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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de France]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Mon, 24 Jun 2024 08:17:00 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le temps de la clarification : Chroniques d’une anarchie annoncée]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Victor Sarkis et Etienne Burle – publié le 21 juin 2024</p><p>« Mais, mon intention étant d’écrire des choses utiles à qui les comprend, il m’a semblé plus pertinent de suivre la vérité effective des choses que l’idée que l’on s’en fait. »</p><p>Machiavel</p><p>On a souvent voulu comparer E. Macron à un Caligula, ou un Néron, pour son goût des outrances, du pouvoir personnel, et sa propension à tout brûler derrière lui, en ne laissant qu’un champ de ruines : « après moi, le Déluge ! » – tel est l’éternel cri de ralliement de toute la bourgeoisie impérialiste, noyée dans son narcissisme infantile.</p><p>Pourtant, ce serait bien injuste envers Caligula et Néron, dont le style flamboyant cachait une vraie vision politique (« un programme » comme on dirait aujourd’hui, dont un E. Macron avait dit un jour qu’il s’en « foutait »), et surtout, une orientation sociale favorable à la plèbe, contre l’aristocratisme du Sénat : les populares contre les optimates, orientation populaire qu’on aurait bien du mal à retrouver chez E. Macron, qui a fait de la haine du travailleur et du « populo » la profession de foi de sa République conservatrice. Il faut ici rendre hommage, entre autres, à un Lucien Jerphagon, pour avoir magnifiquement vulgarisé et synthétisé la recherche historique sur l’Empire romain, et démontré que les calomnies dont on a accablé maints « mauvais empereurs » (comme un Caligula et un Néron) cachaient en réalité chez les historiens antiques une farouche haine de classe envers ceux qui avaient osé s’attaquer aux intérêts des classes dirigeantes. Pourtant, même un Suétone doit concéder à la fin de sa vie de Néron cet aveu touchant : « Il ne manqua pas de gens pour orner longtemps après sa tombe de fleurs en printemps, et en été…. ». On doute que notre président-incendiaire, dernier avatar d’un libéralisme-libertaire en phase terminale, puisse prétendre à une telle postérité.</p><p>Mais dès lors que la métaphore romaine reste néanmoins parlante pour évoquer notre situation présente et notre « forcené de l’Élysée », on aurait plutôt tendance à tourner le regard vers un autre histrion qui régna sur Rome, moins connu, mais plus incendiaire : le jeune enfant syrien Héliogabale, empereur de Rome de 218 à 222, mort assassiné (dans des toilettes publiques dit-on !) à l’âge de 19 ans.</p><p>Grand prêtre venu d’Orient dans des circonstances rocambolesques, avec la mégalomanie et l’arrogance de son jeune âge, Héliogabale passa toutes les mesures, bafoua au pied toutes les traditions romaines et les institutions, s’adonnant à des orgies sacrées dont l’outrance aurait fait passer les règnes de Caligula et Néron pour d’aimables happening. Un camée de l’époque, conservé à la BNF, le représente dans une procession publique, nu sur un char, tiré par deux femmes dénudées à l’avant : il faut le voir pour le croire, et l’antique vertu romaine du se retourner dans sa tombe !</p><p>Héliogabale à l’œuvre !</p><p>Inutile de dire que ses frasques n’inquiétèrent pas outre mesure les intérêts économiques des classes dirigeantes, lui que l’empereur Julien surnommera 150 ans plus tard, de façon lapidaire, « le playboy d’Emèse ». On vit se hisser au sommet de l’État des canailles en tout genre : un ancien acteur comique prit la direction de la garde prétorienne, un de ses mignons crapuleux fût presque nommé César, et la haute administration se peupla d’un coup d’eunuques, de travestis, de coiffeurs, de cochers de cirque – bref, le lumpenprolétariat et le monde de la nuit avait pris le pouvoir, sans dommage pour les grands propriétaires fonciers. On croirait voir le portrait craché de la macronie, avec son carnaval bariolé de Benalla, de Attal, de Séjourné, de Castaner, de Darmanin, de Sibeth Ndiaye, de Bruno « renflement brun » Le Maire, et autre Schiappa en tout genre ! On sait qu’une classe est perdue quand pour se maintenir au pouvoir elle ne trouve plus que des individus à la moralité nulle, au mépris assumé de la rationalité, et qui outrepassent toutes bonnes mœurs élémentaires.</p><p>Après la mort burlesque d’Héliogabale, un règne terne et sans intérêt se passa, celui de Sévère Alexandre, un cousin placé là par sa grand-mère arriviste. Mais à sa mort débuta l’une des périodes les plus sombres de l’Histoire de Rome : celle de « l’anarchie militaire », et du coup d’État permanent – en 49 ans, de 235 à 284, Rome vit défiler 23 empereurs, soit une moyenne de 2 par an. Treize périrent assassinés, 7 au combat, 2 suicidés, et un seul mourra dans son lit, de la peste. Un beau palmarès ! Seul un Dioclétien saura, après ce désastre, relever le pouvoir romain pour un temps.</p><p>Notre Héliogabale est mort le 9 juin 2024, terrassé par sa propre vanité de ne pouvoir régner sans crâner de façon effrontée sur la scène internationale. Notre période d’anarchie politique vient de s’ouvrir, et elle ne se terminera que lorsque nous aurons trouvé notre Dioclétien.</p><p>1) Comment en sommes-nous arrivés là ?</p><p>Pour comprendre l’étendue du désastre, et ce qu’elle prépare, il faut remonter à la source, et analyser les raisons de cette Bérézina.</p><p>On pourrait bien sûr remonter loin en arrière, pour comprendre ce qui forme le cadre structurel de la crise actuelle. Il y a bien entendu en premier lieu une mutation politique, la formation dans l’après-guerre du « carcan européen », c’est-à-dire, après la montée en puissance d’un impérialisme américain devenu seul impérialisme valable, l’imposition par celui-ci d’un cadre supra-national, destiné à brider toute volonté populaire, toute souveraineté nationale, et toute politique économique alternative au capitalisme. Ce carcan évoluera jusqu’à former le traité de Maastrisch, l’UE, et l’interdiction pure et simple du socialisme comme politique, sous peine d’être rejeté hors du cadre européen, et de voir ses reins brisés par les institutions supranationales. En second lieu, il y a une mutation anthropologique, le « libéralisme-libertaire », théorisé dans les années 70 par Michel Clouscard : tout sérieux dans l’existence doit être refoulé, la seule consommation devient l’horizon anthropologique unique de l’individu, et la production devient un péché dont il faut se débarrasser. C’est la naissance du sujet post-moderne : schizophrénoïde, ludique, libidinal, et marginal. Et la base économique de tout ceci doit bien entendu être les nouvelles couches moyennes diplômées, urbaines et tertiarisées, qui seront la base sociale du nouveau régime post-soixante-huitard. Enfin, en troisième lieu, il y a la mutation idéologique, la « destruction de la raison » théorisée par G. Lukács dans l’après-guerre : pour se maintenir au pouvoir, la bourgeoisie doit, depuis le début du XIXe siècle, de plus en plus renoncer à la raison, et se faire irrationaliste militante. Lukács avait analysé en son temps la montée du nazisme, et la complaisance de la bourgeoisie impérialiste à son égard, comme étant une manifestation particulièrement violente de cette destruction de la raison ; mais il est évident que celle-ci a depuis été reprise avec fanatisme par la nouvelle bourgeoisie impérialiste mondialisée, groupée derrière le seul impérialisme atlantiste, et dont le libéralisme-libertaire est l’expression achevée depuis les années 70.</p><p>Ce triple cadre est capital pour comprendre le décor de la crise actuelle, et montrer sa profondeur historique. Macron a été l’entéléchie, le produit le plus achevé, de l’intersection de cette triple mutation : il est la manifestation la plus visible qu’ait trouvé la bourgeoisie française pour exprimer la puissance éhontée du carcan européen, du libéralisme-libertaire, et de la destruction de la raison – afin d’écraser toute résistance du prolétariat français, et de marquer la soumission sans limite de la France à l’impérialisme atlantiste. A partir de ces trois éléments, l’évolution de la vie politique française depuis 50 ans devient plus claire, et explique à la fois la constitution d’un bloc euro-atlantiste parfaitement agressif, la destruction de la gauche ancienne manière pour un produit de synthèse indigeste (la gauche sociétale et européiste), et la reconstruction d’une extrême-droite ancienne manière sur des bases totalement inédites. Nous aurons l’occasion d’y revenir.</p><p>Bien sûr, ces trois éléments sont assez anciens, et ont, pour les plus récents, plus 50 ans. Il faut donc remonter dans les couches temporelles les plus récentes pour en trouver les causes les plus immédiates, et mieux déterminer la nature de la crise.</p><p>Il y a bien entendu la crise économique de 2008, qui a brisé en Europe et en France toute croissance du PIB. A partir de là, la bourgeoisie française ne pouvait plus se contenter de voir sa richesse grossir tout en laissant le niveau de vie du petit peuple intact : pour maintenir ses profits, elle a du faire baisser le niveau de vie général, et commencer à attaquer le statut des couches moyennes. Ce furent les années Sarkozy, et Hollande, qui allèrent parfaitement dans le même sens sur ce point. Le macronisme signait déjà une radicalisation de ce projet, et son accélération, face à une crise qui dure, et un peuple français qui se rebiffe, vote moins, et délaisse les deux grandes forces traditionnelles qui faisaient l’alternance politique depuis les débuts de la Ve République, à savoir le PS et l’UMP, boudés par leurs électeurs après trop de reniements (il y en avait pourtant déjà eut beaucoup !). Le macronisme révélait donc en réalité une posture déjà défensive de la bourgeoisie, qui ne pouvait plus se payer le luxe de l’alternance, devenue à la fois inutile et trop risquée, et devait fusionner dans un seul grand bloc politique – même s’il est vrai que cette posture défensive a pris le masque d’une assurance arrogante de sa propre puissance. Mais à terme, le risque était gros : plus de pièce de rechange intégrée au cadre européiste facilement et immédiatement utilisable, au cas où le parti au pouvoir s’userait, comme c’était le cas jusqu’alors.</p><p>Et des usures et des mécontentements, il y en a eu. D’abord la crise des Gilets Jaunes, qui a vu l’irruption d’un peuple spolié et à bout sur une scène médiatique qui l’avait refoulé trop longtemps. L’UE et la domination bourgeoise étaient radicalement mises en cause, dans un mouvement populaire spontané qui démontrait par l’exemple ce qui arrivait quand on prive le prolétariat de tout outil institutionnel classique, parti ou syndicat : la violence de classe à l’état pur, dirigée contre les symboles du pouvoir. Anarchique et confus, le mouvement fut vaincu, mais par la force brute uniquement, il faut bien dire. Les justifications idéologiques de la classe au pouvoir n’avaient plus aucune importance, il s’agissait de briser. Première épreuve réussie pour le macronisme. Mais on avait eu peur, et on s’en souviendrait, et surtout, on avait fait la démonstration éclatante qu’il n’y avait aucune place pour la discussion et les compromis, et que seule la violence de classe était désormais de mise.</p><p>Puis il y a eu la crise du Covid. On a beaucoup glosé dessus, et votre serviteur avait analysé la chose en son temps, mais il faut ici simplement noter qu’elle a montré la faillite organisationnelle de l’État bourgeois contemporain. Tout y a été anarchie, gabegie, et absence d’organisation, et les États occidentaux ont été humiliés sur ce point par les BRICS et autres États du Sud global, notamment la Chine. Certains auraient dû s’en souvenir au moment de penser qu’une guerre contre eux serait facile et courte… Outre son incapacité à gérer quoi que ce soit sur le plan sanitaire, le macronisme n’a trouvé sur le plan économique que le « quoi qu’il en coûte » pour éviter l’explosion sociale durant la crise sanitaire : des montagnes d’argent, un « pognon de dingue » comme l’eut dit le maboul en chef, déversées au hasard sur un peu tout le monde pour que rien ne bouge. La solution était de créer de la dette, sans aucune idée de savoir comment rembourser cela après. Les classes exploitées payeraient, c’était sûr, mais comment, et surtout comment pour éviter l’explosion sociale, la question a été balayée. L’intendance suivra. Ce furent les belles années où le macronisme vota des budgets avec entre 160 et 180 milliards de déficit par an ! La question de cette dette sera par ailleurs centrale dans la décision de dissoudre l’Assemblée nationale.</p><p>A partir de cette crise, tout a été de mal en pis. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a pris tout l’OTAN par surprise, et, malgré quelques déboires, lui a infligé de sévères coups de butoir – les premiers à vrai dire depuis la fin de la Guerre Froide, échecs en Syrie mis à part. Le macronisme dans cette affaire n’a pu que barboter péniblement, à la traîne de l’UE, elle-même à la traîne des USA. Les sanctions absurdes contre la Russie ont achevées une économie qui se relevait à peine du Covid, lui interdisant tout espoir de reprise à court et moyen terme. Idem sur le dossier palestinien : l’opération militaire du 7 octobre a infligé un coup dont Israël ne se relèvera pas, quelque soit le soutien occidental, et la barbarie dont l’État sioniste peut faire preuve. Là encore, le macronisme a été piteux, soutenant sans condition Israël, tout en se montrant gêné par les massacres en rafale commis par Tsahal. Inefficient à l’extérieur, le macronisme aura réussi à ne faire qu’exacerber les tensions internes à la France sur ce conflit. Sur le plan économique, les occidentaux auront été impuissants à faire barrage à l’action de l’Axe de la Résistance, notamment des Houthis, pour garantir la libre circulation des marchandises sur les mers. La domination bourgeoise mondiale en a pris un coup, et la française n’a pu que courber le dos un peu plus.</p><p>Enfin, comme un reflet national des contradictions internationales, les élections législatives de 2022 n’ont pas donné de majorité claire à quiconque. Le bloc macroniste avait certes une majorité relative, mais ils ne sont pas parvenus à se fondre dans les LR pour gouverner ensemble : la bourgeoisie libérale-libertaire pleine et endurcie n’est pas arrivée à totalement absorber les autres types de bourgeoisies, et ce petit reste a été pour son organisme comme le morceau inassimilable qui l’a tué à petit feu. La bourgeoisie de province avait trop besoin pour garder quelques postes de notables du soutien de la petite-bourgeoisie traditionnelle, seule à même de lui fournir des électeurs pour survivre ; or cette dernière hait le macronisme au point de rendre impossible toute alliance pour les cadres de LR – question d’éthos de classe trop rétif au puritanisme macroniste.</p><p>La crise a également commencé à se manifester sur le terrain idéologique. Ces derniers mois ont émergé deux concepts intéressants pour tenter d’expliquer les bouleversements en cours, deux tentatives de reconstitution systématiques et globales, venus de milieux et d’orientations politiques différentes. Il nous faut les mentionner, car elles traduisent un besoin de théorie récent pour la conscience de l’époque, et deux jalons qui donnent de la profondeur à la crise que nous vivons. Ils ne révolutionneront probablement pas l’armature conceptuelle des lecteurs de Lukács et de Clouscard, mais ils confirmeront leurs intuitions, à partir de bases théoriques et empiriques totalement différentes.</p><p>La première tentative fut le livre, au succès discret mais réel, d’E. Todd, la Défaite de l’Occident, paru en janvier 2024. Un livre audacieux, y compris selon les critères toddiens, puisque E. Todd tentait d’y expliquer l’incapacité de l’occident à battre économiquement la Russie dans le cadre du conflit ukrainien, malgré un PIB bien supérieur, et de très loin (33 fois supérieur !), et l’influence des systèmes familiaux étaient marginaux dans l’analyse. E. Todd y pointait la désindustrialisation, et le démantèlement de l’État-nation, qui rendaient incapable d’affronter la moindre crise, et de gagner une guerre, fut-ce sur le plan strictement économique. Le « nihilisme », la fièvre du vide, s’était emparé de nos élites, et de ce que j’appellerais la « diplômocratie », de cette masse de gens qui pensent qu’ils valent mieux que les autres et sont naturellement supérieurs à eux par le simple fait qu’ils possèdent un diplôme, sans se demander une seconde ce qu’il y a derrière. Ces pays qui furent des nations sont donc mus désormais par une simple force d’inertie étrange : la rationalité y est désormais inconnue, les diplômés se dirigent vers des carrières lucratives mais improductives, les idéologies et les valeurs collectives sont mortes et enterrées, et plus aucune valeur transcendante n’encadre la vie de l’individu. C’est le concept central du livre : « l’état zéro anthropologique », où les hommes ne sont mêmes plus guidés par des valeurs inconscientes venus des modes de production pré-capitaliste, et où l’influence des anciens systèmes familiaux devient presque nulle. Pour E. Todd, le macronisme est l’incarnation française de cet « état zéro » de l’anthropologie. Ce nihilisme est sadique, belliqueux, et destructeur ; il n’est plus mu par la rationalité, ou la recherche de l’intérêt bien compris, mais par un goût du chaos. Il n’y a plus d’État-nation : il y a un « Blob » – un organisme unicellulaire visqueux et dénué de cerveau, qui ne survit qu’en se nourrissant des organismes alentour. C’est le stade suprême de la bourgeoisie impérialiste : la rapine et le pillage à l’état pur, sans soucis de la production. Le dette devient omnipotente, et la balance commerciale un trou béant, afin de vider la nation de toute souveraineté, et de donner à de richissimes possédants les clés du pouvoir réel. Inutile de dire ici que ce « nihilisme » et cet « état zéro anthropologique » ne sont que l’aboutissement parfaitement logique du libéralisme-libertaire né dans les années 70.</p><p>La deuxième tentative fut une note de synthèse, publiée en mai 2024 par Jérome Fourquet, qui développe le concept de « modèle stato-consummériste » pour décrire la France depuis les années 70 (on revient toujours au libéralisme-libertaire !). Il y diagnostique la crise, et la fin prochaine de ce modèle, dont le macronisme est l’aboutissement. Ce modèle est centré sur la consommation, qui, puisque la production devient secondaire, se fait surtout par des importations (donc un déficit commercial), et par du crédit public (donc du déficit public, qui s’accumule sans fin pour former une gigantesque dette publique). Cette dette publique, loin de servir à financer une éventuelle production nationale, est utilisée pour pouvoir soutenir artificiellement la consommation, et ce, malgré les crises successives traversées par le capitalisme mondial. Bien entendu, celui-ci a été défendu et développé par tous les partis au pouvoir depuis 50 ans, sans exception. Le doigt est mis sur la contradiction majeure de la construction européenne : mettre les producteurs internationaux en compétition féroce d’une part, et d’autre part infliger aux producteurs communautaires des normes sévères et strictes. La conjonction de ces deux exigences contradictoires n’ont pu qu’aboutir au désossage de notre appareil productif national – c’est le fameux processus de désindustrialisation. Ajoutons à cela que le déficit commercial, pour maintenir un certain niveau d’importation de consommation, oblige à s’ouvrir aux investissements extérieurs – autrement dit, de faire du pays la cible des exportations de capitaux étrangers. C’est exactement la définition que Lénine donne de l’impérialisme, dont la France est désormais la victime, pour l’instant à bas bruit. On voit donc que ce modèle est parvenu à créer une sorte de bulle protectrice totalement artificielle, et très fragile, autour de la France, afin que le déclassement national réel ne soit pas vécu trop durement par la population (surtout les couches moyennes improductives, il faut bien le dire). Le réveil face aux vrais rapports de force internationaux risque d’être douloureux.