficient d'un programme de priorité à l'embauche basé sur la "discrimination positive" pour intégrer les grandes entreprises nationales et les grandes écoles. </p>

<p>Je t'en foutrais, moi, des "ghettos" où les "ghettoïsés" ont accès à un parc social immobilier à loyers modérés. </p>

<p>Je t'en foutrais, moi, des "ghettos" dans lesquels la municipalité paie à ses gosses "ghettoïsés" des cours de soutien scolaire, des cours de théâtre et des cours de musique.</p>

<p>Je t'en foutrais, moi, des "ghettos" où ce sont les "ghettoïsés" eux-mêmes qui décident qui entre et qui sort du "ghetto". </p>

<p>Je t'en foutrais, moi, des "ghettos" où l'État laisse proliférer les trafics de toutes sortes sans faire intervenir la police de peur que les "ghettoïsés" ne se rebellent et mettent le feu à leur "ghetto". </p>

<p>Je t'en foutrais, moi, des "ghettos" dans lesquels des pays étrangers dépensent des dizaines de millions d'euros pour y construire en toute légalité des mosquées et des centres "culturels" destinés aux "ghettoïsés". </p>

<p>A leur arrivée en France, les Polonais ont vécu dans des corons où régnaient la misère et la silicose, les Espagnols, les Portugais et les premiers Algériens ont vécu dans des bidonvilles immondes infestés de rats et de poux, les Italiens et les Juifs vivaient dans des taudis insalubres. Sans se plaindre, et à force de travail, ils ont donné à la France  certains de ses meilleurs enfants : des ingénieurs, des médecins, des professeurs, des ouvriers spécialisés, des artisans, des avocats, des écrivains, des hauts fonctionnaires, des Prix Nobel... </p>

<p>Et ce sont les plus gâtés, les plus choyés, les plus aidés, les plus protégés, les plus accompagnés, les plus assistés, les plus biberonnés, les plus dorlotés qui osent se plaindre, se poser en victimes et réclamer encore et encore et encore plus d'aide et de pognon à l'État. </p>

<p>Ils s'appellent "Les Misérables" ?  En effet, ce sont bien des misérables. »<br />-<br />(Texte de Rodolphe Sebbah ; merci à Antoine Desjardins pour le partage.)</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/201/le-projet-de-loi-%C2%AB-separatismes-%C2%BB-%C2%AB-inspire-une-certaine-tristesse-et-un-sentiment-d%E2%80%99inconfort-%C2%BB</guid>
	<pubDate>Mon, 25 Jan 2021 05:28:12 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[&quot;Le projet de loi « séparatismes » « inspire une certaine tristesse et un sentiment d’inconfort »]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Je suis pas sûr d'avoir parfaitement compris mais je crois que ce texte est absolument intéressant</p>

<p>"Le projet de loi « séparatismes » « inspire une certaine tristesse et un sentiment d’inconfort » selon la philosophe Ayyam Sureau</p>

<p>Nous n’avions pas imaginé que des principes ancrés au plus profond de nous-mêmes, et qui sont à la source de la Constitution, auraient un jour besoin d’être confortés, se désole la philosophe dans une tribune au « Monde ».</p>

<p>Tribune. Le projet de loi « confortant le respect des principes de la République » inspire une certaine tristesse et un sentiment d’inconfort. Après plusieurs changements de titre, un exposé des motifs plutôt bavard trahit encore la difficulté de traiter, dans un texte de portée générale, des menaces d’une idéologie particulière sans la nommer.</p>

<p>L’islamisme progresse en France depuis les années 1980. Qu’il soit devenu urgent et indispensable, après quarante ans de compromissions, de renforcer par des lois explicites, des sanctions plus sévères, des mécanismes de contrôle plus efficaces, les manquements à des principes qui nous paraissaient aller de soi, personne ne peut encore en douter.</p>

<p>Le projet de loi s’immisce dans la vie privée, abolit le droit ancien d’enseigner à ses enfants à domicile, invente la notion comique de vie « en état de polygamie », fait du « rejet de la haine » un principe républicain. Il y aurait beaucoup à dire et cependant on préférera se taire.</p>

<p>La grande habileté de l’islamisme est d’attendre que la défense de ses intérêts coïncide avec celle des défenseurs de la liberté. C’est là notre faiblesse. Nos ennemis l’ont repérée depuis longtemps. Ils nous prennent à revers, nous obligeant à admettre des restrictions à nos propres libertés pour les priver de celle de nous détruire. Est-ce si difficile de leur dire que la liberté, telle qu’elle est individuellement aimée, constitutionnellement garantie et politiquement espérée en France, a fort peu à voir avec celle qu’ils revendiquent ?</p>

<p>Le « contrat » n’a rien à faire ici<br />D’où viennent la tristesse et l’inconfort ? La tristesse de ce que nous n’avions pas imaginé que des principes, ancrés au plus profond de nous-mêmes et qui sont à la source de la Constitution, auraient un jour besoin d’être confortés. L’on s’adresse aux Français comme à un peuple à qui on imposerait, pour le rendre meilleur, des lois étrangères à sa culture.</p>

<p>Peut-on lire sans tristesse au sein d’un dispositif de lois françaises, au XXIe siècle, l’article consacré à l’interdiction de délivrer des certificats de virginité ? Cette intrusion de la loi entre les jambes des femmes est destinée à les protéger. On le sait, on y consent sans retenue. Une nausée nous envahit et l’on croit reconnaître l’étrange obscénité – dans le même temps émancipatrice et humiliante – du législateur colonial. Voilà pour la tristesse.</p>

<p>Quant à l’inconfort, il provient pour l’essentiel du « contrat d’engagement républicain », introduit dans l’article 6. « Toute association désireuse d’obtenir une subvention s’engagera par un contrat d’engagement républicain, à respecter des principes et valeurs de la République, en particulier le respect de la dignité de la personne humaine, le principe d’égalité, notamment entre les femmes et les hommes, le principe de fraternité et le rejet de la haine ainsi que la sauvegarde de l’ordre public. » L’Etat soumettait déjà l’octroi d’un financement public à trois conditions : l’objet d’intérêt général, le fonctionnement démocratique et la transparence financière. Le projet de loi y ajoute la signature d’un contrat visant à obtenir le respect des principes républicains.</p>

<p>La nouveauté ne réside pas dans le contenu des conditions imposées – depuis toujours – par l’Etat, mais dans la notion même de « contrat ». Si les mots signifient encore quelque chose, le « contrat » n’a rien à faire ici. L’Etat paraît négocier l’adhésion aux principes qui inspirent la loi alors même qu’il a l’obligation de les faire respecter. Qu’en est-il des associations qui ne sont pas subventionnées – c’est-à-dire la très grande majorité d’entre elles ? Resteront-elles libres de bafouer les principes si elles n’ont pas signé ?</p>

<p>Mais on se demande surtout s’il est acceptable que l’Etat puisse disposer de ces principes comme de la matière d’un contrat. L’Etat, l’ensemble des institutions qui le constituent, est mandaté par la Nation pour défendre les principes de la République. En serait-il devenu le propriétaire ?</p>

<p>« Ceux qui sont visés par le projet de loi n’en seront pas plus affectés qu’auparavant »</p>

<p>Avec ce contrat, le projet de loi inverse les rôles. Il considère l’Etat comme le détenteur de principes auxquels les citoyens doivent se soumettre. Il est, à l’évidence, à la fois constitutionnellement contestable et politiquement blâmable d’ériger « la sauvegarde de l’ordre public », avec tout le vague que cette notion comporte, en principe de même nature, par exemple, que l’égalité des hommes et des femmes.</p>

<p>La liberté des citoyens, de contester, d’imaginer, de créer, d’agir, de s’associer – sans laquelle la République ne serait qu’un corps inerte – suppose un engagement et une responsabilité personnelle, un désir de servir l’intérêt général qui puise sa légitimité ailleurs que dans la soumission à l’autorité administrative.</p>

<p>Perte d’honneur et de liberté<br />Si la République avance peu à peu vers ce que Hugo appelait « plus de civilisation », si elle a cessé de torturer, si elle a aboli le bagne et la peine de mort, si elle continue de combattre les discriminations, de corriger les injustices, elle le fait parce que les citoyens libres, puisant dans les sources obscures de leur conscience, l’ont aidée à progresser dans la voie qu’elle a choisie. Quel autre motif y aurait-il à défendre la liberté de la presse et la liberté d’association si ce n’est que l’avenir de la République en dépend ? Celle-ci ne peut être que cette « promesse tenue d’avance » qui confie et garantit aux citoyens eux-mêmes la responsabilité de cette République à jamais perfectible et les moyens de l’assumer.</p>

