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Le Rouge et le Blanc d'Eugénie BASTIÉ est une réussite.

 

J’ai lu avec grand intérêt ce livre d’Eugénie Bastié, qui est une réussite. Il était improbable qu’une catholique conservatrice s’intéressât au « compagnon du Che » (surtout de Castro d’ailleurs), ancienne icône de l’extrême gauche de la fin des années 60 et d’une bonne partie des années 70, avant de devenir proche et conseiller de François Mitterrand, puis de rompre, bien sûr, avec lui... Et vice versa, puisque Debray lui a accordé nombre d’entretiens pour ce livre, qui parsèment ses chapitres - sans en faire une « biographie autorisée », puisque les critiques ne manquent pas, qui sonnent juste, souvent.

 Comme aussi les hommages qu’elle rend à son talent et à un certain nombre d idées forces que cet écrivain prolifique a développées - sur les appartenances , les frontières, le sacré et les médiations, entre autres. 


Il y a tant de Debray dans la vie et l’œuvre de Debray, et tant de variations dans leurs cours, qu’il est difficile de condenser. Ce livre décontenancera ceux qui voient en Debray un « essayiste »  ayant viré réac : Eugénie Bastié montre bien sa fidélité au tiers mondisme , qu’il n’a jamais renié, y compris dans les aveuglements, et qui imprègne nombre de ses positions politiques. « gaulliste d extrême gauche » est une fausse boutade de Debray pour se définir avec dandysme : c’est  je crois la réalité de ses convictions. Et elle souligne aussi, à raison, avec une pointe de regret, son détachement - qui frise la condescendance -  à l’égard de notre époque et de ses acteurs, époque pourtant devenue si décisive - on le voit et le vit chaque jour. Alors que nombre des concepts debrayiens - elle le montre aussi - sont très opératoires pour comprendre notre époque, à commencer par le numérique. Mais les médiologues - dont j’ai été - ont renoncé à continuer d’analyser et à transmettre… 


Reste l’écrivain formidable, un des meilleurs de notre époque, qui excelle dans le récit des vies et l’analyse des tendances profondes , des trajectoires et des institutions, par sa façon de toujours décentrer l’angle de vue. Elle le souligne mais Eugénie Bastié a choisi de raconter le militant - avec des informations fort utiles et précises - et le penseur. Avec Debray, on est bien obligé choisir . 


À lire !