</p><p>Par ces deux analyses non explicitement marxistes, on voit néanmoins un certain nombre de facteurs objectifs immédiats à l’intensification de la crise, qui montre que la classe des intellectuels, pour l’instant seulement à la marge, commence à ressentir le besoin d’une explication systématique et synoptique à la crise que nous traversons.</p><p>Voilà donc, synthétisée à l’extrême, la genèse de la situation politique actuelle en France. On voit que les contradictions sont à la fois lourdes, profondes, et courent sur le long terme. Elles ne sont donc pas résorbables en un court laps de temps, et leur convergence en un seul point, la crise politique actuelle, risque de provoquer des dégâts aux conséquences incalculables.</p><p>2) Pourquoi dissoudre ?</p><p>Passons aux causes les plus immédiates, puisqu’elles ont également leur importance dans cette séquence : pourquoi dissoudre l’Assemblée nationale au soir d’une élection européenne qui place le RN très largement en tête devant la liste macroniste ?</p><p>Le premier élément de réponse tient aux résultats de la précédente législature, en juin 2022, qui n’avait pas donné de majorité absolue à E. Macron. A l’époque, dès les résultats, tous les analystes s’étaient mis d’accord sur le fait que la question n’était pas de savoir si E. Macron devait dissoudre l’Assemblée avant la fin de son mandat, mais quand. En effet, ses grandes réformes structurelles pour saigner un peu plus le pays, et enrichir encore plus sa classe sociale nécessitaient une large majorité, surtout pour aller vite. Les choses ont fini par traîner en longueur, et si finalement la dissolution a surpris tout le monde, c’est parce qu’elle est arrivée bien plus tard que ce que tout le monde croyait. Les alliances parlementaires de circonstances avec LR, les 49.3 à répétition et les motions de censure que personne ne voulait voter auront permis à cette assemblée de tenir deux ans. Mais hélas, tout allait trop lentement, et pas assez fort pour notre Héliogabale et ses mandataires de Bruxelles. Il gouvernait, mais difficilement, et la rumeur d’une dissolution courait depuis plusieurs mois. Voilà pour le décor de la décision : elle devait être prise, la seule question, c’est pourquoi maintenant et pas à un autre moment.</p><p>Plusieurs réponses, complémentaires plus qu’exclusives, plaidaient pour une décision de dissolution juste après les européennes.</p><p>Tout d’abord, il faut noter qu’E. Macron a tenté de repousser au maximum cette dissolution, en tentant de faire passer durant 2 ans ses réformes comme si de rien n’était. La question n’est donc pas de savoir pourquoi elle n’est pas arrivée avant, mais pourquoi elle n’arrive pas plus tard.</p><p>Le première élément, c’est l’impact des résultats des européennes sur la vie parlementaire française. L’Assemblée, déjà difficilement gouvernable, menaçait de devenir plus agressive, avec la sur-performance du RN, et le bon score de LFI. Le bloc macroniste, déjà piteux, menaçait de se déliter lentement dans une longue guerre d’usure après les résultats exécrables de V. Hayer.</p><p>Le deuxième élément est l’impact de ces mêmes résultats à l’international. Aux yeux des partenaires européens d’E. Macron, ils sont une humiliation claire et nette de celui-ci, et un affaiblissement de fait de sa parole. Or, on sait que le personnage a un besoin pathologique de se faire remarquer par des initiatives aussi dangereuses que stupides, sur une scène internationale qui ne le prend absolument pas au sérieux, et le méprise complètement, y compris parmi ses « alliés ». La blessure narcissique était donc béante : empêché à l’intérieur, entravé à l’international, les trois prochaines années s’annonçaient comme un calvaire pour notre chérubin impulsif, incapable de se plier à la moindre discipline pour réfréner ses pulsions de management toxique. De ce point de vue là, il a donc préféré couper court au supplice de Tantale qui s’annonçait, pour se jeter dans les Charybde et Scylla de la dissolution. Trader un jour, trader toujours.</p><p>La troisième raison est en revanche beaucoup plus profonde, et porte sur la possibilité même de gouverner l’État français. On sait que la dette française atteint des niveaux dangereusement inquiétants, et plusieurs analystes ont observé ces derniers mois que les obligations françaises étaient exposées à un risque élevé de dévaluation massive et rapide. Une France paralysée politiquement, avec une économie en berne et une dette colossale pourrait perdre toute confiance d’éventuels prêteurs dans un futur très proche. En clair, le risque augmente que la France ne puisse plus emprunter sur les marchés financiers les mois prochains, ou à des taux d’usuriers, et se retrouve donc en cessation de payement pur et simple. Or, tout le modèle économico-politique de ces 50 dernières années, tous partis confondus, est basé sur une capacité de l’État à emprunter massivement pour soutenir la consommation. Si ce levier-là tombe, c’est tout le système, tant politique qu’économique actuel qui s’effondre purement et simplement. Pour conjurer cette éventualité catastrophe, il faudrait pouvoir réduire les dépenses publiques, mais également avoir la force politique d’affronter la tempête sociale sans précédent que cela ne manquerait pas d’entraîner. Or, le macronisme risquait de se retrouver d’ici quelques mois dans une impasse : soit la faillite de l’État par une incapacité à emprunter sur les marchés financiers, soit la nécessité politique d’imposer des mesures d’austérité extrêmement impopulaires, en ayant aucun moyen politique de le faire. On voit donc que l’équation est impossible. Cette situation aurait pu arriver dès septembre 2024, lors du vote du budget, qui s’annonçait presque perdu d’avance, avec les trois autres groupes parlementaires qui auraient pu alors voter une motion de censure (la bonne, cette fois !). Pour éviter cela, E. Macron a donc pris les devants, et fait le choix de dissoudre avant d’arriver à cette situation catastrophe, qu’il a lui-même créée et amplifiée, afin de ne pas en porter le chapeau. Il est très clair que le but de cette dissolution est de perdre les élections, pour confier les responsabilités au RN dans une situation économique désastreuse, pour ne pas apparaître comme en étant responsable, et (qui sait ?) revenir plus tard. Pour arriver à cela, tenir des élections trois semaines à peine après un scrutin remporté haut-la-main par le RN était la meilleure façon d’y parvenir. Après avoir mis le feu à la maison, le locataire donne les clés à celui qui doit suivre, lorsqu’il n’y a plus rien à diriger.</p><p>Enfin, quatrième raison, la moins forte, les petits calculs politiciens. E. Macron et son entourage ont peut-être pensé que la division de la gauche lors des européennes entraînerait de fait une division lors de législatives qui suivraient, ce qui aurait pu permettre à son parti de gagner quelques circonscriptions. Et éventuellement, de rallier des éléments du PS et de LR proches de la macronie. C’est possible, mais ce n’aurait pas été assez pour remporter la majorité absolue. D’autant que sur ce point, ce calcul a été démenti assez vite, comme nous l’analyserons.</p><p>3) L’échec du macronisme</p><p>Puisque la vie politique française s’est désormais scindée en trois blocs distincts, on peut les analyser un par un, et même dessiner à coup sûr la logique du devenir de chacun de ces blocs. Les forces sociales en présence sont claires, et ont atteint un niveau de stabilisation quantitative provisoire telle que seule l’ampleur des résultats pourra varier, mais pas les ordres de grandeur approximatifs.</p><p>Commençons par le point le plus net : l’auto-dissolution immédiate du macronisme par cette décision. Son ampleur, et donc les restes qu’il laissera, seront encore à déterminer, mais l’essentiel est là : le grand bloc central bourgeois tel qu’il est né en 2017 est mort le 9 juin 2024. Pour une raison simple : son seul argument, répété de façon pavlovienne, « moi ou le chaos », a été dynamité. Le macronisme a mené la France au chaos, et il a paupérisé sa base sociale, qui était les couches moyennes urbaines. Il a passé 7 ans à détruire sa propre base sociale, et le 9 juin, il a atteint le point où son œuvre l’a tué. Comme expliqué précédemment, avec le mécanisme de la dette, la gestion macroniste de la France nous a amené au chaos qu’il prétendait éviter, et la chose est désormais parfaitement visible. « L’orthodoxie budgétaire » a été une gabegie sans précédent, et sa réalisation a été le contraire de sa prétention ; la seule sanction logique à cet état de fait, c’est la mort politique, par désertion des électeurs.</p><p>Ce qui amène au deuxième point : l’argument massue du « camp de la raison » a toujours été le fait qu’il incarnait « la majorité silencieuse », autrement dit, qu’il avait avec lui la force du nombre. Sauf que le nombre commence à lui manquer, et une fois le processus enclenché, il devient non seulement irréversible, mais s’accélère rapidement : ceux qui étaient là uniquement parce qu’il y avait du monde s’en vont, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne. La spirale baissière du macronisme semble donc enclenchée, et on voit mal ce qui pourrait l’arrêter.</p><p>Troisièmement, après sept ans de macronisme, l’arithmétique démographique poursuit son œuvre lente, mais implacable. Il y a chaque année près de 630 000 décès par an, essentiellement des personnes âgées. Or, celles-ci votent à près de 40 % pour E. Macron, avec un taux de participation de près de 80 % aux présidentielles. En appliquant la part de 90 % dans les plus de 65 ans parmi les décès, on aboutit donc en 7 ans, a une disparition biologique de près de 1,27 million d’électeurs macronistes.</p><p>D’autant que les pertes ne sont pas compensées entièrement par les arrivées. Il y a chaque année près de 800 000 jeunes qui deviennent majeurs, et à peu près autant qui rentrent sur le marché du travail, autour de 25 ans. Or, pour ne prendre que la tranche des 25-35 ans, s’ils sont près de 60 % à voter, ils sont 30 % à voter pour Marine Le Pen, 27 % à le faire pour Jean-Luc Mélenchon, et seulement 19 % à le faire pour E. Macron. Soit donc 144 000 nouveaux électeurs par an pour le RN (un million en 7 ans), 129 600 pour JLM (900 000 en 7 ans), et seulement 91 200 pour Macron (638 000 en 7 ans). On voit bien que même lente, l’évolution démographique a condamné le macronisme à un long déclin, et est parvenue à un point de rupture.</p><p>Enfin, et c’est l’élément décisif, le mode de scrutin législatif de la Ve République va achever le macronisme. Celui-ci, le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, a en effet été conçu pour éliminer les « petits » partis marginaux, et à l’inverse, favoriser les « grands » partis traditionnels, type UMP et PS durant des années. Sa logique permettait d’amplifier de façon démesurée la moindre avance sur ses concurrents. Pour donner un exemple caricatural, en 2017, si LREM avait récolté 32 % des suffrages, ils avaient cependant obtenu 60 % des sièges.</p><p>On voit donc comment la baisse, certes relative pour l’instant, des résultats du parti macroniste laissent présager une catastrophe sans nom : la logique qui avait servi à écarter les « petits » partis « extrémistes » au profit des « grands » partis « modérés » risque de se retourner contre eux ! Pour donner un ordre d’idée de la possibilité du désastre, d’après une étude du Figaro, Renaissance pourrait ne même pas être au second tour des législatives dans… 536 circonscriptions sur 577, si le vote des européennes se prolongent à l’identique ! Il est bien sûr plus que probable que le parti macroniste haussera son score par rapport aux européennes, ce qui fera un désastre un peu moins total, mais le fait sera toujours là : le macronisme peut plus ou moins disparaître législativement dès cette élection. Les premiers sondages semblent confirmer cette direction : en fonction de l’institut, le RN aurait entre 31 et 35 % des voix, l’union de la gauche aurait entre 25 et 28 %, et le parti macroniste entre 17 et 19 %. Cela peut évoluer bien sûr, mais la courte campagne interdit tout vrai bouleversement des rapports de force. Le mode de scrutin va bien sûr amplifier à l’extrême cet écart, et écarter de façon démesuré Renaissance.</p><p>D’autant qu’il ne s’est jamais s’agit d’un parti local, avec beaucoup de militants, de cadres, et d’élus locaux. Le reflux à l’Assemblée nationale sera irréversible, et si le macronisme peut vivoter encore quelque temps, il ne jouera plus de rôle majeur, avant de mourir de sa belle mort. Les cadres macronistes l’ont compris, et voguent déjà vers d’autres horizons.</p><p>4) L’illusion de « l’union de la gauche »</p><p>Le deuxième grand bloc, qui, après deux ans d’invectives permanentes, s’est subitement reconstitué en un temps record, c’est bien sûr l’énième édition de la sempiternelle série de « l’union de la gauche », pour une NUPES 2.0, renommée pour l’occasion « Nouveau Front Populaire ».</p><p>Il y aurait beaucoup à dire sur l’escroquerie de ce nouveau nom, qui pousse la falsification historique encore plus loin. Nous avions analysé en 2020 le mouvement historique du Front populaire du 1936, et nous y renvoyons pour constater l’écart avec cette réédition 2024 indigeste, que l’on ne pourra qu’écrire avec des guillemets. Nous y avions également critiqué sévèrement toutes les précédentes tentatives « d’union de la gauche », comme étant des accords parfaitement électoralistes, et qui revenaient à s’aligner sur le programme le plus social-traître qui soit, et nous reprenons l’intégralité de ces critiques.</p><p>Il faut cependant analyser la spécificité de cette union illusoire, et montrer pourquoi elle ne pourra rien donner, pourquoi elle est impuissante à gagner quoique ce soit, et pourquoi même si elle gagnait, elle serait incapable d’appliquer son propre programme, fort mauvais au demeurant.</p><p>Pour cela, il faut analyser le passage de la « NUPES » de 2022 au « Nouveau Front Populaire » de 2024. La « NUPES » de 2022 était un coup de bluff électoraliste de Jean-Luc Mélenchon, après sa belle performance à la présidentielle, qui en avait surpris plus d’un. Gonflé par le vote utile, la nullité des candidats du PS, du PCF et de EELV, il avait réussi à concentrer sur sa personne l’intégralité du vote de gauche, qui aujourd’hui regroupe surtout des couches moyennes urbaines diplômées et tertiarisées, les banlieues immigrées (pour la faible proportion qui vote), et quelque maigres restes du mouvement ouvrier du XXe siècle, dernière roue du carrosse de cette alliage fourre-tout. Grâce à ce joli coup de force, Mélenchon était ensuite parvenu à imposer à ses concurrents à gauche un accord dont il était en mesure de dicter les termes, sur le programme notamment, et le nombre de circonscriptions. Le regroupement massif autour de sa candidature était d’ailleurs intéressant, car il signifiait que son électorat, désormais complètement concentré dans les grandes métropoles, était suffisamment déclassé, et essoré politiquement par le macronisme, qu’il était prêt à faire taire son narcissisme des petites différences entre sociaux-démocrates, afin de se grouper autour d’un bloc. La candidature de Jean-Luc Mélenchon en 2022 a été le chant du cygne des nouvelles couches moyennes libéral-libertaires « de gauche », et le signe de son crépuscule proche. On l’a vu avec le macronisme : c’est quand un groupe social se rassemble sous une seule et même bannière qu’il est le plus proche de mourir, car alors les contradictions qui le faisaient vivre se sont éteintes. D’autant que ce rassemblement s’est fait dans l’intensification du délire idéologique que portent ces couches moyennes, et qui signe son isolement idéologique et social : écologisme, féminisme, antiracisme identitaire, sociétalisme à outrance… La candidature de Mélenchon en 2022 aura réussi le tour de force de faire pire en la matière que celle de 2017, déjà bien pourvue pourtant. Le tout bien sûr avec moins d’opposition encore à l’UE, si c’était possible, et un programme aussi social-démocrate qu’inapplicable avec la méthode proposée.</p><p>La NUPES avait continué sur cette lancée, en ressuscitant au passage des partis laminés qui auraient pu disparaître, le PS et le PCF. En leur garantissant leurs députés, Mélenchon leur a sauvé la mise, en étant bien mal payé en retour, tout ça pour revenir une dernière fois dans le coup médiatiquement, et grappiller quelques députés pour LFI. Bref, ce fut une alliance purement opportuniste et électoraliste qui s’est faite sur des bases totalement confuses, et qui a relancé le pire de ce qui existait à gauche en matière de social-traîtrise, leur offrant un bain de jouvence dont le PS, et le PCF dans une moindre mesure, avaient cruellement besoin.</p><p>Bien entendu, une fois sauvés du néant électoral qu’ils méritaient pourtant, les « alliés » de LFI ont entrepris de se sauver de ses griffes, de façon parfaitement malhonnête il faut le dire – mais qu’attendre de plus des coquins qui peuplent le PS, le PCF et EELV ? Ils sont tellement réactionnaires qu’ils sont parvenus à critiquer Mélenchon par la droite, pour sa position sur l’UE, sur l’Ukraine, sur Gaza – position ô combien timide pourtant, mais que ses « amis » de gauche se sont plu à durcir de façon absurde, jusqu’à le faire passer pour un frexiteur, un bolchévique, un pro-Kremlin (si seulement !), ou un pro-Iran. Dernier délire en date : LFI serait « antisémite », pour sa position sur le conflit israélo-palestinien, position pourtant identique à celle de l’ONU sur tous les points. Mais bon : au royaume des clones où tout le monde a le même programme et les mêmes idées, il faut bien hystériser le débat afin de faire passer la moindre nuance dans l’européisme atlantiste pour une hérésie intolérable.</p><p>Parti dans ces conditions, le « Nouveau Front Populaire » allait donc parvenir à faire pire politiquement que la NUPES, ce qui est là encore une performance à saluer. D’autant qu’après les résultats du 9 juin, c’était ce qu’il faut bien appeler « l’agent de la CIA », à savoir Raphaël Glucksman, qui allait dicter ses conditions pour une union. Ce bandit venu de la droite libérale et sarkozyste, agent des intérêts de l’OTAN en Géorgie sous Saakachvili, et stipendié de son beau père Ghassan Salamé (agent dans le monde arabe des intérêts atlantistes, artisan de la destruction constitutionnelle de l’Irak post-husseinienne, relai de l’Open Society de Soros dans le monde arabe) s’est trouvé en mesure d’imposer à toute la gauche ses conditions léoniennes, et une capitulation sans condition devant l’UE et la politique internationale atlantiste.</p><p>C’est donc une union parfaitement décrédibilisée d’avance que nous vend la gauche, car il est évident aux yeux des masses que cette alliance a uniquement pour but de les aider à conserver leurs misérables sièges, et que la farce de « la peur du fascisme à nos portes » n’est pas leur principale préoccupation. Et ce ne sont pas les pleurs d’un Corbière ou d’un Rufin devant « le danger fasciste » le soir des élections qui changeront les choses. Le programme se contente de mesures parfaitement social-démocrates, défensives, souvent confuses, notamment sur le sociétal, et est parfaitement réactionnaire sur le plan international. Celui-ci soutient donc « indéfectiblement l’Ukraine », et l’envoi d’armes à celle-ci, s’alignant ainsi sur la politique macroniste, et au mépris de tout risque pour la France d’escalade militaire avec la Russie. Sur Gaza, il reprend le narratif mensonger d’Israël sur le 7 octobre, et s’enferme dans le ghetto mental d’occidental narcissique. Et sur l’UE, le programme lui déclare sa soumission, et son soutien à la construction européenne.</p><p>Autant dire que dans ces conditions, le programme est inapplicable dans ses mesures sociales. Au mieux, nous aurons une réédition des mésaventures d’A. Tsipras en Grèce, qui se fit briser les reins par la commission européenne en 2015. Vu le montant de notre dette, le programme du « Nouveau Front Populaire » ne pourra se financer avec elle, et sans sortir de l’UE, aucune alternative d’application n’est même envisageable. Encore une fois, une gauche sans courage s’est pliée aux exigences d’une gauche crapuleuse, pour le plus grand bonheur des crédules qui y croient, bien naïvement encore. L’union de la gauche, c’est bien l’opium du peuple de gauche. Et il serait temps d’arrêter d’être addict à cette drogue malsaine.