<p>Un « contrat » par lequel l’Etat obligerait les citoyens, et les associations qu’ils forment librement, à consentir aux principes qui les animent ? Non. Ceux qui sont visés par le projet de loi, et dont les comportements transgressent nos lois n’en seront pas plus affectés qu’auparavant. Ceux qui s’honorent d’être républicains seront obligés de reconnaître à l’Etat le pouvoir, c’est-à-dire à la fois l’autorité et la compétence, d’exiger l’adhésion à quelque principe que ce soit, fût-il le leur. Ils perdront alors, en s’engageant par avance à obéir à l’autorité administrative, la liberté et l’honneur de servir la République.</p>

<p>Ayyam Sureau est philosophe. Elle a fondé, en 2008, l’Association Pierre Claver, pour l’intégration des réfugiés en France."</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/199/retranscription-de-l%E2%80%99intervention-d%E2%80%99alain-finkielkraut-au-sujet-de-l%E2%80%99affaire-duhamel</guid>
	<pubDate>Sun, 17 Jan 2021 00:24:52 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/199/retranscription-de-l%E2%80%99intervention-d%E2%80%99alain-finkielkraut-au-sujet-de-l%E2%80%99affaire-duhamel</link>
	<title><![CDATA[Retranscription de l’intervention d’Alain Finkielkraut au sujet de l’affaire Duhamel]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>David Pujadas : Vous m’avez dit Alain Finkielkraut ce qui retient d’abord mon attention c’est que je suis contre un lynchage généralisé, que voulez-vous dire ?</p>

<p>Alain Finkielkraut : Commençons par le commencement, le père d’Albert Camus a dit un jour « un homme ça s’empêche », quand j’ai lu cette phrase dans le Premier Homme je me la suis immédiatement appropriée, j’y ai vu l’article premier de la morale. Un homme ça s’empêche, c’est la définition de ce qu’en yiddish on appelle un Mensch. Si mû par une passion inattendue ou par une pulsion irrépressible Olivier Duhamel n’a pas su, pas pu, ou pas voulu s'empêcher, il n’a pas seulement commis un acte répréhensible, ce qu’il a fait est très grave, il est inexcusable.<br />En même temps, j’observe que notre époque dévore goulument un M le maudit par trimestre. Et je me dis qu’au lieu de se gargariser de sa moralité supérieure elle devrait commencer à se poser des questions sur son régime alimentaire… M le maudit c’est un film génial, M le maudit c’est du lourd. Cet homme est un tueur de petite fille, il dérange car il terrorise la ville, il dérange les truands dans leur entreprise. Ceux-ci réussissent à la capturer et au terme d’un procès expéditif ils l’exécutent.<br />Ce qu’on peut retenir de ce film c’est deux choses, ce n’est jamais un progrès quand une société refait son unité autour d’une victime expiatoire, cette victime fut-elle coupable. D’autre part, ce qui est aussi important : quand la justice sort du prétoire, elle sort en même temps de la civilisation, voilà pourquoi je parle en effet de lynchage.</p>

<p>David Pujadas : Dans ce cas d’espèce, avez-vous le sentiment en l’occurrence que l’on cherche un coupable expiatoire ?</p>

<p>Alain Finkielkraut : On s’unit contre lui, tous les plateaux de télévision de ces derniers jours étaient des tribunaux avec une surenchère dans la condamnation, c’est à dire que c’est un rebut de l’Humanité, c’est un monstre etc…  Qu’est-ce que c’est que la justice dans les prétoires ? C’est l’instruction à charge et à décharge, c’est le contradictoire, et c’est aussi les avocats. Là il n’y a pas d’avocats et il ne peut pas y avoir de contradictoire, car ni la victime ni l’accusé ne parlent. L’un des mérites du livre de Camille Kouchner c’est de le rappeler. Ce livre il ne l’a pas voulu et à chaque fois qu’on lui en parle, lui dit « arrêtez de m'embêter », « moi je veux regarder devant, c’est comme ça que je veux faire ma vie. »</p>

<p>David Pujadas :  Pardon mais c’est aussi souvent et malheureusement un réflexe des victimes, la honte, la volonté de ne plus regarder malgré…</p>

<p>Finkielkraut (le coupant) : Écoutez non. C’est surtout que dans notre Cité victimaire une victime qui déroge à sa fonction christique est mal vue. On considère même que c’est une trahison, et je pense que ce n’est pas comme cela qu’il faut raisonner. Ce que fait la Justice aussi c’est qu’elle recherche le cas dans sa singularité. Et là on ne peut pas, d’abord on n’a pas les éléments, et quand on essaye de le faire… Y a-t-il eu consentement, à quel âge ça a commencé ? Y a-t-il eu une forme de réciprocité ? On vous tombe immédiatement dessus.</p>

<p>Pujadas : Parce que l’on parle d’un enfant de 14 ans !</p>

<p>Alain Finkielkraut : Et alors ? D’abord on parle d’un adolescent, ce n’est pas la même chose. Même pour spécifier le crime il faut savoir s’il y a eu consentement ou non. À chaque fois que vous voulez faire une distinction ça apparait comme une absolution. À chaque fois que vous recherchez la spécificité ou vous accuse à peu près de complicité, de crime. Or la Justice dans son exercice s’appuie sur une vertu intellectuelle que les Grecs appelaient la phronesis, l’intelligence des cas particuliers. Cette sagesse pratique est aujourd'hui complètement balayée par la furie de la pitié, ce mot c’est Michelet qui l’écrit à propos de la maladie des hommes de 1793. Cette maladie les a conduits à édifier une tribune révolutionnaire sans avocat. C’est cette furie de la pitié qui se déchaîne aujourd’hui. Il y a eu une émission très intéressante sur France Culture. Un philosophe fringant disait que ce n’était pas seulement un crime mais un crime contre l’humanité. On a inventé cette notion après Auschwitz et maintenant c’est Olivier Duhamel. Et une avocate, Marie Dosé [David Pujadas lance l’intervention de Marie Dosé sur France Culture : intervention de Marie Dosé : « en 48h tous les registres sont mêlés. Finalement, ça n’est plus une œuvre littéraire que nous lisons mais un débat de société, un sujet de société ou quelque chose qui confirme ou infirme une enquête. C’est en réalité l’imprescriptibilité qui va finir par protéger la présomption d’innocence, le secret de l’information, le secret de l’enquête, parce que finalement le lynchage est tel et l’impossibilité de se défendre d’une accusation qui de toute façon est prescrite sur le plan judiciaire, c’est finalement l’imprescribilité qui redonner un peu de présomption et d’encadrement à ce type d’accusations »].</p>

<p>Alain Finkielkraut : Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce raisonnement. Simplement, ce que je constate, c’est qu’un auditeur a tweeté, « j’aime pas beaucoup ce philosophe mais là bravo il a raison et Marie Dosé en taule ». C’est très intéressant car Marie Dosé s’est inquiétée aussi du phénomène #metoo. Elle a dit attention, la justice est contradictoire, ce n’est pas sur les réseaux sociaux. Mais là, justement, « avocat en taule », c’est justement la justice d’après parce que l’avocat met forcément un peu en doute la parole de la victime, ou en tout cas il l’interroge, il la questionne, il la contextualise. Cela est vécu comme une offense, comme une insulte insupportable. Mais il n’y a pas que cela...</p>

<p>David Pujadas : La question que je voudrais vous poser sur l’aspect judiciaire, c’est comment faire, pour la société, quand justement il y a prescription, qu’il ne peut pas y avoir de procès mais qu’il y a témoignage, témoignage a priori parce qu’il y a eu une douleur qui a été trop longtemps contenue, comment peut faire la société sans être accusée de lynchage ?</p>

<p>Alain Finkielkraut : Quand il y a prescription, la société doit respecter la prescription. Elle doit d’autant plus le faire aujourd’hui que la victime, je le répète, ne demande rien et que Camille Kouchner a l’honnêteté de le dire, elle le dit vraiment.</p>

<p>David Pujadas : Donc la société devrait passer sous silence, les témoignages existent mais elle devrait observer une réserve selon vous ...</p>

<p>Alain Finkielkraut : Vous dites « la société ». C’est très intéressant parce que s’il y a un tribunal, ce n’est pas un tribunal de truands comme dans M le Maudit, c’est un tribunal de compatissants. Ils ne sont pas seulement compatissants parce que vous imaginez que Le Monde n’a pas publié un article énorme avec une annonce en première page simplement par compassion. Ce sont des célébrités. Et cela sollicite en nous, à la fois notre pitié et notre voyeurisme. C’est une alliance de compassionnel et de salace. Je peux vous dire que nombre de lecteurs qui n’ont aucune indulgence pour le type de comportement reproché à Olivier Duhamel ont été étonnés d’avoir à lire cela dans une presse haut de gamme. J’ai pensé à un propos de Soljenitsyne dans un discours de Harvard qui a pris tout le monde de court. Parce qu’à Harvard, ce dissident s’en est pris à la presse. Il a dit, cette presse qui viole impudemment la vie privée des célébrités en invoquant le droit de savoir. C’est un slogan mensonger au siècle des mensonges. Parce qu’au-dessus du droit de savoir, il y a un droit bien supérieur, qui est un droit de ne pas savoir, de ne pas encombrer son âme avec des ragots ou avec un déballage d’intimité. Il faut aussi songer à cela. J’ajoute, cela c’est pour la gauche « morale », qui invente un genre de presse tout à fait étranger, le trou de serrure vertueux. Mais j’en ai autant au service de la droite, une certaine droite. Ivan Rioufol dans le Figaro, lui qui défend semaines après semaines le peuple en colère contre l’élite corrompu, « ah ben voilà, la voilà votre gauche caviar ! ». Donc là encore, on ne veut pas de la spécificité, la machine à généraliser se met en marche, en action. Voilà, c’est comme cela que se comporte les « people ».</p>

<p>David Pujadas : Vous m’avez dit aussi, dans cette affaire et contrairement à ce que l’on entend partout, il n’y a pas d’omerta.</p>

<p>Alain Finkielkraut : Je finis sur les « people », c’est très intéressant car Éric Drouet, le gilet des gilets jaunes - et Ivan Rioufol est le porte-parole du peuple en colère - a été condamné, je crois, à 5 mois de prison pour violences sur son beau-fils. Cela n’a pas fait les gros titres car ce n’est pas les « people », ce n’est pas les célébrités, ce n’est pas croustillant. Mais devrais-je dire moi que cela veut dire que tous les gens sur les ronds-points qui revendiquaient un peu de visibilité, de dignité en disant « la France ce n’est pas seulement les métropoles et les quartiers dit populaires », ce serait des violeurs et des violents ? Bien sûr que non. Ça n’a aucun sens.</p>

<p>Quant à l’omerta, j’ai lu très attentivement le livre de Camille Kouchner. Sa mère a été prévenue 20 ans après les faits. Ses enfants n’étaient plus des enfants, n’étaient plus des adolescents, ils avaient leurs vies faites. Elle n’a strictement rien couvert, elle a d’autant moins couvert les choses que le fils répétait sans cesse qu’il ne voulait pas porter plainte. Tous ceux qui ont été prévenus tard avaient aussi cette injonction du fils. Même Marie-France Pisier, qui semble-t-il était très fâchée contre l’attitude de sa sœur qui a voulu rester avec Olivier Duhamel et qui a dit à sa fille « je l’aurais quitté si tu me l’avais dit à temps », là elle était très malade, elle avait sombré dans l’alcoolisme après le suicide de sa propre mère, Olivier Duhamel l’aidait à vivre. Elle n’a pas voulu le quitter. Mais même Marie-France Pisier n’est pas allée à la police. C’était l’injonction de celui que Camille Kouchner appelle Victor pour le protéger dit-elle alors que j’imagine que sur internet, tout le monde peut voir son nom, son prénom, sa situation de famille et la profession qu’il exerce. Il n’y a pas d’omerta, il y a le désir exprimé par la victime. Quand on parle d’omerta, c’est parce qu’on veut en faire, non pas un cas spécifique, mais un cas symbolique et exemplaire. Souvent dans les familles incestueuses, on parle d’omerta.<br />Un mot sur l’inceste : il faut quand même rappeler qu’Olivier Duhamel n’est pas le père naturel de la victime. Alors peut-être est-ce un inceste...</p>

<p>David Pujadas : Même s’il n’est pas le père biologique, il avait une autorité paternelle sur ces enfants. Il en était le beau-père.</p>

<p>Alain Finkielkraut : Bien sûr mais écoutez, vous avez lu sans doute ou vu Phèdre de Racine. Phèdre est l’épouse de Thésée. Hyppolite est son beau-fils. Phèdre tombe folle amoureuse d’Hippolyte. C’est une passion qu’elle juge criminelle. Mais imaginez Phèdre amoureuse de son propre fils ! C’est tout simplement irreprésentable parce que nous avons en nous très fort le tabou de l’inceste. Je ne dis pas cela pour excuser, je dis qu’il faut savoir faire des différences, que c’est ainsi que l’on pense et que c’est ainsi que s’exerce la justice.</p>

<p>David Pujadas : Pour être sûr de bien comprendre, je voudrais vous montrer la réaction d’une figure de l’intelligentsia de gauche comme on dit, la philosophe Catherine Clément qui a tweeté sur le coup « Décidément je n’aime pas la délation, surtout familiale, ça me répugne. » [apparaît sur l’écran le tweet de Catherine Clément]. Est-ce que vous diriez la même chose ?</p>

<p>Alain Finkielkraut : Ce tweet comme on dit me révolte. Le livre de Camille Kouchner n’est pas un acte de délation. Ce n’est pas non plus, comme on l’a dit un peu souvent, un acte de courage. Le courage, c’est de défier le pouvoir et de défier l’opinion. Il est clair que ce n’est pas le cas. C’est un acte de vengeance. Je ne dis pas ça pour le délégitimer. Olivier Duhamel occupait des postes très importants, une grande visibilité médiatique, ça nourrissait sa souffrance et elle a dit « c’est pas possible ». Mais en tout cas, jamais, jamais je ne parlerai de délation. On ne peut pas s’exprimer en ses termes, d’autant plus que si l’on s’exprime en ces termes, cela veut dire vraiment qu’on appelle à l’omerta dans toutes les familles dans lesquelles il se passe des choses un peu litigieuses pour le coup. Je ne suis pas de ce camp-là du tout.</p>

<p>David Pujadas : Un livre de vengeance, peut-être de libération pourrait-on dire même si cela a mis des années à pouvoir se faire.</p>

<p>Alain Finkielkraut :  Peut-être que pour elle c’est une libération. Mais d’un autre côté, et c’est aussi le sens de la prescription, il y a un moment où c’est trop tard pour juger parce des gens meurent. Evelyne Pisier n’est plus là pour témoigner de ce qu’elle a fait ou de ce qu’elle n’a pas fait. Marie-France Pisier non plus. Et quand Camille Kouchner ne dit pas qu’avant de mourir, Marie-France Pisier avait une terrible récidive de son cancer et qu’elle pensait ne pas pouvoir le subir, elle a l’air de laisser entendre qu’elle s’est suicidée aussi à cause de cette affaire. Et quand elle dit qu’Evelyne Pisier a été atteinte d’un cancer et que c’est Olivier Duhamel qui a préconisé absurdement l’opération fatale, elle a l’air non seulement de l’accuser des faits qu’il a commis mais d’être responsable de la mort des deux sœurs. C’est un peu charger la barque quand même. Cela étant, il y a quelque chose de très authentique dans l’entreprise qui a été la sienne.</p>

<p>David Pujadas : Il nous reste quelques minutes pour parler de Donald Trump et des réseaux sociaux. Il fallait prendre le temps, Alain Finkielkraut, parce qu’on est sur une ligne de crête, une pensée complexe qui ne se prête pas aux raccourcis.</p>