</p><p>Le fond du problème, c’est qu’une nouvelle gauche est apparue dans les années 70, et a complètement bouleversé la base sociale et l’idéologie de l’ancienne gauche. Les nouvelles couches moyennes diplômées et urbaines ont remplacé le prolétariat comme classe sociale de base, et le libéralisme-libertaire, cet anti-autoritarisme individualiste et relativiste, a remplacé le marxisme. Nous vivons l’aboutissement de ce processus. On ne peut donc que souhaiter la mort de cette gauche, dans les circonstances les plus atroces et indignes possibles, afin qu’autre chose vienne la remplacer. Cette gauche ne vit que de confusions : confusions entre le social et le sociétal (l’économie, la géopolitique et le national mis au même niveau, et souvent au dessous, de l’écologie, du féminisme, de l’antiracisme, et de bien d’autres), confusions entre européisme et souverainisme (des critiques de l’UE qui s’allient sans voir le problème avec ses thuriféraires), confusion entre internationalisme et atlantisme (des critiques de l’Ukraine et d’Israël avec ses défenseurs acharnés). Faut-il être grand clerc pour voir que cela ne pourra mener à rien ?</p><p>5) La question du « fascisme » :</p><p>Enfin, et non des moindres, le dernier point aveugle de toute cette gauche, unie pour un « Nouveau Front Populaire » : son aveuglement complet sur la véritable nature du fascisme, et son réflexe pavlovien « d’antifascisme » ânonné de façon hystérique sans aucune réflexion élémentaire. Entendons-nous bien : la fascisme est l’ennemi mortel de la classe ouvrière. Seulement, pour bien le combattre, et être un anti-fasciste conséquent et efficace, il faut d’abord avoir bien identifié le fascisme dans notre séquence historique. Sinon, on risque de complètement se tromper, en plaquant sur notre époque des catégories qui n’y sont pas effectives. A ce titre, on ne peut être que consterné d’entendre un célèbre historien du nazisme, aux travaux universitaires au demeurant intéressants, déclarer que l’on peut « plaquer 1936 sur 2024 », car « les structures sociales, et les intérêts des acteurs sociaux n’ont pas beaucoup changé » (sic!). Il faut être bien assis pour lire ou entendre cela : la lutte des classes est la même en sa structure qu’en 1936 ! Visiblement, la destruction de la raison n’a pas frappé qu’à droite ces dernières décennies… Où sont les usines et les grands appareils productifs industriels de 1936 en 2024 ? Où est le grand parti ouvrier qu’était le PCF des années 30 ? Où est l’URSS ? Où sont les croix de feu, les vétérans d’une Grande Guerre, les relais d’un NSDAP en France (très nombreux à l’époque !) aujourd’hui ? Où est aujourd’hui la petite-bourgeoisie traditionnelle, l’une des bases sociales du fascisme français des années 30, et que les années post-plan Marshall a balayée ? Où est aujourd’hui la concurrence des impérialismes de tailles équivalentes ? Nul part, tout cela a disparu. A l’inverse, où est le libéralisme-libertaire dans les années 30 ? Les nouvelles couches moyennes urbaines, diplômées et improductives ? Un secteur tertiaire et financier hypertrophié ? Un pôle unique atlantiste pour l’impérialisme mondial ? La construction européenne et la destruction des souverainetés nationales ? L’immigration a-t-elle le même niveau et la même fonction en 2024 qu’en 1936 ? Le simple fait de poser la question montre l’absurdité d’une comparaison qui serait un plaquage pur et simple des situations. Pour comprendre le fascisme actuel, il faut faire une analyse concrète de celui-ci. Sans analyse concrète, on court le risque de tomber dans le verbiage vide et pavlovien. Certes, aujourd’hui comme en 1936, il y a toujours une lutte des classes, un prolétariat et une bourgeoise. Mais si on en reste là, ce sont des concepts abstraits, et parfaitement vides. Pour leur donner du contenu, et faire une vraie analyse marxiste, il faut faire ce que personne n’ose faire à gauche : ouvrir la boite de Pandore de l’économie. Les marxistes devraient plus souvent méditer cette sage maxime d’Engels : « Il y a action et réaction de tous ces facteurs au sein desquels le mouvement économique finit par se frayer son chemin comme une nécessité à travers la foule infinie de hasards (c’est-à-dire de choses et d’événements dont la liaison intime entre eux est si lointaine ou si difficile à démontrer que nous pouvons la considérer comme inexistante et la négliger). Sinon, l’application de la théorie à n’importe quelle période historique serait, ma foi, plus facile que la résolution d’une simple équation du premier degré. » Plus d’un marxiste et d’un universitaire semblent confondre l’analyse par la lutte des classes avec une équation du premier degré.</p><p>Comprenons bien : tout l’enjeu est de savoir si le fascisme actuel est bien incarné par le RN, car si c’est le cas, alors toute les unions, mêmes les plus scandaleuses et les plus contre-natures, seraient permises pour lutter contre l’affreux fascisme. Or, tel est le drame actuel, et il faudra bien qu’un marxiste l’écrive un jour : le RN n’est pas un parti fasciste, en tout cas pas au sens classique du terme, et si on trouve indéniablement des traces en lui d’éléments fascistes, il n’est pas le parti le plus fasciste de la vie politique française, loin de là.</p><p>On sait que cette thèse, parfaitement évidente de façon intuitive pour les masses à l’heure actuelle, serait extrêmement choquante pour beaucoup à gauche, et mérite donc d’être exposée méticuleusement. La démonstration est ici importante, parce que sa validité et son acceptation vont conditionner l’avenir de la « gauche » actuelle, surtout si, comme tout l’indique, le RN parvient au pouvoir à court terme (dans quelles conditions exactes et quelles alliances, c’est une autre affaire). Que les amis de la vérité qui souhaitent comprendre pourquoi leur camp politique est dans un ghetto social écoutent, et que les autres méditent la maxime du Machiavel de Stendhal : « et serait-ce ma faute si la chose est ainsi ? ».</p><p>Tout d’abord, écartons le principal élément qui gêne l’analyse : la question de la genèse historique du RN. Certes, la genèse d’un parti en politique est extrêmement importante, mais elle ne détermine pas tout. Il existe une différence pour un marxiste entre la genèse historique d’une chose (l’ensemble des éléments traçables sur une frise chronologique qui lui ont donné naissance) et sa logique interne, son essence, ce qu’il est réellement (pour une entité politique, les intérêts de classe qu’elle défend). Or ce qui fait la caractérisation politique, ce n’est pas la genèse historique, mais sa composition de classe, en interne, et son rapport avec les autres classes sociales.</p><p>Il est indéniable que le Front National ait été fondé par des anciens vichystes, des pétainistes, des anciens de l’OAS, et qu’il ait gardé très longtemps sa caractérisation fasciste de ses origines. Il est indéniable par exemple que les statuts du FN aient été déposés en 1972 par Pierre Bousquet, ancien Waffen-SS de la division Charlemagne, et alors trésorier du mouvement. Les différentes sorties de Jean-Marie Le Pen, très connues au point qu’il est inutile ici de les énumérer, témoignent de cette origine.</p><p>Seulement, et c’est ce que personne à gauche ne veut remarquer, si l’on en déduit de cette origine fasciste le fait que le RN actuel est fasciste, il faudrait alors appliquer cette logique à tous les partis politiques français (pourquoi faire une exception pour le RN ?). Et on aboutirait à un résultat absurde et ubuesque : le PS, dont l’ancêtre est la SFIO, serait un parti jaurésien (pauvre Jaurès !) ; les LR, lointain descendant du MRP serait un parti gaulliste authentique (pauvre Général !) ; le PCF serait un parti bolchévique et stalinien (si seulement…) ; et les différents débris du parti radical seraient les héritiers de Clemenceau (sans les bons mots, visiblement)… On pourrait continuer longtemps, et on voit qu’avec une telle logique, on ne parvient qu’à des absurdités sans nom. Tous ces partis ont changé d’essence idéologique, parce qu’ils ont changé de base de classe : ils ont subi, comme on le disait à l’époque du PCF, une « mutation », un changement d’ADN, parce qu’ils se sont adaptés aux évolutions de classes sociales, souvent d’ailleurs dans le sens de l’opportunisme, et d’un compromis avec les trois éléments que nous avons énumérés en début d’article : soumission au carcan européen, adhésion au libéralisme-libertaire, participation à la destruction de la raison. Pour le PCF, le PS et les RPR/UMP/LR, c’est parfaitement clair. On voit mal pourquoi le FN aurait été épargné par sa mutation en RN. On peut même dire qu’au contraire, étant initialement le parti le plus compatible en soi avec ces trois éléments, il a été poussé, comme par une force centrifuge, au loin, comme par effet de répulsion par rapport aux autres partis qui convergeaient tous vers eux. Tous les thèmes classiques du fascisme traditionnel qui étaient ceux du FN historique (nationalisme agressif, antisémitisme et racialisme, pétainisme assumé, révisionnisme, défense de la peine de mort, ou encore l’expulsion des français d’origine étrangère….) ont été progressivement relayés à l’arrière-plan après le départ de Jean-Marie Le Pen, et largement édulcorés, au point qu’on a souvent du mal aujourd’hui à les retrouver dans le programme, voire même pas du tout. Il faut à ce sujet en finir avec un fantasme à gauche, celle d’une essence diabolique cachée et invisible d’un RN fasciste, qui n’attend que de parvenir au pouvoir pour réapparaître telle quelle, et intacte. Tous ceux qui ont étudié le processus de liquidation et de mutation du PCF savent qu’en la matière, il faut être hégélien : l’apparence exprime l’essence, elle en est une part, et on ne peut pas faire de division métaphysique entre les deux. Lorsque le PCF a commencé à changer son discours dans les années 70 pour devenir plus social-démocrate, en abandonnant par exemple la dictature du prolétariat de son programme, cela a changé son essence, et sa radicalité révolutionnaire n’est pas revenue une fois qu’il a participé au pouvoir en 1981. En politique, lorsque la radicalité se perd, elle ne revient jamais. Car changer l’apparence de son discours demande d’acquérir des habitudes mentales qui changent une façon même de penser le monde. Cela demande des compromis, et de montrer au système mondain dominant que l’on est prêt aux arrangements, et donc d’avoir déjà renoncé à l’essentiel. Le changement de discours ne fait toujours que refléter un changement de positionnement de classe. Il faut donc regarder la réalité en face : le RN est aujourd’hui devenu un parti de droite semblable aux autres, et qui n’est pas plus fasciste qu’eux – en témoigne la tentation très forte d’une fade « union des droites » initiée avec LR.</p><p>Pour poursuivre sur la question des origines, et faire une comparaison internationale, le RN a subi selon nous une évolution assez semblable à celle du Kuomintang à Taïwan, et pour les mêmes raisons. A l’origine, comme le FN, le Kuomintang est un pur parti fasciste, né de l’opposition au Parti communiste chinois. Très atlantiste, et viscéralement anti-communiste, il impose une dictature militaire de fer à l’île de Taïwan. Seulement, l’évolution historique a suivi son cours : le fascisme taïwanais a laissé la place à la sociale-démocratie libéral-libertaire indépendantiste. Et, surprise, aujourd’hui, ce sont les sociaux-démocrates à Taïwan qui sont les plus anti-chinois, les plus anti-PCC, les plus portés à une guerre parfaitement fasciste contre la Chine, soutenue par l’impérialisme américain ; et à l’inverse, c’est le Kuomintang qui est devenu le parti le plus pro-PCC de l’île, le moins belliciste, et donc le moins fasciste objectivement. La raison de ceci en est simple : le fascisme historique a préparé l’avènement du libéralisme-libertaire, et une fois que celui-ci est parvenu à maturité, il s’est montré plus efficace et effectif que celui-ci pour combattre le communisme, et écraser les aspirations populaires. Le libéralisme-libertaire a été la réalisation de ce dont le fascisme n’était que le concept : en d’autres termes, il a été plus parfaitement fasciste que le fascisme lui-même, qui s’est retrouvé doublé par sa droite, et totalement dépassé par l’évolution historique. Il est donc devenu, par le jeu de cette dialectique, l’inverse de ce qu’il était : d’avant-garde de lutte contre le progrès humain, il est devenu l’arrière-garde de cette lutte. Il a donc dû muter en autre chose, qui n’a plus rien de sa virulence originelle.</p><p>C’est l’évolution qui s’est produite en France même : après la destruction conjointe du gaullisme et du communisme dans les années 70, les anciens vichystes sont revenus au pouvoir, d’abord de façon cachée dans l’entourage de Giscard, puis de façon ouverte en la personne de Mitterrand. A partir de là, l’essentiel de la vie politique s’est en réalité scindée chez leurs héritiers entre vichystes opportunistes (le PS, le RPR), qui avaient eut le bon goût de passer à l’européisme atlantiste au moment où le fascisme historique avait mal tourné, et les vichystes sincères (le FN de Jean-Marie Le Pen), qui étaient les has been au cerveau un peu lent, les loosers qui n’avaient pas compris que le vent avait tourné, et qu’il fallait désormais jouer un autre air pour être « branché » et mondainement acceptable. Mais ne nous y trompons pas : le fond était le même – pourquoi réhabiliter Mitterrand pour honnir Jean-Marie Le Pen, si ce n’est finalement par concession mondaine à l’idéologie dominante ?</p><p>Par ailleurs, pour clore ces questions de filiation idéologiques, s’il faut remonter aux origines fascistes des courants de pensées, il faut aller jusqu’au bout à gauche, et refuser tous les penseurs de gauche qui se sont inspirés pour leurs concepts et catégories fondamentales des deux plus grands penseurs fascistes qui eut été : à savoir Nietzsche, et Heidegger. Mais là, on voit ce qui blesse mondainement les intellectuels gauchistes, car alors c’est tous leurs penseurs chéris, toute la pensée d’après-guerre (les Sartre, les Camus), et la pensée soixante-huitarde qui tombe sous le coup de l’anathème : les Foucault, les Deleuze, les Derrida, les Badiou – tous ont bu à la source du nazi de la forêt de Todtnauberg, et de l’eugéniste équestre fantasque de Turin. Vous voulez dénazifier messieurs les jolis grands hommes de gauche ? Très bien, mais faites-le jusqu’au bout, et d’abord dans vos rangs et chez vos maîtres ! Gageons que vous ne relèverez pas le gant, et que vous préférerez concentrer vos attaques hystériques sur un RN aux épaules bien trop fragiles pour vos fantasmes.</p><p>Il faut également écarter une autre erreur idéologique, mais très courante à gauche : l’idée saugrenue, devenu axiome intangible, qu’être pour l’immigration, c’était être progressiste, et qu’être contre, c’était être réactionnaire. On a donc l’idée qu’être internationaliste, c’est vouloir accueillir tous les immigrés du monde chez soi, tout le temps. Personne à gauche ne veut pourtant faire une analyse économique élémentaire des rapports de force entre les nations : dans une économie mondiale capitaliste, l’immigration, d’un pays à un autre, sans échange équivalent d’émigration, c’est du vol de main-d’œuvre pur et simple. Quand 100 000 africains arrivent chaque année en France, c’est 100 000 personnes que l’économie française va pouvoir exploiter, et dont personne en France n’aura payé l’éducation. C’est 100 000 paires de bras en moins que les États africains auront éduquées et nourries en vain, et qui ne construiront pas ces pays. Défendre le sans-frontièrisme, c’est défendre le vol illimité et sans fard de main-d’œuvre des pays pauvres par les pays riches. Si quelqu’un voit quoi que ce soit de progressiste ou d’internationaliste dans ce processus, il n’est qu’un agent idéologique de l’impérialisme. S’il cherche à maquiller ce gigantesque vol de main-d’œuvre à l’échelle mondiale, et ce déracinement humain violent qu’est presque toujours l’immigration, en un « enrichissement culturel », il procède au travestissement le plus honteux. Il y a certes de très mauvaises raisons de s’opposer à l’immigration, et on peut tout à fait le faire en étant raciste ou xénophobe. Mais dans son essence, l’immigration de masse, c’est un vol impérialiste. Considérer toute mesure limitant l’immigration comme étant du fascisme est donc une falsification politique, et un sophisme qui a trop souvent couvert les vilenies de la gauche européiste et atlantiste. Il faut donc cesser de s’appuyer uniquement sur la question de l’immigration pour accuser le RN d’être fasciste, et il faut arrêter d’avoir une vision humanitariste niaise, et anti-politique du phénomène : les États africains ne construiront leur souveraineté que lorsque leur jeunesse aura arrêté d’immigrer en occident, poussée par des illusions idéologiques. La seule question à poser, c’est comment les aider à construire leur souveraineté, et cela ne se fera pas par plus d’immigration.</p><p>Enfin, il faut toujours rappeler la primauté de la question de classe dans la question de l’immigration : la bourgeoisie immigrée n’a rien à voir avec le prolétariat immigré. Ils ne viennent pas pour les mêmes raisons, et ne sont pas vecteurs des mêmes idées dans les sociétés qu’ils intègrent. Quoi de commun entre le pauvre qui fuit la misère et la guerre de son pays natal, même si c’est en partie par illusion idéologique, et l’enfant gâté du soleil qui vient « jouir sans entrave » de ce dont le prolétaire d’occident n’ose même pas rêver ? Le premier est un damné de la terre, l’autre une canaille sans frontière qui, comme le disait Rousseau, se sent partout chez lui « tant qu’il a des hommes à acheter, et des femmes à corrompre ». Au nom de quoi les marxistes et les internationalistes devraient les défendre ? C’est ce qui entraîne d’ailleurs un rapport parfaitement différencié à l’archaïsme entre le prolétariat immigré et la bourgeoisie immigrée. Le dur labeur capitaliste tend toujours à dissoudre l’arriération chez le prolétariat immigré, alors que la bourgeoisie immigrée trouve dans l’arriération de sa position de classe la confirmation de sa propre arriération anthropologique. D’où sa parfaite bonne conscience, sa certitude d’être toujours dans son bon droit, d’opérer un hold-up pour son seul compte sur la question du racisme afin de monter mondainement, et d’où sa parfaite capacité faire corps avec le libéralisme-libertaire dominant, et d’en être le fer de lance. La bourgeoisie immigrée de notre temps est donc la couche sociale la plus arriérée de l’impérialisme actuel, tout comme celle de l’époque de l’impérialisme fasciste était la petite-bourgeoisie traditionnelle. On comprendra donc sans peine ce fait frappant que, comme le fascisme qui s’appuie sur les éléments les plus arriérés de la société pour prospérer, la base d’appoint de choc du libéralisme-libertaire, ce sont les éléments les plus arriérés de notre société, à savoir : la bourgeoisie immigrée, toujours prompte à donner un coup de main à la moindre initiative fasciste, pourvu qu’elle soit ludique, libidinale, et marginale.</p><p>Une fois ces pré-requis posés, ouvrons donc enfin la boite de Pandore de l’économie, qui fait si peur à tant de marxistes, et étudions donc la sociologie électorale du RN, et sa base de classe, et voyons s’il s’agit d’un parti à la sociologie fasciste. Puisque le fascisme est l’idéologie de la bourgeoisie impérialiste contre le prolétariat, si le RN était un parti fasciste, on devrait y retrouver une surreprésentation du vote bourgeois, et des classes sociales dépendantes idéologiquement de la bourgeoisie, et un vote populaire moindre. Bien sûr, les prolétaires peuvent être ind</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 30 Dec 2023 17:56:49 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Jacques Delors, fossoyeur de la gauche française et chef d&#039;orchestre d’une Europe allemande et libérale.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Par Hadrien Mathoux.<br />Publié le 29/12/2023 à 19:04</p>