<p>Alain Finkielkraut : Je sais, je sais ce que l’on risque à dire cela. Un dernier mot : parce que justement, cette ligne de crête, on va dire, écoutez regardez ce type. Il défend tous les prédateurs. Il a défendu Polanski, il défend maintenant Olivier Duhamel. J’ai défendu Polanski en m’alignant sur la position de Samantha Geimer, la victime au nom de laquelle on veut sa mort définitive. C’est elle qui raisonne en ces termes, c’est elle qui dit « il a payé, c’est déplacé » et qui le félicite à chacune de ses récompenses. Pour Olivier Duhamel, je ne le défends pas. Je ne le défends pas. Ce que je dis, c’est mon allergie au lynchage. Un jour j’ai lu cette phrase du poète Bernard Delvaille, « je n’ai jamais hué personne ». Et bien cette phrase, je l’ai faite mienne. Je ne veux jamais huer personne.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/198/la-perte-de-confiance-envers-l%E2%80%99ordre-politique-et-economique-est-peut-etre-definitive</guid>
	<pubDate>Sat, 16 Jan 2021 11:39:45 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/198/la-perte-de-confiance-envers-l%E2%80%99ordre-politique-et-economique-est-peut-etre-definitive</link>
	<title><![CDATA[La perte de confiance envers l’ordre politique et économique est peut-être définitive.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Ce jour, paraît un entretien dans L'Echo réalisé par Simon Brunfaut, à propos de certains enjeux de "L'Ère de l'individu tyran. La fin d'un monde commun" (Editions Grasset et Fasquelle).<br />« Plus qu’un complotisme généralisé, nous vivons un moment de désillusion collective, une perte de confiance, peut-être définitive, à l’égard d’un ordre politique et économique en place depuis quatre décennies. Chacun en est arrivé à ne plus s’en remettre qu’à soi, à se construire ses récits, alimentés par un foisonnement de canaux d’information et l’usage ad nauseam desdits "réseaux sociaux". Il s’est opéré une atomisation des croyances rabattues à ses propres souffrances. <br />Concernant la science, cela fait bien longtemps que celle-ci a été redéfinie, devenant une "technoscience". Depuis l’après-guerre, la science s’est moins développée en termes de recherche fondamentale qu’en termes de productions techniques aux fins d’être commercialisées. Le monde scientifique s’est vu complètement inféodé au monde économique et, plus tard, à l’industrie numérique. C’est pourquoi, j’avais avancé que la technique n’existe plus. Il n’existe plus que le "technico-économique", érigé dans le seul but de générer des profits. La science, en tant qu'entité "pure" uniquement vouée à la recherche de la vérité et au bien de tous, n’existe plus depuis bien longtemps. <br />Cette situation a progressivement entrainé une défiance qui va aujourd’hui jusqu’à une paranoïa généralisée. C’est regrettable et inquiétant. Cependant, il ne faut pas s'étonner que ces réactions aient lieu. Trop d’expériences passées ont démontré des formes d’irresponsabilité du monde technoscientifique et les conflits d’intérêts à l’œuvre, notamment dans le monde pharmaceutique. Cette longue histoire, faite de tant de dévoiements, nous en payons aujourd’hui le prix.»<br />"La perte de confiance envers l’ordre politique et économique est peut-être définitive", entretien avec Simon Brunfaut, L'Echo, 16/01/21.</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/197/les-lendemains-qui-dechanteront</guid>
	<pubDate>Sat, 09 Jan 2021 11:24:23 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/197/les-lendemains-qui-dechanteront</link>
	<title><![CDATA[Les lendemains qui déchanteront !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Certains, stupides, à courte vue, petits bourgeois convenables de la petite gauche molle ou droitards macro-compatibles, se réjouissent de la censure appliquée par les plateformes de réseaux sociaux à l’encontre d’un président des États-Unis sortant qui a rassemblé plus de 74 millions de voix, soit le plus grand nombre de voix jamais rassemblées par un président sortant.</p>

<p>Battu au collège électoral par le jeu des swing states avec un écart d’environ 30000 voix, comme le rappelle avec expertise Régis de Castelnau, et quoi que l’on pense de l’individu Trump, celui-ci a su rassembler un nombre très important d’Américains, malgré la haine hystérique qui n’a cessé de contester sa légitimité par tous les moyens depuis 4 ans (sans que l’on couine alors à la remise en question factieuse de la légitimité du vote) : médias mainstream, milieu du show-biz remonté comme à la parade, activistes sociétalistes politiquement corrects complètement déchaînés, militants wokes en état de zombification, gravissimes émeutes de rues et lynchages violents encouragés par la bien-pensance, etc.</p>

<p>N’ayant pas le côté polissé (et cultivé) habituel du monde politique, Trump, lui, est allé jusqu’au bout de son combat, en tenant un discours dans lequel il redit que l’élection a été volée. Il a le droit. </p>

<p>Rappelons au passage que la liberté d’expression est garantie de manière sacrée aux États-Unis par le 1er amendement de la Constitution. Pas le 2ème ni le 3ème ni le 150ème, non, par le Premier : c’est dire son importance.</p>

<p>À cela, les petits-bourgeois qui s’en tiennent à quelques lignes incultes et de mauvaise foi de la même presse mainstream qui a fait campagne de manière systématique contre le grand méchant populiste répondent que les recours juridiques ont été déboutés : c’est simplement faux. </p>

<p>Comme le détaille très bien et avec expertise encore R. de Castelnau, les juridictions n’ont pas voulu ouvrir la boîte de Pandore et ont bénéficié dans cette abdication, ce renoncement en rase campagne de leur mission, du soutien de la haute administration, de l’État profond, de l’establishment y compris républicain qui commençait à trouver que Trump n’était pas assez convenable pour eux.</p>

<p>Les évidences de fraude demeurent flagrantes pour n’importe qui s’est penché quelques heures en se documentant sur le sujet, sans qu’on sache si elles ont ou pas pu inverser le scrutin, mais le fait est qu’elles n’ont tout simplement pas été prises en compte par le justice qui a remis la poussière sous le tapis.</p>

<p>L’envahissement tragi-comique du Capitole par une petite foule frustrée, dépitée, non armée, qui ne se sent plus représentée par la «représentation nationale» (tiens, ça nous rappelle ici quelque chose...) a permis au camp du Bien de sortir le grand jeu, n’hésitant pas à comparer cette farce des Village People à quelque pseudo Nuit de Cristal des pires heures sombres. Simplement grotesque.</p>

<p>Au passage, une femme qui a servi son pays pendant des années avec courage et dévouement, pour bien situer le côté séditieux de la dame, a été abattue de sang froid, alors qu’elle n’était pas armée. White privilege sans doute.</p>

<p>Hier, les derniers masques de cette mascarade anti-démocratique sont tombés avec la censure exercée par Twitter. Celle-ci s’abat depuis quelques heures sur tous les comptes et groupes qui ne rentrent pas dans l’idéologie des gouvernances des Gafa, dont j’ai expliqué dans mon livre combien elles etaient poreuses avec les objectifs des exécutifs néo-libéraux, prônant pour leur intérêt la déconstruction des souverainetés nationales, le communautarisme délirant, l’atomisation militante du corps social et l’avènement d’une forme de gouvernance mondiale dont la pandémie fournit un prétexte et une accélération par effet d’aubaine.</p>

<p>Chez nous, ce qui se joue ici c’est l’élection de 2022 et tous les coups tordus qui seront utilisés afin de fausser le scrutin : censure des réseaux (loi Avia remise en selle avec l’instrumentalisation abjecte de l’affaire Paty que la Macronie tente de retourner contre ce pour quoi celui-ci a été assassiné, à savoir la liberté d’expression), promotion du vote par correspondance puisque celui-ci a démontré aux USA qu’il permettait la fraude massive (alors pourquoi se priver?), etc.</p>

<p>Et des questions que l’on commence à se poser : si Trump est censuré parce qu’il affirme que le scrutin a été faussé, qu’en sera-t-il demain de ceux qui, chez nous, affirment, demontrent et continueront de démontrer et d’affirmer que Macron a été élu grâce à un coup d’État médiatico-judiciaire, le fameux raid contre Fillon (je renvoie là encore au livre de RdeCastelnau qui sort cette semaine) : cette dénonciation, pourtant évidente et lucide, vaudra-t-elle censure ? Sera-t-il à l’avenir possible de dénoncer la propagande en cours et à venir sans être censuré, l’objectif étant pour cette caste de conquérir puis garder le pouvoir ?</p>

<p>J’ai toujours dit que les lois de censure dont l’exécutif macronien était si friand avaient pour but non la lutte contre la haine (le compte d’Erdogan se porte bien), mais une lutte à venir contre le pluralisme démocratique et l’opposition politique et sociale. </p>

<p>Nous y sommes, et l’on comprend mieux pourquoi notre jeune banquier s’est relevé tout fringuant et frapadingue à 3 heures du matin en plantant son drapeau américain à l’Élysée comme d’autres sur la lune afin qu’on comprenne bien que ce sera pareil ici : nous allons, si nous ne nous réveillons pas, vivre la même chose.</p>

<p>Déjà nous subissons l’état d’urgence antidémocratique illimité, le contrôle et le fichage des opinions politiques récemment entériné, de nombreuses lois liberticides, etc. Ce n’est que l’apéro.</p>

<p>Alors oui, qu’on apprécie ou pas Trump (moi je ne l’apprécie pas en tant qu’individu, mais on s’en fiche), il est impératif de dénoncer le vrai coup d’État en cours et qui est celui du camp supposé du Bien contre les peuples et la souveraineté de ceux-ci.</p>

<p>La pusillanimité des petits-bourgeois en recherche des bonnes convenances (mais voyons mon cher, envahir le Capitole, ça ne se fait pas, comme on dirait à une jeune fille de bonne famille de ne pas mettre ses mains dans ses poches dans la rue ou de ne pas sortir de table sans demander la permission), se paiera cher.</p>

<p>Nous sommes, nous le peuple français, les prochains sur la liste.</p>

<p>Je conseille par ailleurs à chacun de préparer un repli rapide sur d’autres réseaux ne dépendant pas de cette gouvernance mondiale bien-pensante. Je constate avec plaisir chaque jour l’arrivée de nombreux internautes sur Telegram, sur VK, sur Parler. Cela va devenir vital. </p>

<p>Il va falloir s’accélérer, comme dit le Russe truculent dans Le Concert.</p>

<p>Auteur :  <a href="https://www.marianne.net/societe/anne-sophie-chazaud-la-liberte-dexpression-est-ontologiquement-non-negociable"><br />Anne-Sophie CHAZAUD </a></p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/194/quel-adjectif-civisme-ou-citoyen</guid>
	<pubDate>Thu, 07 Jan 2021 05:59:21 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/194/quel-adjectif-civisme-ou-citoyen</link>
	<title><![CDATA[Quel adjectif : Civisme ou citoyen ?]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Réflexion de <a href="https://www.facebook.com/profile.php?id=100016558152945"><br />Philippe Forget </a>, à lire séances tenantes :                                            <br />"La notion de civisme implique une exigence éthique et politique, une discipline morale et intellectuelle. A l'époque de la démocratie consumériste et publicitaire, il est logique que l'idéologie dominante, voulant flatter la paresse massive, ait évacué le terme trop romain et républicain de "civique", au profit de celui de "citoyen" qui exalte le narcissisme idéologique de l'électeur, ou du militant sectaire, sans l'engager dans la charge de la volonté générale. Ainsi, les "initiatives citoyennes" ne traduisent le plus souvent que de l'activisme émotif, sectaire et publicitaire, pour gagner une place dans le marché de l'opinion publique. Dans notre démocratie postmoderne, la vie civique a été évacuée au profit de la gestion sociale et marchande des opinions. Quel que soit le parti, ou le mouvement ou le cercle, l'individu est posé comme objet et ressource. Ainsi objectivé, il lui est impossible de faire un "Nous".</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/192/henri-guaino-arnaud-montebourg-quelle-reforme-de-l%E2%80%99etat-apres-l%E2%80%99epreuve-du-covid</guid>
	<pubDate>Wed, 30 Dec 2020 05:47:30 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/192/henri-guaino-arnaud-montebourg-quelle-reforme-de-l%E2%80%99etat-apres-l%E2%80%99epreuve-du-covid</link>
	<title><![CDATA[Henri Guaino-Arnaud Montebourg: quelle réforme de l’État après l’épreuve du Covid ?]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Montebourg - Guaino<br />Un article long mais très intéressant et d'un haut niveau. Excellente analyse.<br />Par Alexandre Devecchio et Paul Segy</p>

<p>GRAND ENTRETIEN - Le «socialiste défroqué» et l’éternel gaulliste, auteurs de deux récents essais remarqués*, ont accepté de débattre des moyens de rassembler un pays fracturé.</p>

<p>——<br />Henri Guaino et Arnaud Montebourg, vous occupez deux bords opposés de l’échiquier politique et pourtant vous partagez de nombreuses idées: qu’attendez-vous de cette rencontre?</p>

<p>Arnaud MONTEBOURG. - Face à un gaulliste sincère (il en reste, et ils ne sont pas seulement des héritiers, mais aussi des visionnaires), j’espère chercher par la voie de la raison les moyens de la réunification du pays. Nous avons besoin, pour sortir de l’affaissement dans lequel nous nous trouvons, d’unir nos forces et nos intelligences et de maîtriser nos passions. Ce qu’il faut à la France, c’est un De Gaulle collectif! Comme Henri Guaino a lu, écrit et réfléchi sur le gaullisme, c’est intéressant de confronter nos visions. Je suis pour ma part un socialiste défroqué - seul, mais libre.</p>

<p>À LIRE AUSSI :Arnaud Montebourg se prépare à un éventuel retour</p>

<p>Henri GUAINO. - Qu’Arnaud Montebourg et moi, enracinés dans deux familles politiques qui, dans l’histoire, se sont souvent opposées et ayant été, l’un et l’autre, confrontés à l’expérience du pouvoir, puissent se retrouver sur la conviction commune que la France doit à tout prix garder la maîtrise de son destin, face à tout ce qui, à l’extérieur, menace de l’asservir, et à l’intérieur menace de la disloquer, est une pierre jetée dans le jardin de tous ceux qui restent enfermés dans les éléments de langage et les jeux de rôles politiciens quand la situation du pays réclame qu’on en sorte. Ce que dit notre rencontre, c’est la nécessité de retrouver un peu de l’esprit qui avait animé le Conseil national de la Résistance quand il s’était agi de reconstruire la France.</p>

<p>Nous vivons une crise sanitaire qui a révélé des faiblesses dans notre système de santé et plus largement dans notre administration: assistons-nous à la faillite de l’État?</p>

<p>Arnaud MONTEBOURG. - L’État centralisé a montré son arrogance et son incompétence. Il a commis des fautes qu’il a cherché à dissimuler: d’abord la pénurie de masques, ensuite un système d’achats publics orienté vers la recherche du plus bas coût, ce qui nous a rendus dépendants de systèmes industriels étrangers, puis l’incapacité à établir une confiance suffisante dans la parole publique, qui aurait permis d’éviter le confinement en adoptant des systèmes de traçage en lesquels nous ne pouvions mettre du coup aucune confiance. Les pays, qui ont su dépister et isoler les malades, tout en se prémunissant contre le risque d’intrusion de l’État dans la vie privée, ont épargné à leurs entreprises l’arrêt des activités que nous avons subi en France: c’est le cas par exemple en Corée du Sud, à Taïwan, et même chez certains de nos voisins européens, qui ont trouvé les ressources civiques nécessaires.</p>

<p>Enfin, le pouvoir politique n’a pas su maintenir la confiance dans la parole scientifique, créant par là une fracture dans la compréhension de la pandémie et sur la crédibilité des remèdes. La multiplication de ces défaillances a été aggravée par l’incapacité de l’État à agir sur le terrain malgré sa présence, en raison de la multiplication des instances décisionnelles: les préfets ont été dépossédés de leur capacité d’action par les agences régionales de santé. Cela traduit la prise de pouvoir, dans notre pays, d’une bureaucratie irresponsable, qui entend enrégimenter la société sans jamais s’appuyer sur elle. On a par exemple interdit aux médecins de terrain d’utiliser certains médicaments qui sont utilisés partout dans le monde. Tout ceci n’a fait qu’accroître la défiance.</p>

<p>Henri GuainoCe que nous payons au prix fort, ce sont les dégâts causés par une idéologie néolibérale qui depuis quarante ans ne regarde toute dépense publique que comme un coût à réduire à tout prix</p>

<p>Henri GUAINO. - Je partage ce diagnostic sur la gestion catastrophique de la crise sanitaire. Mais il ne faut pas en imputer la responsabilité au modèle français de l’État central, qu’on l’appelle jacobin, napoléonien ou gaullien qui est consubstantiel à notre idée de la nation. Ce que nous payons au prix fort, ce sont les dégâts causés par une idéologie néolibérale qui depuis quarante ans ne regarde toute dépense publique que comme un coût à réduire à tout prix. Au-delà de l’emblématique suppression du stock de masques motivée par le seul souci de faire des économies là où il ne fallait pas en faire, je pense qu’avec le recul le bilan de cette crise révélera l’ampleur des conséquences désastreuses de la désorganisation de notre système de santé engendrée par cette incompréhension de ce que doit être l’État et de son rôle. Je ne citerais qu’un seul exemple, celui de la logistique qui est au cœur de la gestion d’une crise comme celle que nous traversons. Dans ce domaine, nous avons tout raté: masques, tests, équipements de réanimation, coordination entre le public et le privé, avec les médecins libéraux. On a transporté des malades en TGV à l’autre bout de la France alors qu’il y avait des lits de réanimation vides dans les cliniques tout à côté.</p>

<p>À LIRE AUSSI :Covid-19: les cliniques privées sont-elles plus mobilisées qu’au printemps?</p>