<p>Le concert de louanges qui accompagne la mort de l’ancien socialiste ne doit pas faire oublier la lourdeur de son bilan : par son action pro-européenne, Delors a été l’un des principaux artisans de la conversion de la gauche au libéralisme sauvage, entraînant la France dans un engrenage dont le pays ne s'est toujours pas extirpé.</p>

<p>Contrairement à Jacques Delors, l'auteur de ces lignes ne croit pas aux signes du destin, miracles surnaturels et autre providence divine. On se bornera donc à interpréter la mort quasi-simultanée de Wolfgang Schaüble, impitoyable ministre des Finances allemand prêt à faire plonger les Grecs dans la misère, et celle de Jacques Delors (https://www.marianne.net/politique/union-europeenne/mort-de-jacques-delors-figure-de-la-deuxieme-gauche-europeenne), comme une sinistre facétie du hasard. La faucheuse n'a certes pas manqué d'ironie, en emportant à vingt-quatre heures d'intervalle le visage d'une Europe cynique assumant son ultralibéralisme et celui, bien plus idéaliste en apparence, qui a rendu cette Europe possible.</p>

<p>A LIRE AUSSI : Wolfgang Schäuble et Jacques Delors : une logique, un couple, des enfants<br />https://www.marianne.net/economie/wolfgang-schauble-et-jacques-delors-une-logique-un-couple-des-enfants</p>

<p>Comme l'on pouvait s'y attendre, un concert de louanges a suivi la mort de l'ancien président de la Commission européenne. Le respect naturel dû à un défunt n'explique toutefois pas entièrement l'ampleur des panégyriques (https://www.marianne.net/politique/homme-d-action-humaniste-l-hommage-inattendu-de-lfi-a-jacques-delors) dressés en hommage à Jacques Delors : s' y est exprimée là une foi envers le « rêve européen » qui confine au fanatisme. Car s'il n'est nulle question d'accabler un homme aux convictions respectables arrivé au terme de sa vie, il semble nécessaire de rappeler le véritable bilan de l'ancien socialiste. Car Jacques Delors n'est pas que « l'inépuisable artisan de notre Europe » décrit par Emmanuel Macron, le « géant » applaudi par Olivier Faure ou « l'immense Européen » cajolé par Raphaël Glucksmann.</p>

<p>https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1740058892938457202?t=GHEvczZtWLnGGhW7VpfNdQ&amp;s=19</p>

<p>https://twitter.com/CBeaune/status/1740698221608137184?t=0nzsekrmDmBMwb_Wh-hVrw&amp;s=19</p>

<p>Il est aussi — et surtout ? — le fossoyeur d'une certaine idée du socialisme, et l'homme qui, au nom de convictions jusqu'au-boutistes, a plongé la France dans les vents tourbillonnants de la mondialisation et du libéralisme sauvage. Chantre d'une « deuxième gauche » qui a bien souvent ressemblé à une première droite, Jacques Delors est l'un des hommes-clefs du double septennat de François Mitterrand, celui qui lui a fait prendre un virage à 180 degrés au mitan des années 1980 pour l'engager dans une autoroute sans demi-tour possible : celle de l'Europe, de la défaite des nations et du règne des marchés financiers.</p>

<p>L'ARTISAN DE LA RIGUEUR EN FRANCE ET EN EUROPE</p>

<p>Cette influence débute lors des deux premières années de mandat du premier président socialiste de la Ve République, entre 1981 et 1983. Ministre de l'Economie et des Finances, Delors n'apprécie guère le projet de socialisme à la française mis en œuvre par le gouvernement dont il fait partie.<br />Jour après jour, inlassablement, il submerge Mitterrand de rapports catastrophistes et de mises en garde, pour le pousser à s'aligner sur le néolibéralisme alors triomphant aux Etats-Unis (Ronald Reagan) et en Grande-Bretagne (Margaret Thatcher). Bien sûr, l'inadaptation du projet mitterrandien aux réalités économiques contemporaines méritait réflexion ; bien sûr, il était inenvisageable de continuer à engager la France dans ce qui ressemblait à une impasse.</p>

<p>Mais plutôt que de réformer le socialisme français en conservant ses principes fondamentaux, Delors, au nom d'un entêtement déguisé en « réalisme », défend bec et ongles la compromission : austérité budgétaire, désindexation des salaires sur l'inflation, et maintien acharné de la France dans le système monétaire européen. Le chômage et la pauvreté explosent instantanément dans le pays.</p>

<p>A LIRE AUSSI : "Europe sans frontière", "pause des réformes"… Jacques Delors, éternel "social-libéral", en 5 citations<br />https://www.marianne.net/politique/gauche/europe-sans-frontiere-pause-des-reformes-jacques-delors-eternel-social-liberal-en-5-citations</p>

<p>Delors a-t-il sacrifié le socialisme sur l'autel de son rêve d'Europe ? Nommé président de la Commission des communautés européenne (future Commission européenne) en 1985, il entraîne (avec son assentiment) la France dans une voie sans retour dès l'année suivante avec l'adoption de l'Acte unique, qui consacre les quatre « grandes libertés » de circulation, notamment celles des biens et des capitaux. Le marché commun devient marché unique, et l'économico-financier prend alors le pas sur le politique. La concurrence régule les rapports sociaux, les services publics sont démantelés, toute forme de protectionnisme et de politique industrielle nationale est interdite, les capitaux circulent sans aucune barrière, les travailleurs détachés autorisent un dumping social et le nivellement par le bas de la protection sociale.<br />On aurait tort de présenter la libéralisation de l'Europe comme le fruit d'un complot orchestré par des magnats de la finance : avec une « gauche » telle que celle de Jacques Delors, les forces de l'argent n'ont pas eu besoin d'accomplir le sale boulot. Comme le résume Jean-Pierre Chevènement, « Jacques Delors a infusé dans la politique français une dose de néolibéralisme supérieure à toutes celles qu’il eut été possible d’imposer par la voie légale normale. Il a ainsi infléchi de manière indélébile la trajectoire de la gauche française. »</p>

<p>https://twitter.com/chevenement/status/1740304437288071201?t=wFhZY_hmbBFcNdLLKFgZdw&amp;s=19</p>

<p>Chantre en paroles d'une « Europe sociale », Delors n'a cessé de mettre en œuvre le contraire en actes, en construisant l'Europe des marchés et des financiers, ouverte aux grands vents de la mondialisation. Idéalisme naïf, ou cynisme bien calculé ? Impossible à dire, mais une chose est sûre, les Allemands ont bien cerné le personnage, et su l'utiliser à leur avantage.<br />En bon chrétien fédéraliste, Jacques Delors pourfendait les « égoïsmes nationaux » et pestait contre des nationalismes jugés étriqués. Il n'a donc pas lésiné à appliquer ses principes (https://www.marianne.net/politique/union-europeenne/de-klapisch-aux-erasmus-days-lerasmus-de-jacques-delors-un-mythe-europeiste-a-la-peau-dure), même si ceux-ci se sont révélés totalement antinomiques aux intérêts de son pays. Après l'Acte unique vient le traité de Maastricht, autre grand-œuvre du président de la Commission européenne, dont l'obsession est de parachever l'unité de l'organisation supranationale avec la mise en place d'une monnaie unique.<br />Après avoir poussé pour maintenir la France dans le système monétaire européen dans les années 1980, le socialiste publie le « rapport Delors » préparant l'union économique et monétaire qui advient en 1999. Entre temps, il a poussé de tout son poids pour qu'advienne la réunification de l'Allemagne, déclarant « Ich habe keine Angst » (« Je n'ai pas peur ») à la télévision en direct de Berlin. Peu importe que de nombreux dirigeants français craignent qu'une Allemagne unique écrase les autres États-membres de son poids démographique et économique : grand ami du chancelier Helmut Kohl, Jacques Delors n'a que faire des vieilleries patriotiques. Que vive l'Europe, et tant pis pour la France.</p>

<p>HÉROS EN ALLEMAGNE</p>

<p>C'est pourtant exactement le scénario redouté par les Cassandre eurosceptiques qui se produit dès les années 1990. Le géant germanique impose son ordolibéralisme rigide à l'Europe, bénéficie d'un euro mal adapté aux économies de ses voisins et n'hésite pas à adopter une attitude non-coopérative pour tirer un maximum de profit de la construction élaborée par Jacques Delors.<br />Depuis la mort de l'ex-président de la Commission européenne, un défilé involontairement comique de personnalités allemandes chante les louanges de son héros. Le chancelier Olaf Scholz décrit un « visionnaire », l'héritière Ursula von Der Leyen avoue que « Delors a façonné des générations entières d'Européens, dont la sienne ». La politiste allemande Ulrike Guérot raconte « l'Europe chaleureuse » de Delors dans une tribune au Monde, etc, etc, etc. Au moins nos voisins d'outre-Rhin ne se montrent-ils pas ingrats à l'égard de leur bienfaiteur.</p>

<p>https://twitter.com/Bundeskanzler/status/1740074766462280036?t=MORp0aa5wjJXImjAxoLBzA&amp;s=19</p>

<p>Jacques Delors n'a jamais esquissé l'ombre d'un remords quant aux conséquences pour le moins fâcheuses de son action. Une anecdote issue d'une rencontre de la CFDT en novembre 1988 dans un salon du Parlement de Strasbourg l'illustre : entouré de militants syndicaux, en confiance, Jacques Delors leur confie être « extrêmement fier » de trois réalisations du temps de son passage au gouvernement : la désindexation des salaires, « ce qu'aucun gouvernement de droite n'a jamais réussi à faire alors qu'ils en rêvaient depuis toujours » ; imposer au pays « un plan de rigueur qui a dû faire pâlir Raymond Barre de jalousie » ; et « convaincre [ses] amis socialistes qu'il fallait donner la primauté au marché et donc rétrocéder au secteur privé marchand les services publics non-régaliens. » Un programme de libéral après tout très classique dans sa violence sociale, mais mis en oeuvre par un membre se revendiquant de la gauche.<br />Dans son éloge funèbre (https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/28/le-double-heritage-de-jacques-delors_6208097_3232.html), Le Monde appelle à « mesure[r] combien Jacques Delors a contribué à "changer la vie" de centaines de millions d’Européens, à rebours de l’idée reçue qui caricature l’Union comme irrémédiablement éloignée des préoccupations quotidiennes de ses citoyens ». On se permettra donc une pensée pour les centaines de milliers d'ouvriers français aux vies brisées par le chômage, la précarité et le désespoir depuis 1983 et la mise en œuvre enthousiaste des préconisations de Jacques Delors.</p>

<p>https://www.marianne.net/politique/jacques-delors-fossoyeur-de-la-gauche-francaise-et-chef-d-orchestre-dune-europe-allemande-et-liberale</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/941/le-gros-porc-le-gros-con-et-le-violeur-une-fable-qui-pue-la-mort</guid>
	<pubDate>Fri, 29 Dec 2023 20:40:33 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/941/le-gros-porc-le-gros-con-et-le-violeur-une-fable-qui-pue-la-mort</link>
	<title><![CDATA[Le gros porc, le gros con et le violeur : une fable qui pue la mort !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Il n'y a rien de plus urgent, de plus grave, de plus crucial que de savoir si Depardieu est un "gros con", un "gros porc"... ou un violeur. Les deux premiers qualificatifs ne sont pas punissables par la justice - s'il fallait mettre tous les gros porcs et des gros cons en prison, on n'en finirait jamais... Seul le troisième qualificatif est un crime, et le jugement des crimes dans un État de droit n'est pas du ressort des assemblées de lyncheurs, mais des tribunaux. Comme je ne fréquente pas Depardieu, ni toutes les belles gens qui se sont manifestées d'un côté ou de l'autre dans cette affaire, qu'il soit un gros con ou un gros porc, cela m'est parfaitement égal. Pour le reste, voir la justice qui, me semble-t-il, est saisie.<br />Ce que révèle cette affaire:</p>

<p>1) deux poids, deux mesures. Parmi les anti-Depardieu, on trouve, mais pas qu'eux, des défenseurs des "courageux résistants du Hamas" qui se sont courageusement manifestés par des viols de masse et imposent chez eux la charia (sûrement une bonne manière de lutter contre le patriarcat ?). Parmi les dénonciateurs du gros porc", une bonne partie de ceux qui ont porté aux nues un type médiocre, le nommé Ladj Ly, inculpé pour sa participation à un "crime d'honneur" (il est condamné pour enlèvement et séquestration, dans une affaire qui est, en fait, une tentative de meurtre... ) Mais Ladj Ly fait partie de la catégorie "petits anges" et non de celle des "gros porcs". Dans la même catégorie "deux poids, deux mesures", de notoires défenseurs et pratiquants de la pédophilie n'ont jamais été inquiétés et plus personne ne parle de M. Duhamel (qui ne devait pas être un "gros porc"). Etc. Donc pourquoi Depardieu, aujourd'hui, lui dont l'inconduite  est notoire depuis très longtemps.</p>

<p>2) Aujourd'hui, on adore la grossièreté, la vulgarité, l'humour (sic) scatologique mis en spectacle. Je ne  citerai pas de nom pour ne pas me faire encore plus d'ennemis. Pourquoi la retenue, le sens des convenances, la simple politesse, la courtoisie, la galanterie disparaissent-ils de nos conduites quotidiennes ?  Haïr Depardieu, c'est se dédouaner à bon marché, sur le dos du baudet, comme dans la fable de la Fontaine, de cette évolution des mœurs que tous chérissent par ailleurs. L'affaire Depardieu, ce n'est rien d'autre qu'une variante sur le thème "Les animaux malades de la peste".</p>

<p>3) La présomption d'innocence ne vaut plus que pour le ministre de la justice, coupable à l'insu de son plein gré et donc innocenté. Mais le gugusse que les tribunaux médiatiques désignent doit être exécuté sans autre forme de procès. Il y a quelques années, une philosophe (sic) féministe avait déclaré qu'en matière de violences et crimes dont les femmes sont les victimes, il fallait inverser la charge de la preuve et donc l'homme mis en cause est donc présumé coupable jusqu'à ce qu'il ait réussi à prouver son innocence... Les tribunaux populaires à la sauce maoïste des années 1970 se portent bien. L'idéologie a changé et chacun peut jouir tranquillement de sa puissance dans le maniement du fouet symbolique. Compensation de toutes les frustrations que nous subissons dans ce monde de plus en plus surveillé, contrôlé, policé et de plus en plus soumis aux "brigades des mœurs" façon Téhéran</p>

<p>4) Propre au monde de la connexion généralisée, l'abolition entre le public et le privé et entre le commun et l'intime. Si on faisait le compte des artistes qui furent de "gros cons" et de "gros porcs" dans l'intimité, on viderait fissa les musées et les bibliothèques. Pourquoi ne pas interdire Sade? Et André Gide? etc. </p>

<p>Toute cette histoire pue la mort. La mort d'une civilisation à laquelle en toute bonne foi les "braves gens" apportent leur concours.</p>

<p><a href="https://denis-collin.blogspot.com/?m=1">Denis COLLIN </a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/929/la-lucidite-de-francis-gutmann-sur-la-france-et-le-monde</guid>
	<pubDate>Fri, 15 Sep 2023 14:11:27 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/929/la-lucidite-de-francis-gutmann-sur-la-france-et-le-monde</link>
	<title><![CDATA[La lucidité de Francis Gutmann sur la France et le monde]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Pour avoir participé aux fondements de la Communauté européenne, travaillé avec François Mitterrand, Claude Cheysson ou Jacques Chirac, Francis Gutmann concilie modération du propos et ambition pour son pays et pour le monde. Rédigé avant l’accession de François Hollande à la présidence, son livre n’a pas beaucoup vieilli en deux ans tant la continuité prévaut sur le changement: «La France est arrogante tout en ayant perdu la fierté d’elle-même […]. Elle n’ose plus même parler d’indépendance. Elle aimerait qu’on l’admire encore, alors qu’elle a perdu confiance en elle. […] Nul n’est crédible pour autrui si son identité se brouille, il n’y a que des sots à vouloir récuser un patriotisme qui en est la vivante expression; et dans les troubles de la terre, il importera d’autant plus d’avoir des convictions qu’il n’y aura plus de certitudes.»</p><p>Abordant le sujet de l’OTAN, il note: «Trois ans après notre retour dans l’organisation militaire intégrée, il faut bien constater déjà combien, chez nombre de nos militaires, toute singularité de pensée disparaît sous la pression de la «machinerie» atlantique. […] L’OTAN aujourd’hui, pour quoi faire? Elle tend à devenir moins l’institution d’une défense commune qu’une organisation politique réunissant les Américains et leurs alliés.»</p><p>A la lumière de la crise en Ukraine, les remarques sur la Russie valent quelques développements: «M. Poutine avait trouvé une effro­yable situation politique et économique. Toute son action a visé à la restauration de la Russie dans ses limites resserrées, à la constitution d’un Etat, ainsi qu’à l’assainissement et au redressement d’une économie proche de la faillite […]. Washington, soutenu par les Européens, ne cesse de prendre ou de favoriser des mesures susceptibles d’être interprétées par Moscou comme autant de provocations. Ce sont le soutien à grand bruit et à grands frais de pays de l’ex-Union soviétique aux frontières de la Russie, la proposition d’accueillir certains d’entre eux au sein de l’OTAN (mais une OTAN pour quoi faire?), la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo, l’affaire – à ses débuts – du bouclier antimissile, etc. Madame Condoleezza Rice était même allée naguère déclarer que les Etats-Unis ne laisseraient pas les Russes faire obstacle à l’élargissement de l’OTAN. Cette déclaration est assez surprenante car elle revient à dire à un assiégé – ou qui craint de l’être – qu’il ne doit pas s’opposer au renforcement de son siège. […] Quand M. Mendeleïev parla à M. Solana, non plus de «maison commune» chère à Gorbatchev, mais d’une sorte d’accord de sécurité de «Vancouver à Vladivostok», cela aurait mérité d’être creusé. […] L’intérêt de l’Europe est de s’entendre avec la Russie plutôt que de participer à son encerclement. […] L’Europe a besoin d’une Russie nouvelle forte et stable.» Et de rappeler que ce sont les Européens qui ont dénoncé le système de livraison de gaz, stable, favorable aux parties, pour lui préférer un régime plus «libéral».</p><p>Quels sont les outils d’une nouvelle politique? L’Etat se voit réhabilité: «Il n’y a pas à être pour ou contre l’Etat, le fait est qu’il a seul la vocation et la capacité d’exercer l’autorité au service de l’intérêt général et de représenter une nation vis-à-vis de l’extérieur.» Or l’Etat, la nation, la démocratie, sont inséparables. «La démocratie est un état de vie, un état d’esprit avant d’être une forme de gouvernement.» Le chantier est immense.</p><p>Les institutions économiques internationales telles le FMI, la Banque mondiale et l’OMC ne sont pas épargnées. «Le libéralisme le plus exigeant y régnait.» «Le FMI […] n’est pas responsable de la crise actuelle, il est coupable de ne s’être jamais préoccupé des désordres d’une libéralisation financière conduisant par ses excès à une fragilisation générale au risque de désordres en chaîne.» Pour sa part, l’OMC est l’objet d’un commentaire judicieux: «Plutôt que de viser, de cycle en cycle, la libération des échanges, à faire du monde à marche forcée un espace ouvert à tous vents, l’Organisation pourrait d’abord chercher à être le lieu d’un authentique dialogue entre pays plus anciennement avancés et pays émergents.»</p><p>Les Européens sont invités à penser leur défense: «Il faut se départir de l’idée que les Américains seront toujours là pour défendre l’Europe.» Au-delà de l’Europe, il convient de se montrer plus équitable en matière de lutte contre la prolifération nucléaire: «Il y a déjà deux poids deux mesures. On admet dans la péninsule indienne que l’Inde et le Pakistan détiennent chacun la bombe, on n’accepte pas qu’un autre pays qu’Israël la possède au Moyen-Orient!» La prétention américaine à la «Space Domination» et à l’arsenalisation corollaire n’ira pas sans contestation, dont la Chine montre le chemin.</p><p>Au-delà du cas français, l’ambassadeur Francis Gutmann dispense une leçon de lucidité, de courage, de liberté, à celles et à ceux qui s’interrogent sur l’ordre du monde et les changements à y apporter.</p><p>Gabriel Galice est président de l’Institut international de recherches pour la paix à Genève (Gipri)</p><p>* Changer de politique. Une autre politique étrangère pour un monde différent?, Francis Gutmann, Ed. Riveneuve, 2011.</p><p>«L’intérêt de l’Europe est de s’entendre avec la Russie plutôt que de participer à son encerclement»</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/927/les-cahiers-au-feu-l%E2%80%99abaya-au-milieu</guid>
	<pubDate>Thu, 07 Sep 2023 22:04:11 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/927/les-cahiers-au-feu-l%E2%80%99abaya-au-milieu</link>
	<title><![CDATA[Les cahiers au feu, l’abaya au milieu]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Revoilà les abayas. En fait, elles n’avaient jamais vraiment disparu, mais la question des signes religieux à l’école est un bâton tellement merdeux que tout le monde préférait ne pas en parler. Pourtant, les signalements d’entorses à la laïcité ne cessent de se multiplier depuis des mois, en particulier à travers le port de cet accoutrement. Le nouveau ministre de l’Éducation, Gabriel Attal, vient d’annoncer l’interdiction des abayas dans les établissements scolaires publics, mettant un terme à un flou qui entourait ce vêtement et qui laissait les chefs d’établissement se débrouiller seuls avec ce problème. Désormais, les choses sont claires.</p>

<p>Et aussitôt, on nous ressert le débat sur les signes religieux et on entend exactement les mêmes arguments qu’à l’époque où le voile avait été interdit : « non à la police vestimentaire », « les abayas n’ont rien de religieux », etc. Toujours la même rengaine pour nous dire que c’est un faux débat, que ce ne sont que des histoires d’adolescentes rebelles et qu’il ne faut pas y prêter attention. On nous dit que l’abaya n’a rien de religieux, mais dans le même temps la députée LFI Mathilde Panot nous explique que cette mesure est dirigée « contre les musulmans ». Curieux raisonnement : si ce vêtement n’a rien de religieux, alors pourquoi dire que les musulmans sont victimes de cette mesure d’interdiction ? Et puis, quand on parle de musulmans, de qui parle-t-on ? De tous les musulmans ou des plus traditionalistes, dont on sait qu’ils détestent la laïcité et qu’ils ont pour objectif de la combattre ? Il faut arrêter de nous prendre pour des cons en accusant les opposants à l’abaya d’être antimusulmans : on sait aujourd’hui très bien, et cela est parfaitement documenté, qu’il existe une stratégie pensée par des religieux traditionalistes, comme les Frères musulmans, qui utilisent les réseaux sociaux pour inciter à porter de telles tenues afin de faire plier les règles de la laïcité.</p>

<p>LA LAÏCITÉ N'EST PAS UNE OBSESSION DE VIEUX CONS<br />Évidemment, on nous dira que ce genre de discours fait le jeu de la droite radicale, renvoyant la laïcité définitivement dans le camp de l’extrême droite. Il est quand même extraordinaire que la gauche, qui a toujours défendu la laïcité dans le but de restreindre l’emprise des religieux sur la vie publique, privée et politique, soit aujourd’hui incapable de le faire face à des revendications religieuses nouvelles. La laïcité n’est pas une obsession de vieux cons ringards laïcards. C’est un pilier de toute société moderne, qui ne devrait pas être une source de clivage entre la droite et la gauche, mais au contraire un point de ralliement, une sorte de plus petit dénominateur commun à toutes les formations politiques, à la manière du Conseil national de la Résistance (CNR), dont le programme jetait des bases qui faisaient consensus entre toutes les sensibilités politiques.</p>

<p>Au lieu de cela, le combat pour la laïcité est souvent ridiculisé par ses adversaires, qui l’opposent aux problèmes sociaux comme le pouvoir d’achat ou les questions écologiques telles que le réchauffement climatique. La laïcité serait un combat minable d’arrière-garde qui nous détournerait des vraies priorités. Le combat pour la liberté n’est pourtant pas un combat désuet, car la laïcité, moyennant le respect de ses règles et de ses restrictions, apporte bien plus que la satisfaction de porter ce vêtement aussi laid que pathétique. Elle nous débarrasse des dogmes archaïques, des interdits spirituels primitifs afin de nous permettre de réfléchir, en totale liberté. Mais on se demande, quand on voit ces ados sur les réseaux sociaux qui réclament de porter ces signes religieux ridicules, si, au fond, la liberté de conscience n’est pas trop grande pour eux. Dès l’adolescence, ils se vautrent dans des religions d’un autre âge qui leur imposent des règles débiles, et pensent avoir atteint les sommets de la sagesse en s’y pliant. Alors que la liberté, la vraie, celle qui ose dire merde à Dieu, fait peur car elle nous met à l’épreuve de ce que nous sommes vraiment.</p>

<p>L’engouement pour le rigorisme religieux chez un certain nombre d’ados aujourd’hui n’est pas un signe de bonne santé politique ou philosophique. C’est plutôt le symptôme d’une médiocrité ambiante, d’une nullité intellectuelle de plus en plus revendiquée avec fierté, le tout décuplé par les réseaux sociaux dont le fonctionnement flatte immédiatement les comportements les plus abrutis.</p>