<p>Pourtant, en 2007, avait été créé un établissement public dédié à ce métier spécifique de préparation et de réponse aux urgences sanitaires, l’EPRUS. Mais se préparer à gérer des crises sanitaires qui ne se produisent pas souvent, c’était trop coûteux pour ceux qui confondent l’État avec une entreprise. Peu à peu ses budgets ont été rognés et, en 2016, il a finalement été dissous dans Santé Publique France dont ce n’est ni la culture, ni le métier. Ce sont les agences régionales de santé, les ARS, qui ont rempli le vide, sauf que leur métier, c’est le rationnement budgétaire de la santé, pudiquement baptisé «rationalisation», et non la gestion de crise. Au bout du compte, cette soi-disant rationalisation aura coûté des centaines de milliards d’euros aux finances publiques et abîmé des centaines de milliers de vies.</p>

<p>En suspendant les libertés pour nous protéger contre la pandémie, l’État a-t-il outrepassé son rôle? Quels enseignements institutionnels devons-nous tirer de cette crise?</p>

<p>Henri GUAINO. - Ce qui me frappe dans cette crise, c’est que plus rien d’autre ne semble avoir d’importance, ni les autres maladies qui tuent pourtant davantage, ni la santé mentale, ni la détresse sociale ou morale, ni les libertés. Tout d’un coup, la société tout entière s’est transformée en un grand hôpital où les libertés, qui hier encore auraient paru sacrées à tout le monde, n’ont plus cours. Ce qui est le plus inquiétant, c’est la rapidité avec laquelle s’est opéré ce basculement et la vitesse à laquelle nos sociétés s’y accoutument sous l’effet de la politique de la peur à grande échelle. Depuis toujours, on n’a pas trouvé mieux pour faire obéir les peuples. On n’a pas trouvé non plus, plus délétère, plus malsain, plus dangereux aussi, car la peur peut vite devenir incontrôlable. Nul ne sait avec certitude si le gouvernement sauve des vies avec un autoritarisme sanitaire appuyé sur la peur. Mais ce qui est sûr, c’est que ni l’autorité de l’État, ni la société, ni ce qui jusque-là nous faisait aimer la vie risquent de ne pas en sortir indemnes.</p>

<p>Les grandes épidémies ont toujours été des facteurs de grands changements, la question aujourd’hui est de savoir dans quel sens et avec quelle ampleur, et si nous pourrons encore respirer dans le monde qui va sortir de ce que nous sommes en train de faire. Du point de vue des libertés, en tout cas, on ne peut que s’inquiéter de ce que révèle le projet de loi sur la pérennisation de l’état d’urgence sanitaire. Un autre sujet de préoccupation qui devrait être pris très au sérieux tant cette crise révèle ses effets délétères est celui lié à la montée du risque pénal pour les élus et les fonctionnaires que chacun d’entre eux doit gérer individuellement en cherchant à se protéger par avance de l’accusation de ne pas en avoir fait assez, ce qui n’est pas sans rapport avec le délire bureaucratique auquel nous assistons. Un moyen de se protéger est de se défausser sur les autres. Le gouvernement s’est défaussé tour à tour sur la science avec le Conseil scientifique, sur le Parlement, sur les élus locaux, sur les préfets…</p>

<p>Il me semble que, dans des circonstances si menaçantes pour la nation qu’aux yeux des pouvoirs publics elles paraissent nécessiter d’assigner à résidence toute la population ce qui est sans précédent dans l’histoire, le président de la République aurait mieux assumé ses responsabilités et déchargé les autres acteurs de leur risque pénal en recourant à l’article 16 de la Constitution plutôt que de faire voter par le Parlement une loi de pleins pouvoirs donnant au gouvernement le droit de régenter dans le détail la vie de chaque citoyen.</p>

<p>Arnaud MontebourgOn a fait l’Europe sur la base d’un référendum qui a été piétiné. On a décidé de la mondialisation dans le dos des peuples, par des commissions parlementaires confidentielles</p>

<p>Arnaud MONTEBOURG. - Je suis un adversaire de l’article 16 car je suis un défenseur de la séparation des pouvoirs. Celle-ci reste selon moi la structuration fondamentale de la démocratie, et la garantie d’échapper à l’arbitraire. C’est une des grandes conquêtes de la démocratie parlementaire et des révolutions qui ont fait l’histoire politique moderne: elle est un instrument de notre liberté. Et la responsabilité est notre problème fondamental aujourd’hui. On a fait l’Europe sur la base d’un référendum qui a été piétiné. On a décidé de la mondialisation dans le dos des peuples, par des commissions parlementaires confidentielles. Pour assurer notre vitalité, il faut revenir aux sources de notre contrat politique, assurer la responsabilité de nos dirigeants et permettre une meilleure représentation de notre société. Je ne suis pas opposé par exemple à ce que les conseillers du CESE deviennent sénateurs, pour faire entrer les corps intermédiaires dans la représentation parlementaire, et je suis même favorable au tirage au sort d’une partie des sénateurs. Les référendums d’initiative citoyenne doivent pouvoir se tenir ; c’était une revendication des gilets jaunes, dont on n’a pas assez lu les cahiers de doléances - c’était pourtant passionnant. La question démocratique doit être prise au sérieux. Je ne suis pas contre le fait que nous nous donnions des chefs, mais ils ne doivent pas jouir d’une immunité excessive qui les empêche de rendre compte de leurs actes, d’écouter la société et prendre en compte ses aspirations.</p>

<p>Henri GUAINO. - Sauf que la séparation des pouvoirs est de plus en plus battue en brèche par les immixtions croissantes du judiciaire dans le fonctionnement des pouvoirs exécutif et législatif. Tout le monde doit rendre compte de ses actes, mais la responsabilité politique ne doit pas être évincée par la responsabilité pénale, ce serait un dramatique retour en arrière de plusieurs siècles. Le fait que les juridictions en s’appuyant sur la hiérarchie des normes juridiques pour écarter de plus en plus souvent la loi votée par la Parlement est une autre entorse à la séparation des pouvoirs puisqu’elle fait, en pratique, des juges qui n’ont de comptes à rendre à personne, de plus en plus souvent les législateurs à la place du Parlement. Le gouvernement des juges, ce n’est pas la démocratie. Si l’on veut prendre au sérieux la question démocratique, il est plus que temps de rouvrir un débat sur la place de la loi nationale dans notre ordre juridique, sinon, les élections finiront par ne plus servir à rien. Après tout, jusqu’au milieu des années 70 pour les juridictions judiciaires et jusqu’à la fin des années 80 pour les juridictions administratives, les traités ne l’emportaient sur la loi que lorsqu’ils étaient ratifiés par le parlement après la loi: c’était la dernière intention du législateur qui primait. Cela n’a ni isolé la France, ni empêché l’Europe de se construire.</p>

<p>Quant à la Ve République, elle réserve certes au président de la République, élu au suffrage universel direct, un rôle éminent mais il ne peut gouverner que lorsqu’il dispose à l’Assemblée d’une majorité qui lui est acquise, sauf l’exception de l’article 16 mais que, politiquement, le président ne peut pas utiliser à la légère. Le quinquennat a déréglé les institutions en transformant le président en super premier ministre happé par la gestion quotidienne. Une autre cause de dysfonctionnement démocratique est dans l’insuffisant recours au référendum pour poser la question de confiance au peuple quand le président sent qu’elle se dérobe ou pour trancher de grandes questions qui divisent la nation comme l’instauration d’un service militaire obligatoire pour tous, une réforme de la justice ou la ratification de tout traité qui modifie les conditions d’exercice de la souveraineté nationale ou encore pour trancher le débat sur la place de la loi nationale dans notre droit. Après les errements dramatiques du régime d’assemblée que beaucoup semblent avoir oubliés, le général de Gaulle nous a donné la meilleure Constitution que la France a jamais eue quelque imparfaite qu’elle soit. Il me paraîtrait plus judicieux de renouer avec l’esprit originel de la Ve République plutôt que de revenir à la IVe. Le pays a besoin d’être gouverné.</p>

<p>Arnaud MontebourgAujourd’hui, le président de la République fait du micromanagement de ses ministres ! Ce n’est pas son rôle constitutionnel</p>