<p><a href="https://charliehebdo.fr/auteurs/riss/">Riss</a></p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/924/urnes-electorales-urnes-des-cendres-de-la-france-blog-officiel-du-gouvernement-provisoire-pied-noir-en-exil</guid>
	<pubDate>Sat, 02 Sep 2023 08:50:56 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/924/urnes-electorales-urnes-des-cendres-de-la-france-blog-officiel-du-gouvernement-provisoire-pied-noir-en-exil</link>
	<title><![CDATA[URNES ÉLECTORALES : URNES DES CENDRES DE LA FRANCE - - BLOG OFFICIEL DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE PIED-NOIR EN EXIL]]></title>
	<description><![CDATA[<p style="text-align: center;">Un jour viendra où les urnes électorales seront les urnes des cendres de la France</p><p><a name="IMG_116406260" href="https://p6.storage.canalblog.com/63/42/1549693/116406260_o.jpg" target="_blank" id="IMG_116406260"></a></p><p style="text-align: center;">Salem Ben Ammar</p><p>Docteur en sciences politiques, français d’origine Tunisienne,</p><p>et engagé dans le combat contre l'Islam</p><p style="text-align: center;">Mardi 7 mars 2017</p><p>            Viendra le jour où nous allons rigoler jaune avec les revendications des musulmans de France : « Nous constituons près du tiers de la population française. En toute logique nous devons prétendre au tiers des sièges dans les différentes institutions nationales et locales représentatives du peuple ».</p><p>            Or, nous sommes mis sur la touche alors que vous êtes élus grâce à nos voix. Soit vous nous faites de la place sur vos listes soit nous créons nos propres partis politiques, ce qu’ils ont déjà commencé à faire, et nous présenterons nos candidats partout en France.</p><p>            Un autre péril qui menace la France où ils pourraient un jour ou l’autre mettre la main sur l’Assemblée Nationale et adopter les lois favorables à l’islam. Ils sont des électeurs, aucune loi en France ne saurait étouffer leurs velléités politiques.</p><p>            Le vrai péril pour la France est quand les musulmans seront 10 millions à voter.</p><p>Quand ils seront 10 millions à voter ce qui ne saurait tarder quand on sait qu’un jeune sur 5 au moins est de parents nord-africains, les urnes de la démocratie pourraient se transformer en urnes de ses cendres. Une conquête tranquille de pouvoir sans heurts ni effusion de sang.</p><p>            En naturalisant les musulmans à tour de bras, la France n’a peut- être pas imaginé le scénario qu’un jour ils seront des électeurs et des éligibles et qu’ils pourraient ainsi l’achever.</p><p>            Un musulman est, par définition, un soldat au service de la cause de sa religion; il n’a que faire de l’intérêt général d’un pays censé être de surcroît un dar al harb, une ère à conquérir, qui naïvement lui offre lui-même les armes de ses lois trop généreuses pour faire triompher la cause de l’islam.</p><p>            La France peut toujours fermer ses frontières et durcir les conditions d’accès à sa nationalité mais elle ne peut plus faire grand-chose contre la forte poussée démographique et le poids électoral grandissant de ses musulmans.</p><p>            Quelle que soit la force politique qui sera amenée à diriger les affaires du pays aux lendemains des prochaines échéances électorales présidentielles et législatives elle n’aura pas toute la marge politique nécessaire pour les traiter en simple vivier électoral où l’on vient puiser ses voix tous les 5 ans.</p><p>            C’est fini le temps où ils font figure de simples figurants sur la scène politique française. Ils savent parfaitement que le temps joue pour eux et que statistiquement ils constituent le premier politique en France avec au moins 10 millions de militants déterminés et mus par le même idéal islamiser la France.</p><p>            Pour l’heure ils sont capables de se fondre dans le creuset républicain pour ne pas continuer à nourrir les sentiments de rejet et de défiance dont ils font l’objet au sein de la majorité des Français. Ils préfèrent temporiser et poursuivre subrepticement leur stratégie d’araignée qui tisse inlassablement sa toile à l’ombre des tours en béton et s’étendre dans les coeurs des villes comme à Marseille, Paris, Lille et Toulouse où des quartiers entiers sont totalement islamisés.</p><p>            Pourquoi vont-ils relever le défi d’une guerre civile qui pourrait leur être fatale alors qu’ils ont tout intérêt à avancer à visage couvert et renforcer leur assise démographique et électorale sans que personne n’y prenne garde ?</p><p>            La France islamisée est pour bientôt et les musulmans s’en frottent les mains comme si leur victoire est acquise à 100%. Et ce n’est pas des gesticulations verbales enfiévrées et hystériques que les Français soumis aux flux migratoires incessants à forte dominante musulmane vont pouvoir éviter à la France de finir sous les griffes de l’hydre musulmane.</p><p>            Tant que le peuple continue à banaliser le danger de l’islam la France n’échappera pas à son destin musulman.</p><p>Salem Ben Ammar</p><p>Télécharger au format PDF  <a href="https://p1.storage.canalblog.com/14/19/1549693/116406791.pdf">ACp__SALEM_BEN_AMMAR11</a></p><p><a href="http://gourvernementpn.canalblog.com/archives/2017/06/22/35408534.html" title="LIBRES ÉCRITS CITOYENS- ARTICLES DÉDIÉS" rel="bookmark">RETOUR LIBRES ÉCRITS CITOYENS- ARTICLES DÉDIÉS</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/911/la-reforme-des-retraites-demontre-l%E2%80%99impuissance-economique-d%E2%80%99emmanuel-macron-%E2%80%93-le-temps-des-ruptures</guid>
	<pubDate>Mon, 10 Apr 2023 17:08:10 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[La réforme des retraites démontre l’impuissance économique d’Emmanuel Macron – Le Temps des Ruptures]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Crédits photo : <a href="https://www.leparisien.fr/politique/manifestation-contre-les-retraites-la-note-des-renseignements-qui-inquiete-lexecutif-30-01-2023-JRUR2XKY5NGT3OLP4TRQDIK2FQ.php">LP/ Jean-Baptiste Quentin</a></p>
<p>Des déficits… et 86,5 milliards de cadeaux fiscaux</p>
<p>Que représente le montant des retraites versé chaque année ? <a href="https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2022-05/10-Les_masses_financi%C3%A8res_relatives_aux_pensions_de_retraite_en_2020.pdf">332 milliards d’euros en 2020 d’après la DRESS</a>. Autrement dit, les 13,5 milliards d’euros de déficit ne représentent que 4% du volume total des prestations versées. Mais ce chiffre lui-même est contestable, car on ne peut comparer le déficit de 2030 avec les recettes de 2020. Si l’on tient compte de l’inflation et de la croissance, les salaires en 2030 seront en réalité très certainement plus élevés qu’en 2020. C’est la raison pour <a href="https://www.liberation.fr/checknews/retraites-sans-reforme-le-deficit-va-t-il-vraiment-etre-multiplie-par-24-en-2050-comme-le-laisse-penser-le-gouvernement-20230111_R7RBJC5AANBJ7OJ4RNQAFBU3DE/">laquelle le COR ne calcule pas les déficits en milliards d’euros mais en pourcentage du PIB</a>. Avec ce mode de présentation, les déficits dont il est question devraient représenter environ 0,4% du PIB de 2030.</p><p>Autrement dit, la crise politique majeure que nous traversons a pour objet de résoudre un déficit potentiel en 2030 équivalent à 1/12ème du déficit actuel des comptes publics (<a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/7232553">4,7% en 2022</a>). Tout ça pour ça !</p><p>Le pire, c’est qu’au même moment le gouvernement, conformément à ses engagements en faveur de la diminution de la fiscalité des entreprises, décidait de <a href="https://entreprendre.service-public.fr/actualites/A16251">supprimer la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE)</a>, ce qui représente un coût net de 8 milliards d’euros annuel pour les finances publiques. Il poursuit en cela la politique engagée par François Hollande qui avait introduit un crédit d’impôt pour les entreprises – le fameux CICE – qui a coûté près de 20 milliards, avant que le gouvernement Valls n’augmente le paquet cadeau de 21 milliards avec le mal nommé « pacte de responsabilité et de solidarité ».</p><p>Ajoutons à ces sommes la transformation de l’impôt sur la fortune en impôt sur la fortune immobilière (coût net pour les finances publiques : 3,5 milliards d’euros) décidée en 2017, la suppression de la taxe d’habitation pour la résidence principale (14 milliards d’euros) et la baisse de l’impôt sur les sociétés qui est passé en quelques années de 33% à 25% (il était de 50% jusqu’au milieu des années 1980) et qui représente un manque à gagner d’environ 20 milliards d’euros en 2022. Si on fait le cumul de ces dépenses fiscales, on parvient à une perte annuelle pour les finances publiques de plus 86,5 milliards d’euros, soit environ 3,3% du PIB, dont l’immense majorité au profit des entreprises. Sans parler des subventions directes à ces mêmes entreprises <a href="http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/6572-un-capitalisme-sous-perfusion-mesure-theories-et-effets-macroeconomiques-des-aides-publiques-aux-entreprises-francaises">qui se sont multipliées avant même la crise pandémique</a>.</p>
<p>Financer la politique de l’offre</p>
<p>Il faut le dire et le répéter. Le déficit public actuel n’est en rien lié à la hausse des dépenses sociales, et encore moins au coût des services publics. Il résulte, au contraire, d’un choix politique mené avec constance, démarré par François Hollande et poursuivi par Emmanuel Macron : celui d’assécher systématiquement les ressources fiscales au nom de la compétitivité des entreprises.</p><p>Car c’est bien cela qui est en jeu. Pour poursuivre les cadeaux fiscaux aux entreprises tout en limitant ses déficits, l’État est contraint de trouver de nouvelles ressources ou d’alléger certaines dépenses. Trouver des ressources, ce fut la stratégie initialement employée avec la hausse de certaines taxes sur le tabac, l’alcool ou les carburants, ce qui revient à mettre à contribution les « gars qui fument des clopes et roulent au diesel » <a href="https://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/10/29/31002-20181029ARTFIG00214-le-mepris-siderant-de-griveaux-pour-les-gars-qui-fument-des-clopes-et-roulent-au-diesel.php">selon la formule de l’ancien porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux</a>. Mais le mouvement des Gilets jaunes, fin 2018, mis fin brutalement cette option. À partir de cette date, l’État a donc mis en œuvre une autre stratégie, fondée sur des économies à réaliser sur les dépenses sociales. C’est ainsi que la réforme des retraites est revenue dans l’actualité, avant d’être interrompue par la pandémie du Covid. Souvenez-vous, à l’issue du premier Conseil de défense consacré à la pandémie, <a href="https://www.bfmtv.com/politique/reforme-des-retraites-edouard-philippe-declenche-le-49-3_AN-202002290042.html">le gouvernement annonçait, à la surprise générale, l’utilisation du 49.3 pour faire passer en force une réforme dites « structurelle » des retraites</a>. Une réforme qui, en réalité, avait bien pour but de dégager des économies.</p><p>Cette même année, le gouvernement avait annoncé des mesures d’économie sur l’assurance chômage pénalisant les saisonniers et les contrats courts. Puis, à la fin de l’année 2022, il engagea une nouvelle loi d’économie consistant à réduire la durée d’indemnisation des demandeurs d’emploi lorsque le taux de chômage diminue. C’est ainsi que les chômeurs furent mis à contribution des politiques d’aide aux entreprises.</p>
<p>L’échec patent de l’attractivité fiscale</p>
<p>Si l’on s’en tenait à cette analyse, on pourrait résumer ainsi la logique fondamentale de la réforme des retraites de 2023 : Diminuer les dépenses sociales pour financer les politiques de compétitivité menées depuis dix ans visant à augmenter le taux de marge des entreprises. Sur ce plan, il faut bien reconnaître que la stratégie fut un succès. Jamais les bénéfices réalisés par les entreprises n’ont été aussi élevés. Ainsi, les sociétés du CAC 40 ont dégagé 152 milliards d’euros de profit l’année dernière, un montant « sans précédent », <a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/03/09/l-insolente-sante-des-entreprises-du-cac-40_6164730_3234.html">note le journal Le Monde</a>.</p><p>Le problème est que ces milliards ne « ruissellent » pas sur l’économie française. C’est là que se situe l’impuissance de Macron et de sa stratégie. Persuadé que, pour relancer l’activité et l’emploi, il suffit d’attirer les entreprises, Macron – et Hollande avant lui – ont engagé la France dans la course à l’attractivité fiscale. Pourtant, non seulement le taux de croissance de l’économie française est faiblard depuis 2012, mais en plus les entreprises industrielles continuent de fermer et de délocaliser. Le résultat, c’est que la balance commerciale française a connu en 2022 un déficit record de 164 milliards d’euros, <a href="https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/la-france-essuie-le-pire-deficit-commercial-de-son-histoire-1904222">le pire de son histoire, soulignait Les Echos</a>. En somme, la stratégie de relocalisation défendue au nom de la « souveraineté économique » est un échec. En témoigne l’état de notre industrie pharmaceutique qui n’a cessé de décliner depuis 2008. Et si on constate dernièrement quelques projets de relocalisation d’usines produisant des médicaments, <a href="https://www.lefigaro.fr/conjoncture/penurie-de-medicaments-ou-en-est-la-production-en-france-20230310">c’est essentiellement grâce à des aides sectorielles, c’est-à-dire à de nouvelles dépenses publiques</a>, et non du fait de la politique fiscale.</p>
<p>L’impuissance économique de Macron</p>
<p>Pourquoi les entreprises industrielles continuent-elles de fuir la France malgré la multiplication des cadeaux fiscaux ? Voici la question que devraient enfin se poser le gouvernement et les députés Renaissance. La réponse est pourtant simple et tient en deux éléments. Le premier est que ces aides fiscales ne sont jamais conditionnées à des contreparties ni concentrées sur des secteurs particuliers. En arrosant très large, on donne en fait très peu à chacun, ce qui coûte cher aux finances publiques tout en produisant un effet pratiquement nul pour chaque entreprise prise individuellement. C’est ainsi que le CICE a davantage profité aux grandes surfaces qui sont protégées de la concurrence internationale qu’aux entreprises industrielles qui doivent l’affronter.</p><p>La deuxième raison est que, tous les pays menant la même politique d’attractivité, les cadeaux des uns annulent bien évidemment les effets de ceux des autres. Si la France dépense 20 milliards pour attirer les emplois sur son sol et que l’Allemagne dépense 40 milliards pour faire la même chose, alors la politique d’attractivité française sera annihilée par celle de l’Allemagne et le coût pour les finances publiques jamais compensé par des gains d’emploi. <a href="https://blog.univ-angers.fr/davidcayla/competitivite-le-retour-de-lideologie-de-la-guerre-economique/">J’avais prédit à l’époque l’échec de cette guerre économique que se mènent les pays européens entre eux</a> et on ne peut pas dire que les faits, depuis, m’aient donné tort.</p><p>L’impuissance de Macron, en fin de compte, c’est celle qui consiste à tenter d’infléchir la dynamique de la mondialisation et de la concurrence intra-européenne en faisant payer aux Français d’abord les coûts directs de la désindustrialisation et de la perte des emplois, puis en leur faisant payer une seconde fois ces mêmes coûts en tentant vainement d’atténuer leurs effets par la politique fiscale et les mesures d’austérité.</p><p>Cette stratégie est d’autant plus vouée à l’échec que les seules politiques de réindustrialisation qui ont prouvé leur efficacité dans l’histoire sont celles, justement, que Macron ne peut pas employer : une politique commerciale protectionniste, à l’image de l’Inflation reduction act (IRA) mis en œuvre cet automne par Biden aux États-Unis ; une politique industrielle active qui viserait par exemple à faire baisser le coût de l’énergie et des matières premières ou à réserver une partie de la commande publique à des entreprises nationales ; une politique de change et une politique monétaire adaptées aux besoins de nos entreprises industrielles.</p><p>Hélas, dans ces trois domaines la France n’est plus souveraine. Elle ne peut plus rétablir le contrôle des prix de l’énergie et des matières premières du fait des politiques de libéralisation ; elle est impuissante à corriger les <a href="https://letempsdesruptures.fr/index.php/2023/01/11/comment-et-pourquoi-le-marche-de-lelectricite-a-deraille/">dysfonctionnements pourtant flagrants du marché européen de l’électricité</a> ; elle ne peut, au nom du respect de la concurrence, réserver une partie de sa commande publique à ses entreprises nationales ; elle ne décide plus de sa politique commerciale, déléguée de manière exclusive à la Commission européenne, laquelle multiplie les accords de libre-échange ; enfin, elle ne maîtrise plus sa monnaie et sa politique monétaire.</p><p>Ainsi, confronté à sa propre impuissance économique, il ne reste plus à Emmanuel Macron que des « solutions » qui n’en sont pas : continuer de faire payer aux Français une stratégie inepte incapable d’engendrer les effets escomptés. Et on peut malheureusement s’attendre à ce que cette politique soit poursuivie jusqu’à ce que le déclin économique et industriel de la France ne devienne irrattrapable.</p>
<p>David Cayla</p>
<p>Références</p><p>(1) https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2022-12/RA_COR2022%20def.pdf</p><p>(2)Lorem</p><p>(3)Lorem</p><p>(4)Lorem</p><p>(5)Lorem</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
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	<pubDate>Tue, 03 Jan 2023 11:34:31 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/898/ces-deux-menaces-dont-l%E2%80%99europe-devra-se-garder-en-2023</link>
	<title><![CDATA[Ces deux menaces dont l’Europe devra se garder en 2023]]></title>
	<description><![CDATA[<p>L’année 2022 restera comme l’année du tournant. La guerre en Ukraine est venue certifier que les certitudes de la paix, de la solidité démocratique, d’une certaine assurance du confort matériel n’étaient plus nécessairement une donnée acquise. Comme paraît l’indiquer par ailleurs la situation sociale et économique de nombreux pays de l’Union européenne, le spectre de l’inflation revient roder et s’installe comme le carburant hautement inflammable d’un terreau politique redevenu fortement instable. En Italie, Giorgia Meloni a fait triompher une coalition de droite d’où les populistes constituent la sensibilité dominante ; en Suède, les conservateurs et libéraux alliés à la droite ultra des « Démocrates de Suède » ont renversé les sociaux-démocrates. Ce sont là deux élections dont il faudra s’interroger si elles préfigurent un mouvement plus général ou ne constituent qu’une subite mais éphémère poussée de fièvre. En France, la reconduction d’Emmanuel Macron peut s’interpréter a priori comme le signe d’une certaine stabilité, mais les législatives qui ont suivi la présidentielle ont attesté du fractionnement continu et accéléré d’une scène politique qui, pour la première fois depuis trente ans, trouve à l’Assemblée nationale une représentativité conforme aux rapports de force du pays. L’aléa est l’empreinte de cette législature naissante sous des cieux socialement incertains. En Allemagne, l’AFD, conséquence des difficultés économiques et de la guerre en Ukraine, retrouve une tonicité sondagière quand, hors UE, le Royaume-Uni n’en finit pas de s’enfermer dans une instabilité gouvernementale chronique qui n’a peut-être pas fini de produire ses effets. L’Espagne, quant à elle, qui assumera la présidence de l’UE au second semestre, entre dans un cycle électoral où le parti populaire avec ou sans l’apport de la droite nationaliste pourrait s’assurer d’une majorité, là où en Pologne les conservateurs ne sont pas certains de se maintenir au pouvoir.</p>
<p><a href="https://atlantico.fr/article/decryptage/et-la-croatie-rejoignit-l-euro-et-les-memes-illusions-que-ses-autres-membres-frederic-farah"><br />À Lire Aussi<br />Et la Croatie rejoignit l’euro… et les mêmes illusions que ses autres membres<br /></a></p>
<p>La guerre en Ukraine, les inquiétudes macro-économiques dont on aurait tort de penser qu’elles sont exclusivement indissociables de la première même si elles y trouvent un levier d’accélération, les vagues montantes de la crise migratoire plantent un décor d’où le sentiment d’assurance du modèle européen tel qu’il s’est bâti depuis plusieurs décennies paraît s’infléchir, voire s’effilocher. Dans le même temps, loin parfois de ses peuples et de leurs opinions, l’UE semble, à partir des menaces qui s’accumulent au-dessus de ses Etats-membres, accélérer la cadence de ses réponses concertées comme pour s’essayer à terme à un renforcement de son intégration. La crise sanitaire en 2020, avec le plan de relance européen, comme la guerre en Ukraine, avec l’aide jamais démentie jusqu’à maintenant à celle-ci, illustrent quelque part cette métabolisation. Comme si la dureté autant que la brutalité inattendue d’évènements exceptionnels poussaient les instances dirigeantes de l’UE à une accélération dans laquelle les plus critiques ne manqueront pas de voir une fédéralisation sournoise… et sans mandat.</p><p>C’est un paysage contrasté en fin de compte qui se découvre à quelques encablures de 2023. Le choc politique qui oppose bruxellois et nationaux à l’intérieur de nombre de pays européens est loin d’être arbitré, l’état d’équilibre instable entre chaque force en présence s’avérant à ce stade le principal enseignement de la conjoncture. L’Union n’a pas cédé, malgré la violence des lames auxquelles elle est soumise sur ses flancs, et au contraire elle a entrepris de densifier le rythme de ses initiatives, mais les pressions géopolitiques, économiques, sociales, culturelles ne cessent de s’épaissir au point de fragiliser toujours plus des sociétés travaillées par l’anomie, le pessimisme, le sentiment de dépossession tout à la fois démocratique et identitaire, les frustrations, sources potentielles de colères éruptives… C’est aussi la tectonique des influences qui, à l’intérieur de l’UE, se trouve interrogée, avec des antagonismes latents ou explicites qui dessinent une faille progressive à l’intérieur du vieux continent. L’Europe post-nationale et sociétale, à l’Ouest côtoie l’Europe nationale et chrétienne, à l’Est dans un face-à-face où deux visions s’opposent de manière quasi-irréductible tant sur les questions de mœurs que de migrations. Sans doute faut-il aller chercher dans les profondeurs de l’histoire les racines d’une divergence qui signifie que l’unité de l’Europe demeure un projet lourd d’incertitudes, loin des abstractions techno-juridiques que d’aucuns veulent y projeter. Au demeurant, ces dissensions à peine voilées génèrent quelques ambivalences comme en atteste la détermination plus marquée de l’Est à l’encontre de la Russie de Vladimir Poutine alors qu’à l’Ouest la dépendance énergétique de l’Allemagne d’un côté, la nostalgie gaullienne de la France de l’autre semblent parfois tempérer l’intransigeance du positionnement. L’image de la ligne de crête est, au final, peut-être celle qui désigne au plus près et au mieux l’entrée dans l’année qui commence. De l’évolution du conflit en Ukraine, de la suite des vents inflationnistes, du mouvement des taux directeurs, de la volonté ou non de réguler les flux migratoires à venir, et de bien d’autres facteurs encore dépend l’avenir d’une Europe confrontée sans doute à sa plus grande crise existentielle depuis l’après-guerre. Alors que le monde au prisme de la dramatique affaire ukrainienne apporte la démonstration qu’il n’a plus nécessairement l’Occident comme centre de référence, ainsi qu’en témoigne la polyarchie des réactions géopolitiques à l’entreprise guerrière opérée par Moscou depuis dix mois, et ce malgré un effet de loupe « occidentalocentré », c’est bien un point de bascule qui pourrait caractériser 2023. Dès lors les Etats européens devront se garder d’une double tentation, en forme de saut aveugle dans l’inconnu : la fuite en avant fédéraliste sans autre perspective que celle de vider les démocraties nationales de leur souveraineté populaire et la régression nationaliste sans autre objet que de réduire l’Europe à n’être plus qu’un vaste champ impuissant à l’heure où les grands ensembles civilisationnels réapparaissent comme des facteurs tout aussi actifs que décisifs des grandes dynamiques internationales.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://silo.ememiom.fr/blog/view/897/le-populisme-de-gauche-a-t-il-encore-un-avenir-%E2%80%93-le-temps-des-ruptures</guid>
	<pubDate>Mon, 02 Jan 2023 11:19:39 +0000</pubDate>
	<link>https://silo.ememiom.fr/blog/view/897/le-populisme-de-gauche-a-t-il-encore-un-avenir-%E2%80%93-le-temps-des-ruptures</link>
	<title><![CDATA[Le populisme de gauche a-t-il encore un avenir ? – Le Temps des Ruptures]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Tel qu’il a été théorisé en 2018 par Chantal Mouffe (1), le populisme de gauche repose sur les principes suivants :</p>
<p>Le rejet de la vision marxiste fondée sur l’opposition capital / travail. Pour Mouffe, la conception traditionnelle de la gauche n’est plus audible car cette dernière a longtemps limité sa définition du « peuple » à une conception économique et les luttes politiques à la défense d’une classe ouvrière essentialisée. À l’inverse, Mouffe insiste sur le fait que des luttes nouvelles sont advenues depuis les années 1970 : mouvements antiracistes, droits des LGBT, combats écologistes… Ces nouvelles revendications doivent être mieux prises en compte et articulées entre elles au sein des stratégies de gauche.<br />S’appuyant sur la pensée de Gramsci, Mouffe considère que la société fonctionne sur la base d’une succession de phases d’hégémonies culturelles qui imposent une certaine vision du monde et s’inscrivent dans les institutions. Par exemple, avec l’arrivée de Thatcher dans les années 1980, l’hégémonie néolibérale aurait succédé à la phase de partage hégémonique caractéristique de l’époque keynésienne. Cette culture néolibérale se serait ensuite diffusée au sein de l’appareil d’État qui ne peut de ce fait être considéré comme un agent neutre politiquement.<br />La crise financière de 2008-2009 a entrainé la déstabilisation de l’hégémonie néolibérale. Cette situation ouvre ce que Chantal Mouffe appelle un « moment populiste », une situation sociale qui permettrait d’instaurer une nouvelle hégémonie politique. Cette lutte pour l’hégémonie prend la forme d’un affrontement entre deux visions. Une vision réactionnaire (populisme de droite ou d’extrême droite) et une vision que Chantal Mouffe entend promouvoir : le populisme de gauche.<br />Les leaders de la gauche doivent donc saisir cette opportunité en engageant une bataille culturelle rassemblant les mouvements de gauche et les revendications communautaires variées afin de « construire un peuple » sur le principe d’une « chaine d’équivalences » permettant d’articuler ensemble les revendications très variées des luttes s’opposant au néolibéralisme : écologistes, féministes, ouvriers, anti-autoritaires, anti-racistes…<br />Ce rassemblement du « peuple » ainsi construit par la bataille culturelle permettrait d’engendrer un « nous » collectif fondé sur l’opposition avec le « eux » de « l’oligarchie ». L’établissement de cette nouvelle frontière peuple / élite doit être l’occasion de « radicaliser » une démocratie fondée sur des antagonismes qui sorte de « l’illusion du consensus »(2) caractéristique de l’ère libérale et de la gauche sociale-libérale.</p>
<p>À la fin de son livre, Chantal Mouffe fait part des discussions nourries qu’elle a eu avec un certain nombre d’intellectuels et de responsables politiques qui ont inspiré sa pensée. Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin sont notamment cités. Ainsi, ce petit livre peut se lire comme la théorie qui a nourri la stratégie politique de la France Insoumise mais aussi comme une synthèse de la revitalisation politique tentée par ce mouvement. Si cette stratégie a connu des évolutions, bien décrites par le journaliste Hadrien Mathoux (3), elle n’en a pas moins continué de respecter la plupart des principes énoncés dans l’ouvrage de Mouffe.</p><p>Pourtant, la mise en œuvre pratique du populisme de gauche s’est avérée beaucoup plus difficile que ce que la théorie suggérait, et le succès électoral n’a pas toujours été au rendez-vous. Il est donc nécessaire d’établir un inventaire de cette stratégie et d’en décrire les limites.</p>
<p>Engager la bataille culturelle contre l’extrême droite</p>
<p>Il ne fait plus de doute que nous sommes entrés dans une ère identitaire. Les questions culturelles, sociétales et migratoires sont, depuis quelques années, au cœur du débat public et suscitent des réactions passionnées. Ce phénomène n’est pas totalement nouveau. Les grands débats sociétaux ont toujours été des terrains de violents affrontements politiques. L’IVG, la peine de mort, l’école, les questions religieuses ou plus récemment le mariage pour tous ont provoqué, et provoquent toujours, des débats de grande intensité entre la gauche et la droite.</p><p>Le point commun de ces débats est qu’ils touchent directement la vie concrète et sont immédiatement compréhensibles, ce qui permet facilement de se forger un avis. Ils impliquent aussi des systèmes de valeurs qui dépassent la question des intérêts personnels. De ce fait, ils marquent l’identité politique de ceux qui s’y adonnent. Pour cette raison, ce sont des débats d’identité politique.</p><p>L’émergence des réseaux sociaux a exacerbé ces sujets au détriment de ceux sur lesquels il est plus difficile de se construire une opinion, soit parce qu’ils sont techniques, soit parce qu’ils apparaissent éloignés de la vie concrète. Le fonctionnement même des réseaux sociaux, fondés sur la réaction et le partage, rend mécaniquement plus visibles les sujets marqueurs d’identité politique. S’enclenche alors une boucle de rétroaction : les sujets identitaires suscitent plus de réactions, les algorithmes les mettent en avant, et donc les responsables politiques et les journalistes les exploitent pour faire du buzz et se faire connaître, ce qui renforce la place de ces thématiques dans le débat public.</p><p>Cette transformation du système médiatique par les réseaux sociaux est vraie pour tous les forces politiques, mais les stratégies populistes en exacerbent les conséquences. C’est bien entendu le cas du populisme de droite qui met les questions identitaires ou des sujets telles que le « wokisme » au cœur de son discours. Le « America is back » de Donald Trump est le versant combatif de l’angoissant « la France disparaît » d’Éric Zemmour. Mais le populisme de gauche use des mêmes ressorts. La grille gramscienne remplaçant la grille marxiste, la « bataille culturelle » est vue comme le lieu privilégié de la bataille politique. Une bataille qui se joue sur les sujets marqueurs d’identité politique, l’objectif étant de conquérir l’hégémonie culturelle en attisant ce qui forge la culture de gauche au détriment du développement d’une idéologie structurée.</p><p>De fait, la stratégie du populisme de gauche tend à remplacer la bataille idéologique par la bataille culturelle. C’est au nom de cette logique que Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise ont massivement investi les réseaux sociaux, en privilégiant les thèmes marqueurs d’identité politique au détriment des questions européennes ou industrielles, par exemple. Les discours de Mélenchon insistent sur la créolisation, le droit au genre, l’environnement ou le bien-être animal, montrent une forte hostilité à l’énergie nucléaire. Or, ces thèmes sont les miroirs de ceux avancés par le populisme de droite : « créolisation » contre « grand remplacement », « anti-nucléaire » contre « anti-éolien », « bien-être animal » contre « pro-chasse », « théorie du genre » contre « traditionalisme », « environnement » contre « productivisme »…</p><p>De fait, la stratégie du populisme de gauche tend à remplacer la bataille idéologique par la bataille culturelle.</p><p>Prenant acte de la crise du néolibéralisme, la campagne de Mélenchon ne fait pas du néolibéralisme son adversaire principal. Il tente de gagner la bataille d’après, en privilégiant l’affrontement « populisme de gauche » contre « populisme de droite » théorisé par Mouffe. Ainsi, Mélenchon multiplie les face-à-face avec Éric Zemmour, considéré comme le principal adversaire stratégique. De plus, les critiques qu’il adresse au gouvernement sont souvent issues du même registre que celui qu’on applique à l’extrême droite : « brutal », « autoritaire », « anti-démocratique »… Cela l’amène à renforcer ses propres thématiques identitaires et à délaisser (sans l’éliminer totalement) l’armature marxiste fondée sur les rapports économiques et les conflits de classes.</p><p>Un second aspect de la bataille culturelle telle qu’elle est théorisée par Mouffe concerne les affects. Ceux-ci auraient « un rôle décisif », selon elle. « C’est le défaut de compréhension de la dimension affective des processus d’identification qui, à mes yeux, explique en grande partie pourquoi la gauche, prisonnière d’un cadre rationaliste, est incapable de cerner la dynamique du politique », explique Mouffe (4). Privilégier les affects sur l’argumentation rationnelle serait la clé pour créer le sentiment d’adhésion militant sur lequel repose la conquête du pouvoir. Dans ce processus, le rôle du leader est central : « une volonté collective ne peut pas se former sans une certaine forme de cristallisation d’affects communs et les liens affectifs qui unissent un peuple à un chef charismatique peuvent jouer un rôle important dans ce processus », écrit Mouffe.</p><p>Cette conception explique le rôle très important qu’a pris la figure de Jean-Luc Mélenchon dans la campagne de la France Insoumise. Celle-ci commence par un plébiscite sous la forme d’un parrainage citoyen et se poursuit par la mise en scène constante du candidat dans des meetings très travaillés, conçus comme de grands spectacles. La personne de Mélenchon est omniprésente sur les réseaux sociaux, amplifiée par l’action coordonnée d’une armée de militants. Cette personnalisation s’explique, il est vrai, par la nature de nos institutions qui font de l’élection et de la fonction présidentielle les clés de voûte de la politique nationale. Mais reconnaissons que la mise en scène de la campagne présidentielle de la FI favorise la figure du chef au détriment de ses conseillers et des autres députés de son groupe parlementaire à la différence, par exemple, de la campagne de Valérie Pécresse qui apparaît presque systématiquement entourée par d’autre cadres de son parti lors de ses évènements médiatiques.</p><p>Pour résumer, la bataille culturelle gramscienne engagée dans le cadre du populisme de gauche, a tendance à privilégier les affects à la raison, le culturel à l’idéologique, et développe un discours qui vise à s’adresser davantage aux identités politiques qu’aux intérêts de classe afin de rassembler son camp.</p>
<p>Un discours ambigu vis-à-vis des institutions démocratiques </p>
<p>Le populisme, tel que je l’ai identifié dans mon ouvrage(5) procède non d’un contenu programmatique particulier mais d’une situation sociale spécifique caractérisée par une montée de la défiance institutionnelle. Cette défiance est elle-même la conséquence des politiques néolibérales qui, en mettant l’État au service du marché, participent à l’affaiblissement et à la perte de crédibilité des institutions publiques. Sur ce point, mon diagnostic rejoint celui de Chantal Mouffe.</p><p>Partant du constat de cette défiance, ma proposition serait de transformer les pratiques politiques en sortant du cadre conceptuel néolibéral afin de remettre les institutions publiques à l’endroit, c’est-à-dire au service de bien-être général plutôt que de les orienter systématiquement en faveur de l’organisation d’un marché en concurrence. À mon sens, cette nouvelle politique suffirait à relégitimer le rôle des institutions et à désamorcer la contestation populiste.</p><p>La proposition de Chantal Mouffe est différente. Elle souhaite s’appuyer sur cette défiance pour transformer en profondeur le fonctionnement des démocraties libérales. Ainsi, elle entend profiter de ce « moment populiste » pour développer les antagonismes et susciter l’émergence d’une « démocratie radicale ».</p><p>Le populisme de gauche théorisé par Chantal Mouffe n’est pas celui du républicanisme hérité des lumières ou du Contrat social de Rousseau, qui implique une démocratie délibérative et s’impose face aux intérêts particuliers.</p><p>Le propos de Mouffe vis-à-vis des institutions est néanmoins ambigu. D’un côté elle défend le principe de la démocratie libérale et réaffirme l’importance de la démocratie représentative (contre la démocratie des mouvements sociaux et les processus de type tirage au sort) ; d’un autre côté elle semble ouverte à l’introduction de pratiques susceptibles de contourner et d’affaiblir les institutions démocratiques. Par exemple, Mouffe estime que le rôle de l’État n’est pas d’organiser et de gérer les services publics mais de « permettre aux citoyens de prendre en charge les services publics et de les organiser démocratiquement ». De même, elle estime qu’il faut éviter de construire un espace public fondé sur « une représentation totalisante qui nierait le pluralisme » en permettant aux « communautés particulières » d’exister et de participer aux décisions aux côtés de la « communauté politique » formée par les citoyens. La nature de ces communautés particulières n’est pas explicitée. Cette vision conduit Chantal Mouffe à promouvoir une démocratie plurielle dans laquelle des légitimités politiques pourraient se constituer en dehors du Parlement : « L’espace politique traditionnel du parlement n’est pas le seul lieu où peuvent être prises des décisions politiques ; si les institutions représentatives doivent garder ou retrouver un rôle majeur, d’autres formes de participation démocratique sont aussi nécessaires pour radicaliser la démocratie » juge-t-elle.</p><p>Le populisme de gauche théorisé par Chantal Mouffe n’est pas celui du républicanisme hérité des lumières ou du Contrat social de Rousseau, qui implique une démocratie délibérative et s’impose face aux intérêts particuliers. Les transformations institutionnelles qu’elle promeut reposent sur la multiplication de niveaux de légitimité en concurrence. Pour Mouffe, les espaces communautaires sont complémentaires de l’espace politique national et permettent sa revitalisation.</p><p>Ce discours fait écho au tournant plus favorable au communautarisme pris par la France Insoumise depuis 2017. Le laïcard intransigeant qu’était Jean-Luc Mélenchon au moment des attentat de 2015 contre Charlie Hebdo est devenu l’un des défenseurs de certaines revendications islamistes, notamment lorsqu’il participe en novembre 2019 à la « marche contre l’islamophobie » qui dénonçait comme « liberticides » les lois de 2004 et de 2011 sur les signes religieux à l’école et le port de la burqa dans l’espace public(6). Cette année fut aussi celle de la rupture avec le philosophe Henri Peña Ruiz (7), défenseur de la laïcité et du droit à la critique de l’Islam et dont les propos lors des universités d’été de la France insoumise furent l’objet d’une virulente polémique(8).</p><p>Plus largement, la vision portée par la France insoumise est marquée par une profonde défiance institutionnelle. Le principe du référendum révocatoire, qui est l’une des marques de fabrique des programmes proposés par les candidats de la FI repose sur l’idée que les représentants du peuple trahissent leur mandat une fois élus et qu’il faut donc prévoir un mécanisme de révocation. La charte que les candidats de la FI aux législatives de 2017 ont été contraints de signer relève de la même logique de défiance. Il était ainsi demandé aux candidats qu’ils renoncent à agir « selon leurs seuls choix personnels » afin de se mettre « au service de la mobilisation du peuple » et de refuser « les tares de la 5ème République »(9).</p><p>La stratégie populiste développe une approche extrêmement critique des principes qui fondent la démocratie représentative. Elle considère que la légitimité politique n’émane pas d’une instance délibérative telle que le Parlement mais des luttes portées par les minorités opprimées. Ces luttes sont censées s’agréger, se compléter et se renforcer collectivement. Cette attention particulière portée à l’agrégation des revendications hétéroclites est quelque peu paradoxale pour des mouvements qui se réclament de la gauche radicale, puisqu’elle n’est pas sans rappeler la stratégie proposée par le think tank social-démocrate Terra Nova qui proposait, en 2012, de reconstruire un électorat de gauche à partir d’un socle composé des jeunes, des urbains, des minorités des quartiers populaires, des femmes et des « non catholiques », au détriment de la classe ouvrière, dont les auteurs estimaient qu’elle était perdue pour la gauche et dans une phase de déclin démographique et électoral(10).</p><p>Ainsi, à force de vouloir revitaliser la démocratie en combinant ensemble des luttes hétérogènes au nom de la construction d’une « chaine d’équivalences », le populisme de gauche rejoint un imaginaire petit bourgeois, sensible aux injustices mais qui refuse de hiérarchiser les combats politiques en mettant sur le même plan une multitude de revendications communautaires. La limite de ce cette vision est d’être peu sensible à la notion d’intérêt général qui suppose de refuser certains combats au nom de la priorité à accorder à certaines revendications jugées plus importantes. Le ralliement de l’antispéciste Aymeric Caron à la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon est assez symptomatique de cet horizontalisme des luttes.</p>
<p>le crash politique de la crise covid</p>
<p>La préférence pour les affects plutôt que pour la rationalité, la défiance structurelle portée envers les institutions politiques et la stratégie consistant à considérer a priori comme légitimes toutes les luttes sociales portées par des communautés d’intérêts particuliers sans prendre la peine de développer une vision du monde structurée idéologiquement ont conduit certains militants de la France Insoumise à promouvoir un discours paranoïaque et à surfer sur des thèses complotistes lors de la pandémie de Covid-19.</p><p>La crise Covid peut être vue comme un extraordinaire révélateur politique. L’indifférence sociale, l’individualisme culturel et le mépris pour les services publics a logiquement conduit une partie de la droite libérale à minimiser les conséquences du covid et à promouvoir des stratégies visant à laisser prospérer le virus ou à n’imposer des contraintes qu’aux « populations à risque » sans qu’on sache toujours très bien comment les définir. Il n’est à ce titre pas étonnant que Didier Raoult, dont les accointances politiques avec la droite sont avérées depuis des années, soit devenu le chef de file des « rassuristes ». De même, les réactions libertariennes du journaliste Jean Quatremer fustigeant toutes les mesures sanitaires au nom des libertés individuelles ne sont pas si étonnantes pour ce défenseur du néolibéralisme Bruxellois. Enfin, le fait que les mouvements anti-masques et antivax soient noyautés par des groupuscules d’extrême-droite adeptes des théories complotistes est plus ou moins dans l’ordre des choses.</p><p>En revanche, les ambiguïtés de la France Insoumise vis-à-vis de la crise sanitaire témoignent d’une profonde confusion idéologique. Ma thèse est que cette confusion est la conséquence de la stratégie populiste.</p><p>La crise sanitaire et les confinements ont créé une grande angoisse. La gestion chaotique de la pandémie par le gouvernement ainsi que ses multiples revirements ont légitimement renforcé la défiance. Passé l’épisode de sidération, cette angoisse a suscité des mouvements de contestation contre les restrictions à la mobilité, contre les fermetures des lieux de socialisation, contre le port du masque et la politique vaccinale. Très vite, ces mouvements ont pris des formes populistes dans le sens où ils étaient nourris et se nourrissaient d’une défiance généralisée envers les autorités politiques, médicales, journalistiques et scientifiques et qu’ils faisaient preuve d’une grande virulence.</p><p>À gauche, l’ouvrage de Barbara Stiegler sur la gestion de la pandémie (11)a renforcé l’idée que la crise Covid a été instrumentalisée par le pouvoir pour provoquer l’enfermement des populations et le contrôle des libertés.</p><p>La philosophe, qui a rejoint le Parlement de l’Union populaire en décembre 2021, estime notamment que « ce virus ne peut avoir de conséquences graves, dans l’immense majorité des cas, que sur des organismes déjà affaiblis, soit par le grand âge, soit par des facteurs de comorbidité ». Cette affirmation, infirmée par le consensus médical, conduit Stiegler à écrire que nous ne vivrions pas une pandémie (« pan » étant un préfixe suggérant la totalité d’un ensemble), mais « en Pandémie », c’est-à-dire sur un continent qui entendrait gouverner la société sur le modèle chinois.</p><p>La gestion chaotique de la pandémie par le gouvernement ainsi que ses multiples revirements ont légitimement renforcé la défiance.</p><p>« Ce tout nouveau continent mental, avec sa langue, ses normes et son imaginaire, ce sont les dirigeants chinois qui ont été les premiers à l’explorer. C’est donc eux qui ont tout à nous apprendre, tandis que les Américains et leurs cousins britanniques n’ont rien vu venir. En Pandémie, c’est la Chine désormais qui domine. Non plus seulement économiquement. Mais aussi moralement, culturellement et politiquement.</p><p>Comme tout continent, la Pandémie a une langue qui se décline en idiomes nationaux. Mais ceux-ci traduisent des dispositifs inventés par la Chine : « confinement », « déconfinement » et « reconfinement », « traçage », « application » et « cas contacts ». C’est une esthétique nouvelle qui se dessine : « Un monde cybersécurisé où chaque individu est suspect (d’être malade), fiché, tracé, code-barrisé. Code vert : vous circulez. Code rouge : vous êtes arrêté-e. […] Comment passe-t-on du vert au rouge ? C’est automatique : si vous croisez des gens malades, une zone infestée, voire des idées douteuses ». (12)</p><p>Passons sur le fait que la gestion chinoise de la pandémie, fondée sur la stratégie « zéro covid », fut extrêmement différente de celle des États-Unis ou des pays européens. Ce qui est caractéristique de cette vision et qui témoigne de son aspect populiste est qu’elle implique une profonde défiance institutionnelle. Son discours s’appuie sur le schéma suivant :</p>