<p>Arnaud MONTEBOURG.- La Ve République aujourd’hui, c’est un président qui gouverne, un premier ministre qui exécute comme un malheureux directeur de cabinet, des ministres qui se contentent de communiquer des décisions qu’ils ne prennent plus, une administration surpuissante et autonome et un Parlement surpeuplé de jouets inutiles désormais surnommés Playmobil. Je regrette également l’abandon du septennat, qui permettait que le rythme parlementaire soit indépendant de l’agenda de l’exécutif. La séparation des pouvoirs permettait de faire procéder chacun d’eux d’une légitimité différente ; aujourd’hui, ils procèdent tous du président qui concentre les pouvoirs et les problèmes. Le président doit redevenir un arbitre, en laissant l’initiative au chef du gouvernement sous le contrôle sérieux et étroit d’un Parlement ne renonçant pas à ses pouvoirs. Aujourd’hui, le président de la République fait du micromanagement de ses ministres! Ce n’est pas son rôle constitutionnel. Le référendum n’est malheureusement pas accessible à l’initiative populaire: il y a eu un million de signataires contre la privatisation d’Aéroports de Paris, il en aurait fallu quatre pour que ce référendum salutaire eût lieu! D’ailleurs, au passage, heureusement que la privatisation n’a pas été faite, les épargnants auraient été ruinés… Ayons l’intelligence d’organiser un dialogue permanent avec la société civile qui loin d’être infantile, est parfaitement capable de réfléchir et comprendre pour peu que la confiance soit établie et maintenue.</p>

<p>Sur la question de la hiérarchie des normes, il faudra bien revenir à la raison démocratique, comme l’a fait la Cour constitutionnelle de Karlsruhe en Allemagne, qui a rappelé qu’il n’y avait pas d’autres souverainetés que nationale. Cela atténuerait les excès de l’intégration juridique européenne qui souffre de l’absence de contrôle démocratique, prisonnière d’une Cour de justice européenne qui décide des orientations politiques à la place des dirigeants issus du suffrage populaire. Cela éviterait ainsi aux Français ces montagnes de directives transposées chaque année, que personne n’a lues et leur rendent la vie chaque jour plus incompréhensible. Cela n’est nullement de nature à porter atteinte à l’idée européenne, même s’il s’agit d’une conception parfaitement nouvelle du projet européen. Nous ne saurions donc rétablir la confiance dans la puissance publique sans une refondation de la démocratie et de l’État.</p>

<p>Que pensez-vous du référendum que Macron entend lancer sur l’écologie?</p>

<p>Henri GUAINO. - Vouloir inscrire la protection de l’environnement dans la Constitution est une très mauvaise idée. Loin d’être uniquement symbolique, cette inscription ne ferait qu’accentuer la pente fatale qui conduit au dessaisissement du politique et au gouvernement des juges puisque les juridictions s’empareront de cette disposition pour décider elles-mêmes du contenu juridique à lui donner et, par conséquent, de la politique à mener dans ce domaine. Ce serait aggraver l’erreur d’avoir inséré la charte de l’environnement et le principe de précaution dans le préambule de la constitution. C’est dire que l’enjeu, ici, n‘est pas de se prononcer pour ou contre la protection de la nature mais de savoir ce que signifie encore pour nous le mot «démocratie».</p>

<p>À LIRE AUSSI :«Un référendum ajoutant le climat à l’article 1er de la Constitution? Inutile ou dangereux»</p>

<p>Vous avez tous deux exercé ou conseillé le pouvoir: qui gouverne réellement l’État?</p>

<p>Arnaud MONTEBOURG. - J’ai fait le récit, dans mon livre, de ce voyage incroyable au cœur de Bercy où j’étais un ministre non issu du sérail et où je me suis confronté à la pensée dominante, unifiée dans un cercle invisible et quasi invincible auquel appartiennent l’essentiel des patrons des grands groupes, des chefs de la haute administration et la quasi-totalité des dirigeants politiques. Ce qui rend la technostructure toute-puissante, c’est la prise effective de pouvoir des «3 B»: Bercy, Berlin, Bruxelles. Le projet dans lequel les Français se reconnaîtront devra remettre l’État au service de la nation, comme ce fut le cas aux grandes heures de notre histoire. Aujourd’hui, le divorce est consommé, puisque les consultations électorales régulières n’y changent rien: les Français votent, les 3 B recentrent les décisions sur leurs propres intérêts. Résultat: politiques mises en œuvre ne changent jamais. La révolte démocratique n’est donc plus très loin, elle a même commencé.</p>

<p>Henri GUAINO. - Je ne peux que souscrire; là aussi, à ce constat que je fais moi-même depuis longtemps: comme Arnaud Montebourg a vécu le reniement de François Hollande qui s’était fait élire sur le slogan «mon ennemi, c’est la finance!», j’ai vécu en 1995 le reniement par le gouvernement Juppé, dès le lendemain de l’élection, de la promesse de la campagne de Chirac sur réduction de la fracture sociale. Pour en finir avec l’État-nation qu’elle jugeait dépassé, l’idéologie dominante dans les élites européennes a organisé la neutralisation systématique par tous les moyens juridiques, budgétaires, monétaires, de tous les instruments des politiques publiques alors même que la montée des périls de tous ordres appelait davantage, et non pas moins, de volontarisme politique. L’inquiétante défiance qui en résulte envers la politique ne peut être, en effet, combattue qu’en reconstruisant l’État pour lui redonner les leviers qui lui permettront de mettre en œuvre ce qu’il y a une trentaine d’années déjà nous appelions avec Philippe Séguin, Charles Pasqua et Jean Pierre Chevènement, une «autre politique» qui, en tournant le dos aux politiques sacrificielles et malthusiennes, aurait été en définitive plus raisonnable que celles qui nous ont menés là où nous en sommes. Quant à la fonction publique, n’en faisons pas un bouc émissaire: quand elle est commandée, elle obéit. Bureaucratie et technocratie sont les enfants des défaillances de la politique.</p>

<p>Henri GuainoLa France ne vit pas au-dessus de ses moyens mais au-dessous puisqu’elle gaspille une part importante de ses capacités productive et de sa force de travail</p>

<p>Vous décrivez tous deux un affaiblissement de l’État, pourtant le niveau de la dépense publique n’a jamais été aussi élevé en France qu’aujourd’hui!</p>

<p>Henri GUAINO. - Le paradoxe n’est qu’apparent. L’explosion de la dépense publique est la conséquence des désordres qu’on a provoqués dans l’économie et dans la société quand on a mis imprudemment nos travailleurs en concurrence directe avec ceux de pays dont les niveaux de vie étaient beaucoup plus faibles et la protection sociale inexistante et quand l’Europe a choisi de se construire en effaçant les frontières nationales. L’État-providence a dû alors prendre en charge le nombre croissant des victimes de cet aveuglement. Cette charge a étouffé les finances publiques mais au lieu de réfléchir aux causes, la pensée dominante a fait le choix de répondre par des réformes sacrificielles et des politiques d’austérité qui ont encore accru les désordres dans l’économie et la société et le nombre des victimes à prendre en charge.</p>

<p>Le pire, c’est que dans ce cercle vicieux, l’avenir a été sacrifié sur l’autel du rationnement des dépenses d’investissement sans que ceux qui en étaient responsables prennent conscience des conséquences de plus en plus graves du retard qui s’accumulait. Je me souviens de la levée de boucliers qui a accompagné l’annonce par Sarkozy du grand emprunt pour relancer l’investissement et de la façon dont ce plan a été rétréci et dénaturé. Le résultat de ce cercle vicieux a été plus d’impôts, moins de croissance, plus de déficits, plus de chômeurs. Ce qui me fait dire que la France ne vit pas au-dessus de ses moyens mais au-dessous puisqu’elle gaspille une part importante de ses capacités productive et de sa force de travail.</p>

<p>Arnaud MONTEBOURG. - Le niveau de dépenses en matière de santé en France ne me semble pas excessif, il est même davantage maîtrisé que dans des pays de taille comparable. En revanche, la question est de savoir comment est-ce que l’on dépense. Dans les hôpitaux, les soignants nous expliquent qu’un tiers du personnel est payé à contrôler les deux tiers restants. Quel intérêt? La taxation à l’activité est une mesure stupide et inflationniste, qui non seulement a déshumanisé l’hôpital, mais en outre n’a pas réellement permis de maîtriser les dépenses: la T2A, ça ne fonctionne que sur les lignes d’un tableur Excel. Il va falloir affronter cette désorganisation dont parle Henri Guaino, et mettre un terme à la bureaucratisation excessive de notre système de santé. Pourquoi a-t-on été incapable d’organiser la collaboration entre le public et le privé?</p>