<p>Le gouvernement sert les intérêts de l’oligarchie.<br />L’oligarchie a pour projet de contrôler et d’asservir la population. Si elle n’a pas créé le virus, elle a profité de son apparition pour mette en œuvre un plan de contrôle de la société.<br />Toutes les institutions qui participent à la gestion de la crise sanitaire et à la promotion du discours gouvernemental (les autorités médicales, les journalistes, les administrations des hôpitaux, les sociétés pharmaceutiques…) participent, consciemment ou non, à cette politique d’asservissement.</p>
<p>Dans cet univers mental, la lutte contre les outils « de contrôle » tels que les passes sanitaire ou vaccinal devient logiquement une priorité politique. En déplacement en Martinique, territoire durement touché par le Covid et où le taux de vaccination est particulièrement faible, la députée FI Mathilde Panot déclarait : « Au pouvoir, je le dis ici devant vous : nous mettrons fin à cette politique autoritaire de santé. Et le 13 janvier, lors de notre niche parlementaire […] nous allons présenter un texte qui demande de mettre fin au régime d’exception de santé, qui veut enlever le plein pouvoir sanitaire à Emmanuel Macron, et qui mettra fin au pass sanitaire et au pass vaccinal »(13). Notons que les expressions utilisées telles que « politique autoritaire de santé », « régime d’exception », « plein pouvoir sanitaire », renvoient à la stratégie d’extrême-droitisation de la politique gouvernementale exprimée plus haut.</p><p>Les appels à la mobilisation citoyenne contre les mesures sanitaires lancés par la France insoumise se doublent d’un principe de défiance vis-à-vis des vaccins, notamment les vaccins à ARN messager, pourtant les plus efficaces contre les formes graves de la maladie. « Je ne suis pas rassuré par un procédé qui est tout à fait nouveau et dont on ne connaît pas les conséquences. Je préfère les formes traditionnelles de vaccination », expliquait Jean-Luc Mélenchon au micro de LCI alors que la campagne de vaccination venait de débuter. « Je veux pouvoir choisir » et ne « pas être un cobaye » ajoutait-il(14). Un an plus tard, il apportait son soutien aux soignants guadeloupéens en grève contre l’obligation vaccinale et rencontrait le leader du mouvement Elie Domota, saluant ceux « qui ne se laissent pas mater ». Dans une interview donnée à la chaine locale Canal 10, il exprimait ses doutes sur d’éventuelles conséquences inflammatoires que pourraient avoir le vaccin dans une population contaminée par le chlordécone(15). Invité quelques semaines plus tard sur France Inter, Jean-Luc Mélenchon refusait d’appeler publiquement ses concitoyens à se faire vacciner, estimant qu’une telle prise de position de sa part aggraverait « la pagaille qui existe aujourd’hui dans les DOM ». « Le fait d’être contaminé n’empêche pas d’être contaminé et ne vous empêche pas de contaminer les autres » ajoutait-il avant de conclure : « Moi je suis vacciné, faites comme vous l’entendez. Mais ne faisons pas croire que la vaccination est la réponse unique. Et c’est ce que fait le gouvernement. Il passe son temps à dire : ‘‘si vous êtes vacciné il n’y aura plus de risque’’. Ce n’est pas vrai ! »(16).</p>
<p>Populisme de droite et populisme de gauche : un rapport différent aux institutions </p>
<p>La manière dont la France Insoumise s’est emparée de la politique sanitaire illustre le double rapport que le populisme de gauche entretient avec institutions. D’une part les mouvements populistes se nourrissent de la défiance envers les institutions, d’autre part ils participent activement à alimenter cette défiance. Le discours sous-jacent de tout populisme, de droite ou de gauche, est que les institutions sont corrompues par une élite dont les intérêts sont contraires à ceux du peuple. Dès lors, le leader populiste est amené à décrire les responsables politiques, le gouvernement, mais aussi les médias, les autorités sanitaires, les revues scientifiques, les parti politiques traditionnels… comme étant à la solde d’un système oligarchique.</p><p>Ce projet traditionnel de la gauche, l’idée de développer une collaboration harmonieuse entre l’individu et les institutions, est mis en danger par la stratégie du populisme de gauche.</p><p>Le problème de cette vision est qu’elle rompt avec le rapport traditionnel que la gauche entretient vis-à-vis des institutions. La gauche est naturellement pro-État, pro-éducation publique, pro-système de santé généralisé, pro-science… Elle est donc spontanément favorable aux institutions. Plus précisément, le discours de gauche porte une vision des institutions qui n’est ni réactionnaire ni ultralibérale. À la différence de la vision réactionnaire, la vision de gauche estime que les individus n’ont pas à se soumettre aveuglément ni à se laisser dominer par des institutions sociales surplombantes (État, religion, traditions…). Dans l’approche rousseauiste, l’émancipation procède d’un contrat de reconnaissance réciproque entre la société et les individus. Ainsi, les institutions sociales tirent leur légitimité d’une conjugaison éclairée des volontés individuelles qui s’incarnent en elles. La vision de gauche se démarque également de celle des ultralibéraux pour lesquels la société se résume à l’addition d’individus ou de communautés mus par leurs intérêts propres. À l’inverse, la conception institutionnaliste de la gauche reconnait que l’individu pur est une fiction et que les communautés ne sont légitimes que si elles s’insèrent dans un ordre commun et acceptent les règles collectives.</p><p>Ce projet traditionnel de la gauche, l’idée de développer une collaboration harmonieuse entre l’individu et les institutions, est mis en danger par la stratégie du populisme de gauche. En développant une critique aveugle fondée sur la multiplication des antagonismes au nom de la conquête du pouvoir et de la lutte pour l’hégémonie, en cultivant « le bruit et la fureur » pour délégitimer les institutions sociales accusées d’être sous l’emprise hégémonique du néolibéralisme, la gauche populiste en vient à construire la même représentation du monde que celle des ultralibéraux. Elle produit un imaginaire dans lequel le monde serait essentiellement composé d’individus mus par leurs passions et leurs intérêts, un monde peuplé de personnes sans convictions partagées, sans idéologie, sans collectif, et dans lequel l’État n’émane pas d’une conception de l’intérêt général mais serait le pur instrument d’intérêts particuliers.</p><p>Tout projet démocratique suppose un minimum de confiance entre les citoyens. La gauche n’a pas d’avenir si son projet est de combattre les institutions qui sont au cœur de notre société. « Rassembler le peuple » est un slogan creux si on refuse d’admettre que le « peuple » n’est pas uniquement un rassemblement d’intérêts particuliers en lutte contre l’hégémonie néolibérale mais un ensemble cohérent d’individus qui ont développé des liens de confiances les uns envers les autres à travers des institutions sociales et qui partagent un destin commun. Si le peuple n’est qu’une collection d’intérêts, il n’est guère différent d’un tas de sable dont les grains sont désorganisés et s’amassent sans structure, sans classe et sans nation.</p><p>En fait, le populisme renforce systématiquement une vision du monde qui est spécifique à la droite. En dessinant un monde anomique dans lequel les individus seraient livrés à eux-mêmes, il légitime les conceptions réactionnaires qui entendent réunir le peuple sous des institutions transcendantes fondées sur la religion, les identités culturelles ou une vision fantasmée de l’histoire. Il participe aussi à renforcer le discours ultralibéral qui glorifie la liberté individuelle et nie la légitimité de toute organisation collective, en même temps que l’existence d’un bien commun. Ainsi, en développant une critique aveugle fondée sur les affects, le populisme de gauche tend à renforcer les visions réactionnaires ou libertariennes de la société. Loin de défendre les luttes sociales en proposant une vision cohérente, il nourrit les contestations de toute sorte, ce qui renforce la crise de confiance et affaiblit les bases de la démocratie.</p>
<p>Pour une gauche de la raison </p>
<p>Il est important de reconnaît que les populismes ne sont pas apparus sans raison. La défiance institutionnelle actuelle s’explique par le fait que beaucoup d’institutions publiques ont été perverties de leur fonction initiales et que l’État lui-même a perdu en légitimité en se montrant impuissant à répondre aux enjeux sociaux et économiques qui ont été révélés par la crise de 2008, et qu’il apparaît également impuissant à répondre de manière satisfaisante à la question climatique. Le cadre européen et la mondialisation, qui soumettent l’économie française à une concurrence sans véritable régulation politique, ont poussé les gouvernements français à mener des politiques similaires, fondées sur des mesures d’attractivité au bénéfice du capital, en espérant attirer les investissements et les emplois. Ces mesures ont été payées par un accroissement de la fiscalité des ménages (notamment via la hausse des taxes sur la consommation), par la baisse des retraites, mais aussi par un affaiblissement des services publics. Le sentiment de défiance d’une grande partie de la population et le désintérêt grandissant qu’elle éprouve envers le fonctionnement de la démocratie sont les conséquences logiques de ces politiques qui semblent se mener contre les gens et non pour eux.</p><p>Un projet de gauche doit donc faire des choix. Et ces choix doivent être fondés sur la raison plutôt que sur les affects. Pour cela, il faut en revenir aux fondamentaux et commencer par admettre que la structuration politique d’une société est d’abord fondée sur des rapports sociaux, et que ces rapports sociaux s’inscrivent dans des rapports économiques.</p><p>Pour autant, il faut aussi reconnaître que le rassemblement des colères est insuffisant pour porter un véritable projet de gauche. On ne peut pas défendre et légitimer tous les mouvements d’opposition au néolibéralisme au prétexte de construire une « chaine d’équivalence ». On ne peut pas à la fois s’affirmer féministe et tolérer le voilement des petites filles ; on ne peut pas d’un côté défendre les personnels hospitaliers épuisés par le covid et de l’autre refuser d’appeler la population à se faire vacciner ; on ne peut pas s’opposer à l’intégration européenne tout en renonçant à défendre le cadre national ; on ne peut pas proposer de sortir du marché et de la mondialisation néolibérale sans penser les frontières économiques et la souveraineté nationale. Enfin, on ne peut pas articuler l’écologie et le social tout en adoptant une vision libertaire fondée sur la détestation de toutes contraintes et en promouvant les droits individuels à la consommation.</p><p>Un projet de gauche doit donc faire des choix. Et ces choix doivent être fondés sur la raison plutôt que sur les affects. Pour cela, il faut en revenir aux fondamentaux et commencer par admettre que la structuration politique d’une société est d’abord fondée sur des rapports sociaux, et que ces rapports sociaux s’inscrivent dans des rapports économiques. De ce fait, la politique ne peut se résumer au combat culturel. Elle doit d’abord repenser les contraintes et proposer une vision cohérente du monde au lieu de légitimer par avance les revendications de groupes d’intérêt diverses qui affirment s’opposer au néolibéralisme.</p><p>Développer cette pensée et promouvoir une vision cohérente suppose de renoncer à la mise en avant de thématiques qui ne servent qu’à renforcent les identités politiques, à faire du « like » sur les réseaux sociaux et à rassembler les militants de son camp. Ces pratiques relèvent peut-être d’une stratégie électorale efficace dans l’art de faire du buzz mais ne suffisent pas à développer et à promouvoir un projet politique. Pour cela il faut nécessairement en passer par la hiérarchisation des luttes, ce qui suppose de renoncer à certains objectifs afin d’en privilégier d’autres au nom de la raison et non au nom des intérêts des uns contre les intérêts des autres.</p><p>La bataille culturelle n’est pas dissociable de la bataille idéologique. Mais, plus fondamentalement, la bataille idéologique nécessite de s’appuyer sur une conception claire du bien commun et de l’intérêt général. Chantal Mouffe n’a pas tort d’affirmer que la politique est le terrain d’affrontement des antagonismes ; elle a raison de se méfier de l’illusion commode du consensus dans laquelle la gauche gestionnaire s’est fourvoyée. Rendre du sens à la politique, c’est bien réaffirmer l’existence de clivages structurants au sein de la société. Il n’en reste pas moins qu’une vision politique ne peut se passer d’un projet de société susceptible d’intégrer les adversaires du jour dans un nouvel espace collectif à construire.</p><p>Enfin, la gauche doit réaffirmer que son but est de construire de nouvelles institutions et d’instaurer un rapport de confiance entre ces institutions et les individus. Elle doit défendre la démocratie représentative et cesser de propager une vision du monde apocalyptique dans lequel prévaudrait la guerre de tous contre tous. Un tel tableau ne peut que susciter l’effroi et renforcer le besoin d’autorité et les visions paranoïaques qui sont au cœur du populisme de droite.</p><p>Références</p><p>(1)Mouffe, C. Pour un populisme de gauche, Albin Michel, 2018.</p><p>(2)Mouffe, C. L’Illusion du consensus, Albin Michel, 2016.</p><p>(3)Mathoux, H. Mélenchon : la chute. Comment La France insoumise s’est effondrée, Editions du Rocher, 2020.</p><p>(4)Toutes les citations sont extraites de Pour un populisme de gauche (2018).</p><p>(5)Cayla, D. Populisme et néolibéralisme, il est urgent de tout reconstruire, De Boeck Supérieur, 2020.</p><p>(6)Abel Mestre « LFI, accusée de complaisance avec le communautarisme, veut clarifier sa vision de la laïcité et de la République », Le Monde du 27/10/2020.</p><p>(7)<a href="https://twitter.com/jlmelenchon/status/1192796104183730176">https://twitter.com/jlmelenchon/status/1192796104183730176</a></p><p>(8) Pezet, J. Libération, Checknews, « Qu’a dit Henri Peña-Ruiz sur le ‘‘droit d’être islamophobe’’ lors de l’université d’été de La France insoumise ? », 26/08/2019, en ligne.</p><p>(9)« Charte des candidat·e·s de la France insoumise », en ligne sur <a href="https://lafranceinsoumise.fr/campagne-legislatives-2017/charte-candidat-e-s/">https://lafranceinsoumise.fr/campagne-legislatives-2017/charte-candidat-e-s/</a></p><p>(10)Jeanbart B., Ferrand, O. Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?, Terra Nova, en ligne sur <a href="https://tnova.fr">https://tnova.fr</a>.</p><p>(11)Stiegler, B. De la démocratie en pandémie : santé, recherche, éducation, Gallimard, Coll. Tract, 2021.</p><p>(12) B. Stiegler 2020, op. cit.</p><p>(13)Herreros, R. « « Mettre fin au pass vaccinal »: la promesse de Panot en pleine vague épidémique passe mal », Huffpost, 19/12/2021, en ligne.</p><p>(14)« Covid-19 : Jean-Luc Mélenchon Mélenchon ‘‘pas rassuré’’ par le vaccin Pfizer », Le Figaro / AFP, 10/01/2021, en ligne.</p><p>(15)Toussay, J. « Aux Antilles, Jean-Luc Mélenchon surfe sur la défiance liée au chlordécone », Huffpost, 19/12/2021, en ligne.</p><p>(16) « Sixième République, libertés fondamentales, Union européenne : Jean-Luc Mélenchon répond aux questions du 7/9 », France Inter, le 3/01/2022, en ligne.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 31 Dec 2022 23:49:32 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[« On n’oublie rien »]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>La longue patience du peuple français qui supporta sous Louis XIII, sous Louis XIV, puis sous Louis XV, que la richesse fruit de son travail qu’on lui extorquait avec de plus en plus d’intensité et de sévérité puisse servir non au bien commun, mais aux petits, menus et grands plaisirs de la Cour et de quelques aristocrates, prit fin sous Louis XVI, et ce fut 1789.<br /> <br />À partir de 1730 et jusqu’à 1780, pendant 50 ans se succèderont une série de mouvements peu ou mal organisés, des sortes de jacqueries, qui s’adressaient au souverain en lui demandant d’écouter son peuple, en lui demandant de faire ce dont son peuple avait besoin, et qui s’efforçaient d’exprimer les besoins, les souffrances et les aspirations de ce peuple.<br /> <br />Ce ne fut que la répression qui répondit à cela et à aucun moment le souhait, de la part des élites dirigeantes, d’écouter ces propos, de tenter de les comprendre ou de les prendre en compte.<br /> <br />Les élites avaient ce que l’on appellerait aujourd’hui leur propre « agenda » dont elle ne se départissaient pas, et qui les conduisait à enrichir quelques fermiers généraux ou quelques grands commis, et surtout la Cour, le roi et sa famille.<br /> <br />C’est cette accumulation qui conduisit, le moment venu, à ce que l’addition soit présentée à Louis Capet, seizieme du nom, au titre de ses père, grand-père et bisaïeul, car au fond le peuple n’avait rien oublié, le peuple a souffert, le peuple a enduré, mais à un moment, le peuple s’est réveillé, et il a réclamé la réparation du passé. Peut-être plus encore que la réparation, la vengeance…<br /> <br />On peut juger, et probablement à juste titre, que la tournée de Paris – acclamée en arrivant dans chaque quartier – de la tête de la princesse de Lamballe sur une pique – que l'on voit reproduite sur cette illustration – était injuste pour cette femme qui n’était finalement que la dame de compagnie de Marie Antoinette d’Autriche, reine de France.<br /> <br />Son sort devrait cependant faire réfléchir aujourd’hui ceux qui en font tellement trop qu’ils pourraient inspirer un jour au peuple des excès regrettables. <br /> <br />On peut penser, comme l’écrivent la plupart des analystes sérieux, que l’on va vers des convulsions. Des convulsions qui pourront être d’une violence inouïe. Que ce fut un ancien ministre de l’intérieur, pourtant partisan et ami de Macron, que ce soient des sociologues, des politologues, des praticiens de diverses sciences humaines, le diagnostic est là. Cela arrivera.<br /> <br />Personne ne peut dire quand, et surtout personne ne peut dire sur quoi cela débouchera. <br /> <br />Mon sentiment et que cela débouchera probablement sur la volonté d’inverser la réalité actuelle perçue, et paradoxalement, c’est sous les apparences de la licence, du wokisme, et de toutes sortes de stupidités de l’extrême-gauche du Capital qu’elle se présente de la façon la plus prétentieuse et la plus ouvertement agressive pour le peuple et ses traditions. On peut donc penser que ce sera un retour autoritaire à l’ordre moral qui s’opposera à la perspective d’un autre totalitarisme, « cool » celui-là dans lequel nous sommes engagés.<br /> <br />On coupera peut-être quelques têtes qui en auront trop fait, mais cela ne suffira pas à définir un mode d’organisation meilleur. <br /> <br />Pour cela il faudrait que le système actuel laisse place au débat public en raison, qui seul pourrait éloigner le spectre des violences.<br /> <br />Or celui-ci le verrouille totalement pour ne laisser passer que ce qui ressemble à ses représentations de petits bourgeois des catégories supérieures favorisés par la globalisation financière et qui ne voit dans toute protestation populaire que le fascisme la gauloise, le diesel, la stupidité et l’antisémitisme.<br /> <br />Le système médiatique des milliardaires sélectionne et exclut impitoyablement. <br /> <br />Il y a ceux qui ont le droit de parler pour ne rien dire, et produisent la pauvreté absolue de l’offre politique qui nous est présenté à chaque élection. Et il y a ceux qui n’acceptent pas un système où règne l’insignifiance, ils sont définitivement interdits de parole, et ne peuvent donc rencontrer le peuple.<br /> <br />C’est donc vers une violence renforcée qui aboutira sur une situation extrêmement difficile que ce système d’abrutissement de la société, propriété des milliardaires et produit de la logique de ce système, nous emmène.<br /> <br />En ce Premier de l’an, qui est aussi un dimanche, où – lorsque je ne suis pas interdit de parole – je place une chanson sur ce mur, cela me conduit à vous faire entendre une chanson au titre tellement d’actualité…<br /> <br />En 1961, sur une musique de Gérard Jouannest, Jacques Brel écrira et interprétera « On n’oublie rien » :</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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