<p>Henri GUAINO. - La politique du rabot sur les dépenses publiques qui finit toujours par triompher, depuis une quarantaine d’années, n’est donc pas une solution à nos problèmes économiques et sociaux parce que s’il faut toujours réduire les gaspillages, il y a des économies qui finissent par coûter plus cher au bout du compte qu’elles ne rapportent sur le moment et nous payons cher de les avoir multipliées. De sorte que maintenant, la pression des circonstances et l’état de la société vont nous obliger à rattraper tous les retards à commencer par celui de l’investissement si nous ne voulons pas manquer l’entrée dans le nouveau cycle économique qui se dessine. Une politique d’austérité sans précédent pour éponger les coûts énormes de la crise sanitaire paraît donc socialement et économiquement inenvisageable. La question de la politique économique à venir sera donc l’un des sujets centraux du débat de la prochaine présidentielle ou bien ce rendez-vous démocratique sera encore manqué.</p>

<p>À LIRE AUSSI :2020, année record: 120% de dette, 65% de dépenses publiques, 46,3% de prélèvements obligatoires</p>

<p>C’est donc la mondialisation, davantage que la bureaucratie, qui a affaibli l’État?</p>

<p>Arnaud MONTEBOURG. - Pour exister et être indépendante, la France a besoin de l’outil qu’est l’État, et dont la nation est aujourd’hui privée en raison de son affaiblissement. Nous voulons être soignés avec nos médicaments, produire notre énergie, maîtriser les technologies de nos transports. C’est là l’apanage des grandes nations qui se refusent à être englouties par l’Histoire. Pour cela, il faut aussi retrouver la maîtrise de nos frontières économiques, dont Régis Debray fait l’éloge et dont Hubert Védrine s’est évertué à rappeler l’importance dans son fameux rapport sur la mondialisation au président Sarkozy. Il nous faudra réapprendre à les contrôler. Nous avons le droit de savoir ce qui passe à l’intérieur de nos frontières, d’édicter des limites, et d’établir un cadre collectif. Sans ce cadre, les individus ne sont que des esquifs flottants abandonnés à la marche aléatoire de l’univers: les citoyens du monde ne sont pas des citoyens, mais des individus sans droits. Nous avons le droit élémentaire et imprescriptible de décider des biens, des personnes et des services qui peuvent entrer et sortir de notre territoire, et d’édicter les conditions auxquelles nous acceptons leur circulation, à la suite d’un véritable débat démocratique. J’ai lu avec intérêt le livre de mon ami le préfet Didier Leschi, qui connaît mieux que personne la question de l’immigration et qui dit de manière très juste que «l’hospitalité pour tous, c’est l’hospitalité pour personne».</p>

<p>Faut-il pour autant avoir la faiblesse de jeter aux orties l’Europe? Non, car nous avons besoin de l’Europe. Nous avons besoin d’une puissance pour peser face aux empires qui nous prennent en tenaille. L’affaire Alstom a été une humiliation pour la France, infligée d’ailleurs par Obama. Et les Américains ont fait de même avec Siemens, avec Alcatel… Ils nous volent cet or numérique que représentent nos données personnelles et entrepreneuriales: nous sommes devenus une colonie numérique des États-Unis. Et la Chine, de son côté, est sur le point de devenir la première puissance industrielle au monde. Nous avons besoin, dans le monde conflictuel et chaotique qui s’annonce, de rester groupés et de trouver des alliés. C’est d’abord en Europe ou à ses confins qu’on les trouvera. Pourquoi l’Europe constituée en une forme nouvelle de confédération d’États Nation ne serait-elle pas, après tout un projet préférable à cette Europe intégrée qui se désintègre, qui se paralyse et nous paralyse?</p>

<p>Henri GUAINO.- Paradoxalement, la dérive bureaucratique actuelle est le fruit de l’idéologie néolibérale. C’est pour surveiller la dépense qu’on a alourdi la bureaucratie. C’est pour mettre toute la société en pilotage automatique sous l’égide des juges et des autorités indépendantes qu’il faut tout codifier à l’avance, donc produire des quantités astronomiques de normes dont une bureaucratie toujours plus envahissante doit contrôler l’application. C’est en cédant aux revendications de toutes les minorités agissantes qu’on produit l’inflation des droits et des textes qui les garantissent…Ce qui est en cause, c’est bien l’idéologie anti-nation et anti-État qui a engendré une mondialisation sans aucuns garde-fous, une Europe désarmée, des États faibles et des sociétés déchirées. De Gaulle voulait l’indépendance de l’Europe et la souveraineté de la nation. La souveraineté européenne qui signerait la fin des souverainetés nationales, pour résister aux empires est une fable. Dans le monde tel qu’il est, nous avons besoin que les peuples européens se coalisent pour faire front commun contre les Gafa, contre la guerre juridique américaine ou l’hégémonisme économique chinois. Mais chercher à emprisonner dans des règles de plus en plus contraignantes des peuples qui n’ont pas tous la même volonté de se défendre n’aboutit qu’à faire cette Europe sans volonté de se défendre qui nous empêche de vouloir nous défendre.</p>

<p>Henri GuainoLa volonté politique a renoncé au projet national, succombé à une idéologie du laisser-faire aux conséquences économiques et sociales désastreuses et qui ne cesse de reculer devant des minorités agissantes</p>

<p>La France n’est-elle pas également affaiblie de l’intérieur, sous l’effet d’une profonde crise d’intégration en partie liée à la question migratoire?</p>

<p>Arnaud MONTEBOURG. - Commençons par dire qu’il faut s’atteler méthodiquement au démantèlement de l’islamisme politique, qui voudrait imposer ses lois sur les nôtres. Kamel Daoud, grand écrivain algérien a expliqué comment les islamistes ont perverti la société algérienne, et ont provoqué une guerre civile de dix ans. Alors, quand Kamel Daoud dit qu’il ne faut jamais négocier avec les islamistes, qui s’attaquent d’abord au service public de l’éducation, je crois qu’on peut lui faire confiance.</p>

<p>Pour faire vivre la République, il faudra reconstituer le creuset républicain: le service national, civil ou militaire me paraît une réponse intelligente, chaque Français devant donner un peu de lui-même à la République, mais il faudra en retour soutenir et pousser chaque enfant perdu dans le système scolaire, pour que chacun trouve sérieusement sa chance. Le plan Borloo que je fais mien, honteusement enterré par Emmanuel Macron, apportait des réponses concrètes qui ne sont toujours pas là, pointait la disparition des médecins, des profs, des commerces, des commissariats dans certains quartiers ou certains territoires. Voyons les choses de manière optimiste et constructive! Pourquoi des minorités agissantes de toutes sortes détruisent le commun? Parce que la France n’a pas de projet. Pour que des urbains, des ruraux, des Français de tous horizons se réunissent et avancent ensemble, il leur faut un projet commun dans lequel se réunir. Emmanuel Macron n’a proposé aux Français qu’une stratégie (pauvre) d’adaptation à une mondialisation décriée de toutes parts. Je crois que le moment est venu de refaire projet autour de la reconstruction de notre économie et de notre société. Les élections de 2022 nous donneront l’occasion de dire quelle devrait être cette société.</p>

<p>Henri GUAINO. - Cette balkanisation de la société qui vire dangereusement à la dislocation reflète une crise de l’intégration économique et sociale mais plus profondément une crise de l’assimilation, mot qui a été banni du débat public pendant des décennies, alors qu’il est au cœur du projet républicain et de notre conception de la nation en appelant chacun à prendre en partage quelque chose de plus que sa propre histoire. On est là devant le problème de la volonté politique qui a renoncé au projet national, succombé à une idéologie du laisser-faire aux conséquences économiques et sociales désastreuses et ne cesse de reculer devant des minorités agissantes, celles liées à l’islamisme politique comme celles qui racialisent tous les rapports sociaux, attisent la guerre des mémoires, déboulonnent les statues et répandent les germes de nouveaux totalitarismes. Il ne faut plus rien céder. Retrouver la maîtrise de nos lois est une condition nécessaire, celle des flux migratoires en est une autre qui implique de reprendre le contrôle des frontières nationales non pour nous enfermer, mais pour recouvrer le droit de choisir dans quelle société nous voulons vivre. Il nous faut reconstruire ce que l’historien italien Guglielmo Ferrero appelait «le génie invisible de la cité» sur lequel se fonde le sentiment d’une communauté de destin. C’est plus grand qu’une loi sur le séparatisme, c’est un projet politique.</p>

<p>* «De Gaulle. Le nom de tout ce qui nous manque», de Henri Guaino, éd. du Rocher, 230 p., 19,90 € / «L’Engagement» d’Arnaud Montebourg, Grasset, 416 p., 22 €</p>
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